Attentats de Bruxelles : la réponse doit être européenne (23 mars 2016) [ro]

Aux côtés du roi et de la reine des Belges ainsi que du premier ministre Charles Michel et du Président de la Commission européenne, Manuel Valls a d’abord observé, à midi, une minute de silence en mémoire des victimes.

Aux côtés du roi et de la reine des Belges ainsi que du premier ministre Charles Michel et du Président de la Commission européenne, Manuel Valls a d’abord observé, à midi, une minute de silence en mémoire des victimes.

Le Premier ministre s’est ensuite rendu avec Charles Michel et Jean-Claude Juncker devant la station de métro "Maalbeek" pour y déposer une gerbe et se recueillir.

Un entretien bilatéral entre Manuel Valls et son homologue belge Charles Michel s’est tenu après le recueillement au métro Maalbeek. La rencontre a été suivie d’une conférence de presse.

"Nous sommes des peuples frères, cousins, unis face à l’épreuve" a souligné Manuel Valls. "Nous devons être forts unis. Nous sommes dans un moment particulier de l’Histoire" a-t-il ajouté.

Manuel Valls a ensuite rencontré l’ensemble du collège des Commissaires européens au siège de la Commission. La rencontre s’est conclue par une conférence de presse conjointe du Premier ministre avec le Président de la Commission européenne.


- Texte de la déclaration du Premier ministre Manuel Valls lors de sa conférence de presse conjointe avec le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker (Bruxelles, 23 mars 2016)

Manuel VALLS : "Monsieur le Président, Cher Jean-Claude, Mesdames et Messieurs,

Hier, ici, la Belgique, à Bruxelles -cette ville, capitale de l’Europe- a été frappée par le terrorisme, par le djihadisme. Je veux redire ici, une nouvelle fois au cours de cette journée, comme nous l’avons fait hier avec le Président de la République au nom de la France, tout notre soutien, toute notre solidarité aux familles des victimes, à celles et ceux qui en ce moment même souffrent dans leur chair.

Je tenais à être là, aujourd’hui, avec le Secrétaire d’État aux Affaires européennes Harlem Désir, car la France est aux cotés de la Belgique. Je me suis entretenu, vous le savez, avec le Premier Ministre Charles Michel. Nous nous sommes exprimés après. Nous étions auparavant avec le Président Jean-Claude Juncker, avec le Roi, avec la Reine ici même pour témoigner de cette solidarité à travers cette minute de silence qui a plongé le pays dans le recueillement.

J’ai donc l’occasion de redire ici toute l’amitié que le peuple français porte au peuple belge, d’autant que nous connaissons nous aussi la douleur car nous avons subi deux attaques l’an dernier. Nous savons combien les paroles, les mots, les gestes venus de tous les pays, de toutes les Institutions aident à faire face.

Si je tenais à être là aujourd’hui, c’est aussi, et je l’ai dit devant le Collège des Commissaires, c’est parce qu’en s’en prenant à Bruxelles, les terroristes s’en sont pris à l’Europe toute entière. Ils s’en sont pris aux valeurs démocratiques qui nous unissent et à ce que nous sommes. Face à nous, nous avons une organisation terroriste avec sa force de frappe, ses bastions, ses ressources, ses filières, ses cellules. Elle embrigade au coeur même de notre société. Nous sommes en guerre car une guerre nous a été déclarée et notre détermination doit être totale.

J’ai rappelé, cher Jean-Claude, à la Commission quelles sont les demandes de la France mais pas seulement celles de la France, celles des gouvernements et de la Commission : contrôle systématique aux frontières de l’espace Schengen, déploiement de gardes-frontières européens. J’ai rappelé aussi l’urgence de mieux lutter contre les trafics d’armes, l’urgence d’adopter le PNR européen, ce fichier qui permet de tracer les déplacements des terroristes.

Sur chacun de ces points nous avons avancé de manière très concrète et évoqué les échéances précises. Le PNR, par exemple, doit être adopté le mois prochain par le Parlement européen. Un accord doit être atteint en juin sur la question des gardes-frontières. Quant aux contrôles systématiques aux frontières, l’accord obtenu au Conseil doit maintenant se traduire au Parlement sans que le texte perde de son ambition. Tout cela doit former un pacte européen de sécurité qui aura comme pendant une Europe de la défense capable d’intervenir vraiment sur les théâtres extérieurs.

La Commission européenne qui a fait les propositions importantes sur ce sujet, a bien compris qu’il fallait avancer, et avancer vite. Elle a bien compris que c’était la survie même de Schengen qui est en jeu, bien compris aussi que les peuples ne comprendraient pas que malgré les difficultés identifiées depuis longtemps, nous n’agissions pas. Si le projet européen s’essouffle, si les populismes gagnent du terrain, c’est parce que trop souvent les mots ne se traduisent pas dans les actes et chacun doit assumer ses responsabilités. Bien sûr la responsabilité c’est aussi celle des gouvernements.

L’Europe fait face à la menace terroriste et plus que jamais nous avons besoin d’une Europe forte, d’une réponse européenne. C’est le cas également pour faire face aux autres défis que nous avons abordés : crise des réfugiés, crise agricole, défi de la croissance et de l’emploi.

Si l’Europe ne se prend pas en main, elle court le risque de la dislocation et là aussi c’est notre responsabilité à tous. Je crois que l’on a l’Europe que l’on mérite. Donnons-nous les moyens de notre ambition pour résoudre les crises actuelles et préparer l’avenir, c’est-à-dire la transition énergétique et la révolution numérique. De ce point de vue-là d’ailleurs, je veux saluer l’ambition du plan qui porte le nom du Président de la Commission, le plan Juncker, qui donne des résultats. La France est le deuxième pays qui fait appel à ce plan d’investissement qui doit être connu, porté par les Etats comme par les grandes collectivités locales, les régions, en l’occurrence en France, et c’est de de ce type d’ambition dont nous avons besoin.

Cet échange m’a enfin permis, c’était l’un des objectifs initiaux de notre rencontre, de parler de la France, de faire le point sur les réformes que nous avons menées depuis un an, de faire valoir que nous allons les poursuivre. Le Conseil des ministres adoptera demain la loi travail, et indiquera que nous tenons nos engagements budgétaires.

Voilà Mesdames et Messieurs, les grands points, les échanges fructueux que nous avons eus avec les Commissaires. C’est un moment de travail, comme l’année dernière, et j’étais heureux de revenir. C’est normal, cela ne devrait pas être exceptionnel. J’ai reçu une quinzaine de Commissaires européens à Paris. Nous nous rencontrons régulièrement avec Jean-Claude Juncker qui évidemment voit régulièrement aussi le Président de la République. J’ai eu l’occasion de travailler avec des Commissaires européens sur le terrain, je pense par exemple à Calais. C’est un moment de travail utile et fructueux. C’est aussi un moment d’unité plus que jamais. Il y a ce besoin d’unité car nous sommes attaqués.

Ensemble nous avons réaffirmé ce qui fait que nous nous sentons européens. Nous avons réaffirmé notre attachement à un projet commun. Nous nous sommes dit des choses pour que l’Europe soit demain plus forte qu’aujourd’hui.

Voilà Monsieur le Président, cher Jean-Claude, un résumé le plus rapide possible de ces discussions et de ce que j’ai eu l’occasion de dire aux Commissaires".

Dernière modification : 03/10/2016

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