Cérémonie d’inauguration du carré militaire français rénové au cimetière de Timișoara (9 novembre 2015)

Le lundi 9 novembre 2015 s’est tenue au cimetière Eroilor de Timișoara la cérémonie d’inauguration du carré militaire français qui faisait suite à d’importants travaux de rénovation. Ce sont 24 soldats français qui reposent dans ce carré. Ils faisaient pour l’essentiel partie de la 17ème division d’infanterie coloniale placée sous le commandement du général Franchet d’Esperey. Le carré militaire français a été inauguré au cours de l’année 1934, après regroupement des tombes de soldats français de la région du Banat, mais avait subi les outrages du temps malgré une première réhabilitation dans les années 1990.

La cérémonie d’inauguration du carré militaire rénové s’est déroulée dans une atmosphère solennelle en présence de jeunes saint-cyriens, de soldats du 32ème bataillon d’infanterie Mircea, d’une unité de gendarmerie, de la fanfare de la garnison, de nombreux anciens combattants, d’enfants des écoles et de responsables politiques et administratifs régionaux. Le colonel Christophe Midan, attaché de défense près l’ambassade de France en Roumanie, a présidé l’évènement et a prononcé un discours d’hommage aux soldats morts pour la France et pour la Roumanie et célébrant la camaraderie d’armes qui n’a cessé de lier les deux nations depuis lors.

Comme le précisait le colonel dans son allocution, « pour commémorer les sacrifices du passé, il faut d’abord comprendre leur signification ». Aussi, un pupitre explicatif a été inauguré en présence du Préfet, du Président du conseil départemental et de l’adjoint au maire. Il ornera désormais l’entrée du carré militaire pour graver dans la pierre l’histoire de ces soldats qui pourraient, sinon, être oubliés.

Enfin, un chêne représentant la camaraderie franco-roumaine a été planté. Le général Berthelot, commandant la mission militaire française en Roumanie durant la Première Guerre mondiale avait planté un tel arbre en mai 1927. La signification du choix de cet arbre, ne peut être mieux résumée que par le général lui-même : « Je suis profondément ému de votre initiative de planter ce chêne en souvenir des jours que nous avons passés ensemble dans cette ville dans des moments difficiles. La réussite n’est pas due à ma modeste personne, mais aux braves soldats et civils qui ont affronté la faim, et la misère de cette dure maladie qu’a été la guerre… Que ce chêne rappelle aux enfants à l’avenir les instants douloureux par lequel le pays est passé et le succès qui a apporté la réussite. Vive la Grande Roumanie ! ». C’est pour reprendre cette noble tradition qu’une essence similaire a été choisie pour Timișoara.
Comme le précise le pupitre rédigé par la mission militaire, l’action de l’armée Française dans le Banat s’inscrit dans une « guerre après la guerre ». En effet, le cessez-le-feu de novembre 1918 n’a pas mis totalement fin à l’agitation dans la région du Banat, même si la région a été occupée presque sans combats par les Serbes. La menace hongroise a persisté, et se révélera bientôt sous le régime communiste de Bela Kun, et les premières conclusions des conférences de paix tendant à partager ce territoire entre Serbie et Roumanie conduisent au repli des forces de Belgrade, qui n’accepte cette décision qu’avec la plus grande réticence.

Cette rivalité roumano-serbe conduit à une opposition diplomatique entre les deux anciens alliés, alors même que la Hongrie cherche à garder le territoire. Un risque de dérapage existe. La Conférence de Paris charge la France d’arbitrer le conflit et de maintenir l’ordre au Banat où Roumains et Serbes sont au bord de la confrontation. De décembre 1918 à février 1920, une partie des troupes de la 17ème division d’infanterie coloniale (DIC) est alors stationnée dans la région de Timișoara, capitale historique du Banat, alors que quelques autres unités assurent le maintien de l’ordre, mais aussi la flanc-garde des troupes roumaines face aux entreprises belliqueuses des brigades prolétariennes de Bela Kun.

Le 18 février 1920, les dernières troupes françaises se retirent en laissant une situation entièrement pacifiée bien que le sort du Banat ne soit officiellement réglé qu’avec le traité de Trianon du 4 juin 1920 qui conclut à un partage de la province dans le respect des populations.

La plupart des militaires français enterrés à Timişoara sont morts de maladie. Cependant, l’un des officiers inhumés dans ce carré (TUPIN, Gabriel, Ferdinand, René) et l’un de ses soldats sont morts des suites de faits de guerre. Le 24 mars 1919, ils ont été tués durant des heurts entre les troupes françaises et un contingent bolchévique hongrois qui traversait le Banat en direction de Budapest. Deux jours plus tard, ils ont été inhumés avec les honneurs militaires, en présence de la population locale, venue nombreuse pour rendre hommage aux deux soldats français.

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Gerbes déposées au carré militaire français en hommage aux soldats qui y sont enterrés

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Le colonel Christophe Midan et les officiels militaires et civils roumains rendant hommage aux militaires français morts durant leur mission à Timișoara (1918 – 1920.

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Jeunes saint-cyriens et soldats roumains formant la Garde d’honneur de la cérémonie

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Saint-cyriens passant devant le détachement de troupes roumaines au cimetière des Héros de Timișoara

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Un chêne représentant la camaraderie franco-roumaine a été planté par le colonel Christophe Midan et les autorités roumaines présentes pour l’évènement

Dernière modification : 11/01/2016

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