Discours de l’Ambassadeur de France à l’occasion de la remise de la Légion d’Honneur à Mme Dana GRUIA DUFAUT (13 mai 2016)

Seul le prononcé fait foi

Chère Dana GRUIA DUFAUT,
Mesdames et Messieurs, Chers invités,

La cérémonie qui nous réunit ce soir, un vendredi 13, est un moment particulier, car, comme vous le savez, je m’apprête à vous décorer de la Légion d’honneur.
Non sans avoir prononcé d’abord, comme le veut l’usage, un discours mettant en valeur vos nombreux mérites, et sans l’once d’un soupçon de superstition : après tout, c’est bien vous qui avez choisi cette date !
En vous nommant chevalier de cet ordre national prestigieux, après vous avoir nommée en 2006 chevalier de l’ordre du mérite, la France a décidé d’honorer la poursuite d’une carrière exemplaire d’une avocate française, d’origine roumaine. Cette carrière a été bâtie après la révolution roumaine de décembre 1989, en participant activement à la renaissance de la relation bilatérale économique entre nos deux pays.
Vous êtes née à Bucarest en 1960, et c’est en 1977 que vos parents décident de quitter définitivement la Roumanie pour la France. Vous vous intégrez et apprenez la langue française très rapidement, vous assurant ainsi la possibilité d’entamer des études de droit. Vous les achèverez brillamment à l’université de Paris I Panthéon – Sorbonne en obtenant deux DEA – droit des affaires et droit de l’immobilier – en 1985 et 1986. Puis vous vous inscrirez au barreau de Paris l’année suivante.
Comme vous n’êtes pas superstitieuse, vous ne verrez aucune malice de ma part à mettre en avant quelques chiffres de bon augure : l’année prochaine, vous fêterez ainsi vos 30 ans de plaidoirie, de consultation et de conseil, et cela fera 40 ans que vous aurez quitté la Roumanie.
1977, fut une année terrible pour votre pays d’origine, avec le grand tremblement de terre du 4 mars qui ravagea notamment Bucarest. Mais elle fut également une période d’espoir nourrissant la dissidence à l’Est avec la célèbre « Charte 77 » dont feu Vaclav Havel, le talentueux dramaturge et grand homme d’Etat tchèque fut l’un des premiers signataires ; Courageusement, l’écrivain roumain Paul Goma la signa également et envoya une lettre ouverte au gouvernement roumain, à la radio américaine "Free Europe", exigeant le respect des droits de l’homme en Roumanie. Paul Goma, son épouse et son fils furent privés par le régime communiste de la nationalité roumaine et expulsés vers la France cette même année. Peut-être cet épisode marquant de l’histoire roumaine vous aura-t-il interpellé au point de vous donner l’envie de vous battre pour le droit ?
Peu après la révolution, le besoin de redécouvrir votre pays d’origine se manifeste. Et c’est à l’occasion de votre premier voyage en 1991 qu’une petite mésaventure orientera votre destinée professionnelle. En effet, vous êtes alors, peut-on dire, à la croisée de vos chemins.
C’est en franchissant la frontière terrestre roumaine que vous vous rendrez compte de l’utilité et de l’importance d’une ambassade : A la lecture de votre passeport français, un douanier vous demande pourquoi vous portez un nom roumain, pourquoi vous ne voyagez pas avec un document roumain, et s’en empare pour quelques minutes. Ces minutes vous auront paru bien longues, et vous aurez échafaudé plusieurs scénarios noirs ! Finalement, votre passeport vous fut rendu sans autres commentaires, mais vous décidâtes de vous rendre illico presto à l’Ambassade de France pour en avoir le cœur net. Outre le consul, vous rencontrâtes le responsable des relations économiques qui vous brancha sur la foire commerciale internationale qui devait s’ouvrir les jours suivants à Bucarest. Il vous demanda, ni une ni deux, d’œuvrer pour la bonne tenue du stand de la France, comptant ainsi sur vos compétences dans votre domaine professionnel et votre connaissance de la langue roumaine ! Votre sort professionnel venait d’être scellé…
Aujourd’hui, 25 ans d’expériences plus tard, vous pouvez être fière du chemin parcouru !
Vous achèverez rapidement votre premier projet juridique en Roumanie, en immatriculant une société d’un grand groupe française dans ce pays, agissant dans le domaine de l’infrastructure (COLAS). Puis vous offrirez des conseils juridiques dans le cadre des programmes PHARE pour les privatisations, en réalisant des centaines d’audits juridiques et des études sur le développement stratégique des grandes entreprises roumaines impliquées dans le processus de privatisation.
Et c’est en 2002, qu’après avoir obtenu le titre de Docteur en Droit de l’Université de Bucarest, avec la thèse « Réglementations de Droit Commercial des relations entre la France et la Roumanie, dans le contexte européen », vous vous inscrirez au barreau de Bucarest, spécialisée en droit commercial et sociétaire, et que vous créerez un cabinet d’avocats spécialisé en droit des affaires, le premier cabinet francophone de Roumanie.
Ce cabinet est à présent l’un des plus importants à offrir de l’assistance juridique aux investisseurs français sur le marché local. Composé d’une équipe d’environ 35 personnes, dont treize avocats roumains, tous francophones, le Cabinet offre une expertise de premier rang dans le droit des entreprises. Il est particulièrement reconnu en droit des investissements étrangers en Roumanie, mais également en droit commercial, droit des sociétés, droit des fusions & acquisitions, droit immobilier, droit des contrats, droit du travail, fiscalité et contentieux.
Parallèlement à cette intense activité dans le domaine du conseil et de l’assistance juridique, vous vous impliquez dans la promotion des relations entre la France et la Roumanie, dans de nombreux domaines :
Dès le début des années 90, grâce à votre implication dans la commission de coopération du barreau de Paris avec le barreau de Bucarest, de nombreux jeunes avocats du barreau bucarestois feront des stages de formation professionnelle dans des cabinets d’avocats parisiens, bénéficiant du financement de la part de l’Etat français.
De 1993 à 1997, vous serez secrétaire régionale de l’Union Internationale des Avocats (UIA) pour l’Europe de l’Est. De 1996 à 2010, vous conseillerez officiellement l’ambassade, et de 1998 à 2011 vous serez conseillère du Commerce Extérieur de la France.
Vous êtes également membre depuis 2010 du conseil d’administration de la Chambre de Commerce, Industrie et Agriculture de France en Roumanie (CCIFER). Vous participez régulièrement à ce titre aux forums d’affaires et aux conférences organisées dans le pays, dans le but de soutenir le développement des relations économiques et commerciales entre la France et la Roumanie.
Cet activisme, fort apprécié, explique certainement votre élection à la première place, en avril 2014, à la fonction de conseillère consulaire de la France pour la Roumanie et la République de Moldavie pour un mandat de six ans.

Chère Dana GRUIA DUFAUT, roumaine devenue française, puis (re)devenue roumaine en quelque sorte, votre parcours professionnel vous honore et honore la France. Et c’est donc avec un plaisir immense « qu’au nom du Président de la République, et en vertu des pouvoirs qui me sont conférés, je vous fais chevalier de la Légion d’Honneur. »

Dernière modification : 17/05/2016

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