Discours de M. François Saint-Paul, Ambassadeur de France en Roumanie (14 juillet 2015 )

Seul le prononcé fait foi.

Monsieur le Premier ministre,
Monsieur le représentant du Président de Roumanie,
Mesdames et messieurs les membres du Gouvernement,
Monsieur le président de la Chambre des députés,
Mesdames et messieurs les Parlementaires,
Mesdames et messieurs les Ambassadeurs,
Monsieur le sénateur de France, Christophe André Frassa.

Chers amis,
Je voudrais tout d’abord vous remercier tous de votre présence, de votre présence à cette fête nationale si importante pour nous et lorsque je dis « nous », je ne dis pas simplement les Français, je dis tous ceux qui sont attachés à nos valeurs, à nos valeurs communes qu’ils soient Français, qu’ils soient Roumains - tant ces valeurs sont importantes dans la relation franco-roumaine - ou d’une autre nationalité.
Je voudrais aussi remercier tous ceux qui nous aident dans l’organisation de cette fête et en particulier les entreprises françaises si présentes et si attachées à ce pays, à la vie économique de ce pays, et pas simplement à sa vie économique, mais à ce pays tout entier.
Ce 14 juillet, le 14 juillet, quel sens lui donner ?
Je voudrais vous livrer quelques pistes, quelques pistes qui valent à la fois pour mon pays et pour la Roumanie. Quelques idées pour montrer que notre devise, « Liberté, Egalité, Fraternité » n’a pas vieilli et est plus que jamais d’actualité.
Quel sens donner au 14 juillet ? Je dirais tout d’abord le sens du passé, de notre histoire. C’est la volonté de nous souvenir d’où nous venons. L’histoire de la France et celle de la Roumanie, nous le savons, sont étroitement mêlées. Sans la prise de la Bastille, sans les idées révolutionnaires, sans le Premier Empire, la Restauration, la deuxième révolution, Napoléon III, où serions-nous et où serait l’amitié franco-roumaine ? Nous sommes liés, enracinés dans une histoire commune, non seulement par les évènements politiques mais aussi par la culture, par la langue. Ce sont tous les éléments de cet héritage qui font l’ouverture au monde, notre ouverture au monde, l’ouverture de la France mais aussi l’ouverture de la Roumanie, pour y être acteur.
Le 14 juillet, quel sens lui donner également ? Le sens du présent, naturellement, avec la volonté d’agir, la volonté d’agir pour défendre, assumer nos valeurs, face aux menaces. Les menaces qui sont voisines ; nous les connaissons, vous les connaissez. Il y aussi d’autres menaces qui apparaissent plus lointaines, mais qui sont tout aussi présentes ; ces menaces qui fabriquent l’intolérance. Ce sont d’abord les idées, ou l’absence d’idées, qui arment les armes. Je voudrais à cette occasion, remercier la Roumanie, la Roumanie toute entière, pour les gestes de solidarité dont elle a témoigné à l’occasion des évènements qui ont tragiquement endeuillé notre pays en janvier dernier, lors de l’attentat contre « Charlie Hebdo ».
La volonté d’agir pour nos valeurs, c’est aussi l’économie. Produire, innover, pour partager. Les entreprises françaises [les entreprises françaises d’influence française avec des capitaux français] représentent de 10 à 15 % du PNB de Roumanie. Elles y sont heureuses, elles s’y développent ; elles souhaitent se développer plus encore. Le temps est fini où, en Europe, l’on doit opposer un pays à un autre en matière économique. Le temps est fini où l’on ne peut pas penser, en termes de complémentarité. C’est donc vers la Roumanie aussi que nous tournons nos espoirs, et nos espoirs de développement pour approfondir encore notre relation.
Le sens du présent et la volonté d’agir pour nos valeurs, c’est à l’évidence aussi la culture, le plurilinguisme. Le plurilinguisme est un atout de la Roumanie. C’est ce qui distingue la Roumanie de bon nombre d’autres pays de la région. Ce plurilinguisme a ses origines, ses racines, une fois encore dans l’histoire. C’est aussi un atout pour le présent. La globalisation ne doit pas conduire à l’uniformité. La Roumanie, pour exister dans son âme, dans sa culture, a besoin de cette diversité, et je ne parle pas simplement pour ma langue.
Le sens du présent et la volonté d’agir pour nos valeurs, pour nos projets, c’est enfin l’Europe.
Permettez-moi d’évoquer un peu l’actualité et de parler de la Grèce. Ce qui s’est passé avec la Grèce et l’accord auquel l’Eurozone est parvenu ne marque évidemment pas la fin des difficultés que nous pouvons connaître. Mais ce résultat montre la voie. Refuser le repli, refuser la fatalité. Qui peut dire que l’Euro n’est pas aussi un projet politique ? A la lecture des journaux français, j’ai lu la convergence d’idées extrêmes et d’opinions extrêmes pour souhaiter que l’on ne fasse rien. Je voudrais leur dire merci. Merci de nous avoir rappelé le sens de l’histoire, et de nous avoir convaincus qu’il fallait faire quelque chose. Et nous l’avons fait. L’Europe, c’est un projet, c’est un processus et ce processus doit se poursuivre. La Grèce a besoin de l’Europe, mais, comme vous l’avez-vous-même rappelé monsieur le Premier ministre, l’Europe a besoin aussi de la Grèce.
Enfin quel sens donner au 14 juillet ? Le sens du futur. La volonté de construire.
Simplement trois idées.
Tout d’abord, pas de liberté sans responsabilité. Et c’est tout le sens aujourd’hui que nous donnons à la Cop21. Ce petit signe [la broche recyclée avec le feuille-logo] que vous portez tous aujourd’hui, c’est ce sens des responsabilités. C’est l’heure des choix. Quel monde voulons-nous pour l’avenir ? Est-ce que nous voulons un monde plus divisé, où les pauvres seront encore plus pauvres, où les premières victimes des dérèglements climatiques seront évidemment les plus fragiles ? Ou voulons-nous plus de responsabilité ? Plus de solidarité ? Est-ce que nous voulons un avenir où les sociétés civiles seront plus engagées, plus impliquées ? Où les sociétés civiles participeront mieux, plus, à la construction de notre avenir ? Ou est-ce que nous voudrons des sociétés qui seront affadies, appelées simplement à se protéger, sans aucun geste de solidarité, sans se tourner vers l’autre. La Cop 21 est l’heure des choix, et comme l’avait dit très justement le secrétaire général des Nations Unies, « il n’y a pas de plan B parce qu’il n’y a pas de planète B ».
Deuxième idée sur le sens du futur : pas de liberté sans Etat de droit. Et je voudrais le dire aussi bien pour la Roumanie que pour n’importe quel autre Etat ou pour mon pays. Pour construire un Etat de droit, la justice ne suffit pas. Un effort de toutes les institutions est nécessaire. Un effort de tous est nécessaire. Ce qui signifie aussi probablement essayer de reconnaitre et de privilégier la compétence. Donner à l’administration les armes pour se construire, attirer la compétence. Dans la conception que nous avons, l’Etat, ce n’est pas la classe politique. C’est en construisant une administration que l’on construit un Etat. Il s’agit d’émanciper l’administration de la politisation pour mettre en œuvre des politiques et permettre aux gouvernements d’avoir les instruments nécessaires dans la durée. C’est très dur, mais c’est incontournable. Et c’est aussi le sens de l’Europe : Qu’est-ce qui distingue nos Etats européens de ceux d’autres continents ? C’est ce sens que nous avons de l’Etat. Et c’est peut-être aussi ce qui peut interpeller la classe politique parce que les vrais projets sont les projets qui ne divisent pas. Quel sens donner à l’Etat ? Quelle place donner à l’Etat ?
Enfin, dernière idée sur le sens du futur, c’est la force des idées. La force des idées, c’est de transcender nos misérables divisons. Seuls les projets fondés sur des idées ne sont pas construits sur du sable. L’effort a besoin de durée. Ce qui suppose l’exigence des idées. L’exigence de la force intellectuelle.
A ce propos, et pour conclure, je voudrais vous poser une question Monsieur le Premier ministre ; question sans piège naturellement. Connaissez-vous Mademoiselle Marie-Renée Andreescu ? [en s’adressant au public] Venez nous rejoindre, montez sur l’estrade, Mademoiselle Marie-Renée Andreescu. Voilà, je vous présente Marie-Renée Andreescu qui vient d’avoir son Bac avec une mention Très Bien. Rien que de très normal si l’on connaît les statistiques des élèves du Lycée Français Anna de Noailles. Ce qui est plus remarquable, c’est que Marie-Renée Andreescu a eu son Bac, tel qu’établi dans le système éducatif français, alors qu’elle est roumaine, avec une moyenne de 20,33 ; qu’en conséquence le centre universitaire de Strasbourg nous a appelé pour signaler que les ordinateurs rencontraient des difficultés à enregistrer ses résultats ! Mais plus extraordinaire encore, Marie-Renée Andreescu a reçu le Premier prix du Concours Général de philosophie la semaine dernière à Paris. Or Marie-Renée Andreescu a effectué sa scolarité depuis le CE1 au Lycée Anna de Noailles. Voilà ce que je veux dire : l’avenir de la Roumanie nous, nous y croyons, monsieur le Premier ministre ; nous, les Français, nous en sommes convaincus.
[en s’adressant à la jeune fille] Je crois que vous êtes le plus vivant témoignage de tout ce que la Roumanie peut faire. Je ne suis pas Roumain mais permettez-moi de me joindre à la fierté de vos compatriotes et de dire que je suis très fier de ce que vous avez fait ; je suis sûr que l’on entendra parler de vous dans l’avenir. Et en attendant bonnes vacances à vous !
Et belle Fête à tous !
Vive la Roumanie et vive la France !
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Dernière modification : 19/11/2015

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