Discours à l’occasion du dévoilement de la plaque Georges Dementhon (17 avril 2014-Lycée Français Anna de Noailles)

C’est un honneur pour moi d’avoir à prononcer un mot sur ce mentor qu’est le Proviseur Georges Dementhon.

Le 15 avril 2011, une plaque en la mémoire du fondateur de ce lycée, avait été dévoilée sur le site Cristian Tell. Trois années plus tard, il m’a semblé essentiel qu’elle puisse retrouver une place de choix dans le nouveau bâtiment du lycée français de Bucarest et que nous partagions une cérémonie-hommage en présence de la famille de Georges Dementhon, de ses amis et des personnalités culturelles roumaines qui ont marché sur les pas de ce proviseur hors pair.

Demandons-nous tout d’abord ce que signifie être proviseur et quel proviseur fut Georges Dementhon ?

Pour répondre à cette double question, je vous invite à vous pencher sur l’étymologie du mot « proviseur ».
Du latin « pro », qui signifie « en avant, en vue de », et « visor », « celui qui contemple », nom dérivé du verbe « visere », qui signifie « action de voir, de s’informer, et plus encore de prendre soin ».

Le proviseur est donc celui (ou celle) qui prend soin d’un groupe dont il a la charge, en lui apportant à la fois instruction et éducation.

Ce statut de protecteur, qui mieux que Georges Dementhon, fondateur et premier proviseur de l’Ecole Française de Bucarest de 1940 à 1948 saurait l’incarner ?

Alors que la Roumanie vivait le début de ses années les plus sombres, L’Ecole française vit le jour dans des circonstances dramatiques, admirablement bien décrites par le grand auteur roumain Mihail Sebastian, dans les pages de son journal.

Depuis les années trente, l’antisémitisme sévissait de façon virulente dans toutes les couches de la société roumaine, notamment sous les formes les plus sauvages à travers les exactions de la Garde de fer.
Sous le régime Antonescu ces formes sont devenues à la fois étatiques et légales, mais aussi populaires et « d’opportunité » lorsqu’il a été loisible d’interdire aux enfants juifs l’accès aux écoles publiques.

En cela, Georges Dementhon fut le défenseur et le protecteur d’enfants qui n’avaient alors que cette école pour pouvoir apprendre.

Georges Dementhon est ainsi celui qui, pour revenir au sens premier du mot proviseur, pourvut aux besoins d’éducation, de connaissances et de savoirs de ces enfants.

Au nom de ces valeurs, l’école doit être le lieu de transmission d’un savoir et à travers lui d’une tradition culturelle où la pensée de l’élève pourra s’éprouver. Il est nécessaire pour chaque être humain de connaître ses racines, son passé plein et immuable symbolisé par cette plaque en mémoire de Georges Dementhon, car le futur se construit et trouve ses fondations dans le passé.

De ce principe fondateur, sans aucun doute, découle la rédaction de l’article 26 de la déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 qui rappelle que « L’éducation doit viser [...] au renforcement du respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Elle doit favoriser la compréhension, la tolérance et l’amitié entre toutes les nations et tous les groupes raciaux ou religieux ainsi que le développement des activités des Nations Unies pour le maintien de la paix. »

Peut-on trouver définition plus exhaustive des objectifs de toute éducation ?
Peut-on trouver meilleure illustration de ces idées que dans le parcours et le combat de Georges Dementhon ?
Je ne crois pas….
Humaniste et altruiste, Georges Dementhon aura compris, comme nous l’enseigne Emmanuel Kant dans son Traité de pédagogie, qu’il ne faut pas « élever les enfants d’après l’état présent de l’espèce humaine, mais d’après un état meilleur, possible dans l’avenir, c’est à dire d’après l’idée que l’on se fait de l’humanité…. ».

C’est pour toutes ces raisons, qu’il me fait aujourd’hui grand plaisir d’inaugurer la nouvelle pose de cette plaque commémorative afin que le nom de Monsieur Dementhon et les valeurs qu’il véhicule soient à jamais ancrés dans les murs de cette école.

Je vous remercie.

Dernière modification : 22/04/2014

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