Discours de Laurent Fabius (6 janvier 2016)

Vœux aux agents du Quai d’Orsay – Mercredi 6 janvier 2016

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Monsieur le Secrétaire général,
Madame et Messieurs les Ministres,
Chers amis,

Merci, cher Christian Masset, pour les mots que vous venez de prononcer. Vous l’avez rappelé : le Quai d’Orsay est un ministère soucieux d’innovation ; mais c’est aussi une maison attachée aux traditions. Celle de nos « vœux croisés » en fait partie, et c’est avec plaisir que j’y procède en cette rentrée de janvier.

Je vous présente donc, à vous-même, Monsieur le Secrétaire général, à vous Madame et Messieurs les Ministres, à vous toutes et tous qui êtes ici rassemblés et à travers vous à l’ensemble des collaborateurs du ministère, à Paris, à Nantes, à l’étranger, mes vœux chaleureux pour 2016. Que cette année vous apporte réussite professionnelle, santé et bonheur personnel.

J’adresse un salut particulier aux nouveaux agents, récents lauréats des concours, recrutés sur contrat à Paris ou en poste. Je leur souhaite la bienvenue dans notre maison, une des plus belles administrations de la République.

Une même pensée pour les collègues en poste dans des zones particulièrement difficiles. Je leur rends hommage pour le travail courageux qu’ils accomplissent.

Mes remerciements renouvelés aux agents du Quai d’Orsay qui ont participé à la Cellule interministérielle d’aide aux victimes, mise en place au lendemain des attentats du 13 novembre et hébergée par notre Centre de crise et de soutien. Cette cellule a informé et accompagné les familles et les proches des victimes, en assurant la bonne coordination des services de l’Etat. Ceux qui y ont participé se sont remarquablement acquittés de leur tâche : je leur exprime ma gratitude.

Enfin et plus généralement, j’adresse mes vifs remerciements à l’ensemble des agents de notre ministère, qui ont été particulièrement sollicités cette année et qui ont accompli un travail d’une grande qualité. Comme vous l’avez rappelé, Monsieur le Secrétaire général, la revue Acteurs publics m’a décerné fin décembre le « Prix de la performance publique », pour les réformes initiées dans cette maison que je dirige depuis 2012 et pour la COP 21. Cette récompense, je veux la partager avec vous tous car – c’est une évidence – le Quai d’Orsay, c’est vous. En 2015, le Quai d’Orsay a été sur tous les fronts. Il a confirmé, dans notre pays comme à l’étranger, sa réputation d’excellence : c’est grâce à vous toutes et à vous tous qu’elle est méritée.

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Chers amis,

Il y a un an, au moment même où je prononçais mon discours de vœux, nous parvenait la nouvelle du massacre de la rédaction de Charlie Hebdo. Dans les deux jours suivants, d’autres attentats se produisaient. Dix mois plus tard, c’était le carnage terroriste du 13 novembre, d’une ampleur et d’une barbarie sans précédent sur notre sol.

Ces attentats ont bouleversé notre pays, ils ont aussi marqué le monde. Chacun garde à l’esprit la marche du 11 janvier, ce rassemblement exceptionnel de dirigeants venus de toute la planète dire à Paris leur solidarité avec la France et l’unité face au terrorisme. Chacun se souvient de l’élan de solidarité internationale après les attentats du 13 novembre, plus fort encore qu’en janvier. De nombreux chefs d’Etat et de gouvernement dans nos ambassades pour exprimer personnellement leurs condoléances. Des rassemblements populaires spontanés. Des Marseillaises chantées partout. Des monuments emblématiques illuminés aux couleurs du drapeau français, depuis la porte de Brandebourg à Berlin jusqu’aux remparts de Jérusalem, depuis Trafalgar Square à Londres jusqu’aux grandes tours de Riyad, de Kuala Lumpur, et à l’Opéra de Sydney.

Cette solidarité dans le drame a souligné la place singulière qu’occupe notre pays. La France a une histoire, elle incarne des valeurs, elle bénéficie d’une image : quand elle est frappée, c’est le monde qui se sent blessé avec elle.

Pour autant, nous n’avons pas été les seuls à être touchés par le terrorisme en 2015 : les fusillades de Copenhague, les attentats du Bardo, de Sousse et de Tunis, le massacre de l’Université de Garissa au Kenya, le crash d’un avion russe dans le Sinaï, l’attaque d’un hôtel à Bamako, l’attentat déjoué du Thalys, les attentats-suicides de Boko Haram… Plus encore que les précédentes, cette année a montré que la menace terroriste était mondiale, et que, par conséquent, la seule réponse efficace l’était aussi.

Mais, dramatique, 2015 fut aussi et d’un autre point de vue porteuse d’avancées. Sur deux questions majeures – le réchauffement climatique et le nucléaire iranien –, deux sujets sur lesquels la communauté internationale butait depuis de longues années, un accord diplomatique a été trouvé. Par deux fois, l’épithète « historique » a été méritée. Et par deux fois, le rôle de la diplomatie française – votre rôle – a été essentiel.

Dans nos sociétés où règne l’immédiateté médiatique, l’accord obtenu à Vienne le 14 juillet 2015 sur le dossier du nucléaire iranien pourrait presque paraître lointain, et pourtant les historiens n’oublieront pas cet acquis majeur. Pendant douze ans, la question avait occupé et préoccupé la communauté internationale. Une issue positive a finalement pu être trouvée, grâce notamment à la position de « fermeté constructive » adoptée par notre pays qui, tout au long de ces négociations, a, en pleine indépendance et responsabilité, défendu les intérêts de la sécurité internationale et de la paix. Je résume une des leçons que j’ai retirées de nos négociations. Il fallait être constructif pour obtenir un accord ; il fallait être ferme pour obtenir un bon accord ; nous avons été l’un et l’autre. L’accord de Vienne, qui éloigne le risque de prolifération nucléaire au Proche et au Moyen-Orient, restera comme l’une des contributions les plus importantes de ces dernières années à la construction d’un monde plus sûr.

Plus près de nous, la COP 21 a été un exceptionnel et incontestable succès. Un succès quant à l’organisation même de la Conférence : le site a été livré à temps, les participants ont été satisfaits, la sécurité assurée – dans un contexte particulièrement difficile –, la certification « développement durable » ISO 20121 a été décernée à la COP, la première fois pour une manifestation de ce type. Le succès de Paris 2015 a exorcisé le fantôme de Copenhague 2009. Que tous les agents qui ont contribué à cette réussite en soient chaleureusement remerciés. Deuxième succès, essentiel : l’accord intergouvernemental lui-même du 12 décembre 2015, c’est-à-dire le premier pacte climatique universel de l’histoire. Pour y parvenir, le travail minutieux et tenace de notre diplomatie a été déterminant et salué partout. Comme je l’ai dit le 12 décembre en frappant avec mon marteau lors de l’approbation du texte : « c’est un petit marteau, mais il aura de grandes conséquences » – car il y aura un avant et un après Paris 2015. D’autant que, au-delà même de l’accord entre Etats, la dynamique de la COP 21 a permis un basculement vers le développement bas carbone d’un nombre considérable de villes et de régions, d’entreprises, d’institutions financières, de syndicats, d’ONG, de citoyens. Cet « agenda des solutions », qui engage une mutation profonde et irréversible de nos économies, restera l’une des marques de cette COP 21. A son propos, le mot d’historique n’est donc pas galvaudé.

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Chers amis,

Si on la résume à grands traits, l’année 2015 a donc oscillé entre drames et succès, entre inquiétudes liées au terrorisme et espoirs portés notamment par des avancées de la diplomatie. En 2016, des opportunités s’ouvrent à nous, mais – soyons lucides – le risque existe aussi que s’amplifient les turbulences du système international sans que des réussites comparables à celles de 2015 ne se reproduisent. Car à une économie internationale en mal de dynamisation, à une dispersion croissante de la puissance, s’ajoute cette année une conjonction frappante qui pousse les grands acteurs du système international – je pourrais en dresser la liste – à l’introversion plutôt qu’à la recherche réelle en commun – ô combien nécessaire – de solutions. Dans ce contexte, quelles sont nos priorités ? Elles répondent aux quatre orientations qu’avec le Président de la République et le Premier ministre, nous avons fixées à notre diplomatie : la paix et la sécurité ; la planète ; l’Europe ; le rayonnement de la France.

1/ Première priorité de notre politique étrangère, que je rappelle le jour même où la Corée du Nord procède à un nouvel essai nucléaire : notre diplomatie poursuivra en 2016 son action en faveur de la sécurité internationale et de la paix.

La lutte contre Daech et le terrorisme sera au cœur de notre action diplomatique et militaire. En Irak, la France continuera d’intervenir dans le cadre de l’opération Chammal. Sur le plan politique, nous soutiendrons le gouvernement irakien dans la mise en œuvre des mesures de réconciliation nationale, condition indispensable à la mobilisation des sunnites contre Daech. En Syrie, nous poursuivrons nos frappes contre les cibles terroristes qui menacent notre sécurité, ainsi que notre appui aux forces d’opposition modérée. Dans un contexte mêlant les lueurs d’espoir de la fin 2015 et les inquiétudes liées aux tensions de ce début d’année entre l’Arabie saoudite et l’Iran, nous poursuivrons nos efforts pour une transition crédible dont Bachar al-Assad ne peut évidemment pas être le terme et pour un cessez-le-feu durable au bénéfice des populations. Nul besoin de souligner à la fois la nécessité et l’extrême difficulté de ces tâches.

En Libye, l’accord signé en décembre est là pour amorcer, espérons-le, un processus de stabilisation politique : au sein du Conseil de sécurité comme avec nos partenaires les plus impliqués, nous devrons travailler à le consolider afin d’empêcher que ce pays, potentiellement très riche, ne s’enfonce dans le chaos et ne devienne un refuge massif pour les terroristes.

Face au conflit israélo-palestinien, nous devrons continuer de mobiliser, au-delà du Quartet, les acteurs arabes clés et les partenaires européens dans le cadre du groupe international de soutien, comme dans le cadre du Conseil de sécurité. Ne nous y trompons pas : la situation reste une poudrière parce qu’il n’y a pas de paix sans justice. Nous ne pouvons pas laisser se déliter la solution des deux Etats, mais chercher à recréer un horizon politique pour les deux peuples.

Ces efforts pour la paix et la sécurité, nous les mènerons aussi sur l’ensemble du continent africain. Au Mali, après avoir aidé à ramener la paix et la démocratie, nous soutiendrons la mise en œuvre de l’accord d’Alger signé entre les autorités et les groupes armés non terroristes. En RCA, nous accompagnerons le retour espéré dans les semaines qui viennent à une situation « normale » dans un pays qui, ne l’oublions pas, était il y a deux ans au bord de la guerre civile. Nous plaiderons pour que l’Europe aide davantage les pays de la région du Lac Tchad à supporter l’effort de guerre contre Boko Haram. Au Burundi, où la situation inspire de l’inquiétude, nous soutiendrons le dialogue, sous conduite africaine, entre Burundais.

Dans un autre contexte, nous continuerons notre action pour la paix en Ukraine. Les accords de Minsk, obtenus en février dernier grâce aux efforts conjoints de la France et de l’Allemagne, ont permis une certaine désescalade. Leur mise en œuvre devra se poursuivre en 2016. Tout n’est pas réglé, mais nous sommes passés d’un conflit ouvert à un dialogue organisé, ouvrant peu à peu la voie vers une Ukraine plus stable et pacifiée. A travers le « format Normandie », la France continuera de jouer un rôle majeur dans ce processus.

2/ La deuxième priorité de notre diplomatie en 2016 sera le suivi et la mise en œuvre des décisions de la COP 21. L’enjeu est de construire à partir du momentum de Paris et de « capitaliser » sur le succès du 12 décembre. Pour cela, nous devrons exploiter au mieux ma Présidence de la COP 21, qui se poursuivra jusqu’à la COP 22 de Marrakech, en novembre prochain. En 2016, notre diplomatie restera donc fortement mobilisée sur l’enjeu climatique.

Nous devrons nous concentrer, en particulier, sur la mise en œuvre des décisions du 12 décembre. Pour le dire autrement, avec l’accord de Paris nous avons adopté une bonne « loi » ; nous devons maintenant préparer de bons « textes d’application ». Notre Présidence en 2016 n’aura évidemment pas le même objet que les efforts déployés en amont de la COP 21, mais elle demandera, elle aussi, un investissement important si nous voulons – et c’est indispensable – que se poursuive à Marrakech l’élan de Paris. Dès les semaines qui viennent, nous devrons travailler de près avec les autorités marocaines. La qualité de notre collaboration avec la Présidence péruvienne de la COP 20 tout au long de l’année écoulée nous servira d’exemple. Dans les jours qui viennent, j’aurai à intervenir publiquement plusieurs fois à ce titre : le 18 janvier à Abou Dhabi, le 20 devant le Parlement européen dont le Président m’a invité à m’exprimer sur la COP 21, le 21 au sommet de Davos, et mi-février à la Wehrkunde de Munich.

Plusieurs rendez-vous marqueront notre Présidence de la COP 21. D’une part, la cérémonie d’ouverture de l’accord à la signature, qui aura lieu le 22 avril à New York. D’autre part, une réunion dite d’inter-sessions, dans la deuxième quinzaine de mai à Bonn, afin de préparer la COP de Marrakech pour novembre. Ce sera la première réunion du « Ad hoc Paris Agreement Group », chargé de préparer les décisions de mise en œuvre de l’accord de décembre. Des orientations devront être prises sur le renforcement des capacités des pays qui en ont besoin, sur la poursuite de la mobilisation des financements et des technologies avant 2020, sur les nouvelles règles de « transparence » concernant le suivi des engagements pris par tous les pays, en vue de premières décisions lors de la Conférence de Marrakech. Il faudra au Parlement français ratifier l’accord de Paris. Passer le relais à nos amis Marocains en novembre. Et enfin, le 12 décembre 2016, marquer cette nouvelle date historique.

Au-delà des suites de l’accord de Paris, dont l’entrée en vigueur est prévue en 2020, un suivi sera nécessaire concernant l’action à mener avant 2020 et la mise en œuvre du « Plan d’Action Lima-Paris ». Nous devrons couvrir à la fois le suivi des engagements financiers pris par les pays donateurs, celui des initiatives engagées ou annoncées à Paris par les différents acteurs étatiques et non étatiques, et la cristallisation d’initiatives nouvelles, mobilisant des collectivités territoriales, des entreprises, des investisseurs, etc. Comme Président de la COP 21, j’aurai à nommer prochainement l’un des deux « champions » chargés d’assurer le suivi des initiatives des acteurs non gouvernementaux – l’autre étant nommé par mon homologue marocain. Je réunirai les principaux acteurs du Plan d’action Lima-Paris, afin de définir les prochaines étapes. Il faudra que notre réseau diplomatique continue de s’investir dans cette tâche, en particulier lorsqu’il s’agira de la mise en œuvre d’initiatives prises ou spécialement appuyées par la France – je pense par exemple aux engagements financiers pour l’électrification et la lutte contre la désertification en Afrique, à la généralisation des systèmes d’alerte précoce face aux catastrophes et d’assurances climatiques dans les pays vulnérables, qu’a suivie spécialement Annick Girardin, ou encore à la protection des forêts tropicales. Je pense aussi à l’Alliance solaire lancée par le Premier ministre indien Modi et à la « Mission innovation » pour le développement de technologies propres. Sur tous ces aspects, la Conférence de Paris a créé un esprit de confiance ; il faut qu’il se maintienne et ce sera le cas dès lors que nous nous montrerons capables de mettre en œuvre les actions concrètes et rapides annoncées.

Au plan européen, un important travail de mise en œuvre nous attend également. Les travaux législatifs permettant à l’Union européenne d’atteindre ses objectifs de réduction d’émissions ont commencé, avec la révision du marché carbone européen qui englobe l’énergie et les industries lourdes. Les secteurs ne relevant pas du marché carbone, sur lesquels porteront 30 % de l’effort de réduction, devront maintenant être traités : transports, agriculture, bâtiments, déchets… Les discussions européennes seront probablement difficiles, mais il faut avancer rapidement.

Enfin, en France même, nous devrons entretenir la dynamique de la COP 21 dans la mobilisation de tous les acteurs publics et privés. Le Ministère de l’Ecologie sera particulièrement concerné aux plans européen et français. Ce sera nécessaire notamment pour traduire la transition écologique en actions favorables à l’emploi et dans la perspective d’un rehaussement de nos engagements en matière d’atténuation avant 2020, comme l’a annoncé le Président de la République lors de la clôture de la Conférence de Paris. Bref, vous l’avez compris, la COP 21 se poursuivra activement en 2016 et ce Ministère comme moi-même y jouerons leur plein rôle.

3/ L’Europe constitue la troisième priorité de notre diplomatie. Parlons clair : 2016 pourrait bien être pour l’Union européenne l’année de tous les dangers. Croissance économique encore insuffisante, menace terroriste, mouvements migratoires massifs, risque de fragmentation de l’espace Schengen, tensions sur la question des relations avec la Russie, forces de dissociation à l’œuvre – je pense notamment au référendum sur la sortie de l’Union prévu cette année au Royaume-Uni, ou encore à la montée des populismes nationaux et des souverainismes régionaux : la liste est longue de ces interrogations ou même de ces mises en danger concernant l’Europe.

En 2015, l’Europe a dû répondre à l’urgence. Urgence dans la lutte contre le terrorisme, mais aussi face à la crise grecque, à l’afflux migratoire massif, à la situation en Ukraine. Des décisions importantes ont été prises, elles devront être mises en œuvre : nous devrons y être très attentifs et le Secrétaire d’Etat Harlem Désir l’est.

En 2016, l’un des objectifs prioritaires de notre action européenne devra être le rétablissement de la maîtrise de l’espace Schengen : renforcer le contrôle des frontières extérieures et des flux migratoires. Cela passe en particulier par le renforcement des outils de surveillance des frontières, notamment Frontex. Ce travail devra s’accompagner de la mise en œuvre du volet extérieur de la gestion des flux migratoires. Concernant la sécurité extérieure de l’Union européenne, nous nous appuierons sur la mobilisation de nos partenaires au titre de l’article 42-7 du Traité de l’Union européenne pour insister sur les enjeux de politique étrangère et de renforcement de la Politique de Sécurité et de Défense Commune, en particulier dans le cadre de la révision de la stratégie européenne de sécurité présentée en juin 2016.

Au-delà, nous devrons poursuivre le travail engagé en faveur d’une croissance européenne durable. Cela impliquera de consolider la zone euro, d’achever de mettre en place les mécanismes de stabilisation – je pense à l’Union bancaire – et d’encourager l’investissement avec l’amplification de la mise en œuvre du plan Juncker. Entre le plan Juncker et les fonds de cohésion, ce sont plusieurs milliards d’euros qui doivent être investis dans l’économie française : ce sont ces fonds qu’il faut exploiter au mieux et dont il faut accélérer la mise en œuvre. Cela signifie aussi faire profiter nos entreprises d’un commerce international préservant les intérêts européens : nous suivrons de près les discussions sur le partenariat commercial transatlantique, et c’est Matthias Fekl qui le fera. Nous aurons enfin à mettre en œuvre l’indispensable transition énergétique au niveau européen, dans le prolongement de l’accord de Paris, et à accélérer les travaux engagés dans le domaine du numérique.

Lors du semestre qui s’ouvre sous présidence néerlandaise, les relations entre le Royaume-Uni et l’Union européenne susciteront des débats sur l’avenir de l’Europe. La sortie du Royaume-Uni serait très négative à la fois pour lui et pour l’Europe. Le risque existe. Nous aborderons cette question avec un mot d’ordre clair : oui aux améliorations de l’Union européenne, non à son démantèlement. D’une façon plus générale, malgré certains progrès européens enregistrés à l’initiative de la France, nous ne devons pas nous dissimuler les difficultés : les forces de dispersion, je le disais, sont puissantes, la construction européenne elle-même est menacée. Pour de multiples raisons et notamment parce que les questions de sécurité extérieure et intérieure sont devenues centrales, alors même que l’Europe n’a pas été construite dans cet esprit et avec cet objectif central. Sur tout cela, nous devrons nous concerter étroitement, en particulier avec nos amis allemands. En 2016, l’Europe sera au cœur de notre action. Face à la diversité des défis européens qui s’annoncent, je compte sur chacune et chacun d’entre vous.

4/ J’en viens à notre quatrième priorité : la poursuite de notre mobilisation au service du rayonnement de la France. Celui-ci passe en particulier par la culture. J’ai confié il y a quelques mois à l’Institut français, l’opérateur de notre diplomatie culturelle, la mission d’organiser une grande « Nuit des idées ». Elle aura lieu ici au Quai d’Orsay le 27 janvier. Il s’agira d’un moment exceptionnel d’échanges entre intellectuels, artistes, chercheurs du monde entier, réunis à Paris avec le public pour toute une nuit afin de réfléchir au monde de demain. Il y sera question notamment de climat, de justice, de santé, d’art, de science, de nouvelles technologies. Cet événement international et interdisciplinaire constituera un hommage au travail de nos Instituts qui font vivre ce dialogue des cultures, et la première étape d’une série de nuits de débats que je souhaite organiser dans le monde entier. J’espère un vrai retentissement pour l’événement du 27 janvier. Vous y êtes tous les très bienvenus. La priorité accordée à la diplomatie économique a pu, à tort, faire passer au deuxième plan les autres facettes de notre diplomatie : ce serait une erreur. Dans mon esprit – je ne le répéterai jamais assez –, notre diplomatie doit être globale, la Nuit des idées y contribuera.

En 2016, nous nous mobiliserons également pour faire, dans un tout autre domaine, de l’Euro de football un atout au service de notre attractivité. Nous amplifierons nos efforts en faveur de notre candidature pour l’accueil des Jeux Olympiques de 2024 et de l’Exposition universelle de 2025. Nous poursuivrons le déploiement de la campagne « Créative France » dans le monde. Nous renouvellerons le 21 mars l’opération « Goût de France », dont la première édition en 2015 avait été un succès au service de la promotion de notre gastronomie. Nous redoublerons d’efforts pour promouvoir notre tourisme, dans un contexte délicat. Sur tous ces sujets importants pour le rayonnement de la France, comme sur la francophonie, notre diplomatie globale devra continuer à être novatrice et dynamique.

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Voilà, chers amis, à grands traits, les principaux aspects de notre, de votre « agenda 2016 ». Les défis sont donc nombreux. D’où la nécessité pour notre pays de disposer d’un Ministère des Affaires étrangères en plein ordre de marche, en phase avec les grandes évolutions du monde, tourné vers l’avenir, et dans lequel les conditions de travail permettent à chaque agent de donner le meilleur de lui-même.

C’est l’objet, vous le savez, du projet « MAEDI 21 – une diplomatie globale pour le 21ème siècle ». J’en avais exposé l’esprit l’an dernier à l’occasion de ce même discours de vœux. A l’issue d’une large consultation interne et externe, j’avais annoncé fin août, en clôturant la Semaine des Ambassadeurs, les principales décisions retenues. Et je m’étais engagé à dresser un point d’étape de la mise en œuvre de ces réformes début 2016, ce que j’ai fait à l’occasion de mon message électronique de vœux aux agents le 1er janvier. Quelques mots, avant de conclure, sur ce sujet, en abordant plusieurs réformes engagées dans et pour notre Ministère des Affaires étrangères, devenu désormais aussi Ministère du Développement international, et, à la vérité, Ministère de l’action extérieure de l’Etat. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : nous sommes devenus – c’était mon objectif – le Ministère de l’action extérieure de l’Etat.

1/ Dans le projet MAEDI 21, la sécurité et la réponse aux crises occupent, comme il est normal, une place importante. La Cellule interministérielle d’assistance aux victimes (CIAV) sera dorénavant rattachée au Centre de crise et de soutien. La nouvelle équipe de soutien montera en puissance en 2016 pour atteindre en 2017 un total de 100 agents déployables en 48 heures. Le travail s’accélère également pour renforcer la sécurité des Français de l’étranger en général et celle de nos implantations diplomatiques, consulaires, culturelles et scolaires : 10 audits de sûreté ont déjà été menés sur les 40 prévus dans les pays prioritaires, la revue complète sera achevée mi-2016. Davantage de personnes et davantage de matériel seront dédiés à la sécurité, à l’étranger comme en administration centrale. Dix postes d’appui régional seront opérationnels dès le début de cette année afin de porter assistance à des postes à effectifs limités en cas de crise. Et désormais, chaque nouveau projet immobilier devra comporter parmi ses objectifs le regroupement des services et ces aspects-là.

2/ Une autre priorité du projet MAEDI 21 concerne l’adaptation de notre ministère aux enjeux de la diplomatie globale et la simplification. Depuis ce 1er janvier, la nouvelle organisation du ministère est en vigueur avec la mise en place, au sein de la Direction générale de la mondialisation, de la Direction de la culture, de l’enseignement, de la recherche et du réseau (DCE2R), et la création de la Mission de la promotion du tourisme au sein de la Direction des entreprises. Le redéploiement de nos effectifs avance, afin de renforcer notre présence dans les pays émergents du G20 : la Chine deviendra ainsi notre première ambassade en 2017. Des expériences innovantes seront lancées en 2016 avec l’ouverture de « bureaux de France » dans de grandes métropoles où nous devons être présents, en Chine, en Inde, en Indonésie et au Mexique. Des conseillers diplomatiques seront placés dès cette année auprès de chaque préfet des nouvelles régions, afin d’améliorer le lien entre notre réseau et les territoires, après une expérimentation concluante à Paris et à Lyon. Sont également en cours le renforcement et le pilotage des opérateurs, qui ont été regroupés (Business France, Expertise France, Campus France, Institut français, Atout France, France Médias Monde, AFD, IRD…) : je présiderai prochainement le premier comité des opérateurs. Quant à la rénovation physique du site du Quai d’Orsay pour permettre le regroupement de nos sites, elle commencera dès cet été 2016 avec la construction d’un nouveau bâtiment le long de l’aile des archives, qui sera terminé en 2018 et reflétera la manière de travailler au 21ème siècle.

3/ Autre chantier majeur du MAEDI 21 : le renforcement des outils de cette maison au service du développement international de la France. Notre action dans le domaine de la diplomatie économique – qui n’est nullement contradictoire avec la défense des droits de l’Homme – et notre volonté de promotion du tourisme continueront de se renforcer, avec notamment la multiplication des rencontres ambassadeurs/entrepreneurs, la réédition du « mois de l’investissement en France », la montée en gamme de France.fr, portail unique pour le tourisme en France. Notre action en matière de visas continuera en 2016 de servir notre politique d’attractivité, avec l’extension du dispositif « visas en 48 heures » à de nouveaux pays – Indonésie et Turquie depuis le 1er janvier ; Vietnam, Arménie et Géorgie au cours du premier semestre –, cependant que ce délai passera à 24 heures en Chine – un record ! – pour les groupes de touristes. Le « Passeport Talents » sera mis en place en 2016, à la fois visa et titre de séjour pluriannuel destiné à faciliter la venue en France de publics particulièrement importants pour notre économie et notre rayonnement. Les missions consulaires seront simplifiées. Les travaux avancent pour la mise en place des plateformes numériques qui seront ouvertes en 2017, qu’il s’agisse du portail commun offrant l’accès à la culture et à la création françaises ou du développement de l’école numérique française. Je souligne enfin cette réforme très importante que j’ai proposée : le rapprochement de l’AFD et de la Caisse des dépôts et consignations sera effectif dès cette année selon des modalités qu’annoncera le Président de la République la semaine prochaine. Il permettra d’amplifier notre action en faveur du développement durable.

4/ Enfin, le projet MAEDI 21 accorde à juste titre une place centrale à la modernisation de la gestion des ressources humaines. Notre objectif est, vous le savez, de mieux prendre en compte les aspirations des agents, les vôtres, pour l’évolution de leurs parcours professionnels et de mieux concilier vie professionnelle et vie privée. La Délégation aux familles sera pleinement opérationnelle d’ici l’été, elle pourra apporter une aide dans la préparation de l’expatriation ou dans celle des retours de poste. L’évaluation FANEV permettra de mieux valoriser les compétences professionnelles acquises au long de la carrière et de mieux répondre aux besoins de formation. Les « conseillers parcours », en fonction dès le début 2016, apporteront leur expertise pour conseiller chacun dans ses choix d’affectations et de formation, ainsi que dans la construction de son parcours professionnel. Les efforts pour faciliter l’emploi des conjoints à l’étranger seront amplifiés. J’avais annoncé en août ma décision de nommer Médiateur du MAEDI l’Ambassadeur de France Pierre Vimont : celui-ci a pris ses fonctions le 1er janvier, et tous les agents peuvent désormais s’adresser à lui.

La mise en œuvre de MAEDI 21 est donc en marche. Elle est conforme au calendrier fixé. Elle s’accompagne de la mobilisation des moyens budgétaires nécessaires. Elle fait l’objet d’un dialogue avec les organisations syndicales. Les premiers résultats sont encourageants. Je veux en féliciter et en remercier le Secrétaire général. Et remercier tous les agents qui prennent part à sa mise en œuvre.

Bien sûr, je mesure l’ampleur des efforts qui restent à accomplir. Mais je suis convaincu que nous sommes sur de bons rails. Si j’ai engagé ce chantier d’envergure, c’est parce que j’avais la conviction profonde, acquise au fil des années, que la tâche d’un Ministre n’est pas seulement, comme certains le croient parfois, de définir et de défendre une politique, mais aussi de diriger et d’animer une administration, une collectivité humaine. Or ces réformes sont indispensables à la fois pour faire progresser notre collectivité humaine et pour préparer notre outil diplomatique, plus largement notre pays, aux évolutions du monde dans les vingt ou trente prochaines années. Avec MAEDI 21, nous faisons donc œuvre durable : l’effort de réforme que nous accomplissons servira durablement à la fois la diplomatie française et tous ceux, nombreux, auxquels notre action bénéficie.

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Monsieur le Secrétaire général,
Madame et Messieurs les Ministres,
Chers amis,

L’année qui s’en va a été douloureuse pour notre pays, mais elle nous a donné aussi de puissants motifs de fierté. La fierté de voir le monde nous témoigner sa solidarité. La fierté de voir notre peuple, ici comme à l’étranger, se rassembler dans l’adversité. La fierté de voir notre pays servir de grandes causes et contribuer à d’importantes avancées.

Cette fierté française, qui ne doit nullement être confondue avec une arrogance déplacée, notre ministère en prend sa part. Nous continuerons à promouvoir au plan international les atouts dont notre pays dispose. Nous continuerons à porter dans le monde, en toute indépendance, un message universel et solidaire, qui nous vaut le privilège d’être un pays écouté et estimé.

Dans cette tâche, comme dans toutes celles que j’ai évoquées au cours de mon propos, je sais, quelle que soit votre fonction, que le Gouvernement de la République peut s’appuyer sur chacune et sur chacun de vous. Vous êtes dignes de la confiance que nos compatriotes et beaucoup de pays dans le monde placent dans la diplomatie française. Quant à moi, je dirai simplement ceci : je dirige notre diplomatie avec fierté et je la sers avec bonheur. A toutes et à tous, heureuse année 2016 et, au nom de notre pays, du fond du cœur, merci.

Dernière modification : 23/11/2016

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