Fête nationale / Discours de l’Ambassadeur de France [ro]

Discours de l’Ambassadeur de France en Roumanie, M. François Saint-Paul, à l’occasion de la réception de la Fête nationale à la Résidence de France

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(Seul le prononcé fait foi)

Monsieur le Président
Monsieur le Président du Sénat
Monsieur le président de la Chambre des députés
Messieurs les vice-Premiers Ministres
Mesdames et messieurs les ministres,
Mesdames et messieurs les parlementaires,
Mesdames et messieurs les ambassadeurs,
Madame et messieurs les conseillers consulaires
Mesdames et Messieurs, chers invités,

La fête nationale du 14 juillet est toujours un moment que nous attendons et préparons avec soin. Parce ce que nous nous retrouvons ensemble, nous les français, avec tous ceux que nous souhaitons honorer et partager en ce jour particulier.

2015-2016 a été une période intense.
La France a connu d’abord le terrorisme, une nouvelle fois, en décembre. Elle a été frappée pour les valeurs qu’elle porte et auxquelles nous ne renoncerons jamais ; la tolérance, l’esprit républicain, le refus de la soumission. Qu’il me soit permis encore une fois de remercier les autorités roumaines, toutes les institutions roumaines, mais aussi toutes les roumaines et les roumains qui, dans cette épreuve, nous ont témoigné leur solidarité, leur soutien. Au-delà de la France, ce sont bien nos valeurs communes qui ont été attaquées. Et c’est ensemble, par notre façon de vivre, de refuser de baisser la garde, que nous devons répondre. Ayons confiance en nous, en nos convictions, et agissons ensemble ; la volonté d’agir ensemble est toujours le début de la réponse. Et la réponse ne peut être que déterminée.
Mais, si vous me le permettez, M. le Président, je souhaiterais entrer dans le vif du sujet ; le sujet qui est central, qui doit mobiliser, qui va mobiliser toutes nos énergies dans les prochaines semaines, les prochains mois, les prochaines années ; l’Europe.
Quel projet européen ? Quelle France ? Quelle Roumanie ?
Je souhaite livrer quelques réflexions, comme contribution respectueuse au débat, M. le président, que vous conduisez, pour orienter votre pays, auxquels nous, Français, sommes si attachés.
-  Première réflexion : une certaine forme de populisme a frappé au Royaume-Uni, et nous sommes nombreux à le regretter. Bien entendu je me dois de respecter ce choix, et je le respecte. Mais je ne peux m’empêcher de constater que ceux qui ont orienté ce choix dans cette direction sont indécis ou ont choisi de s’absenter. …A nous aussi d’en méditer la leçon ; on ne défend pas un projet en l’accablant, on ne défend pas l’Europe en flattant les causes de mécontentement. L’Europe se défend en proposant.

-  Seconde réflexion : n’ayez aucun doute sur la volonté de mon pays, de ses dirigeants, d’être source de propositions, de constructions, d’avancées. Les Français, et je suis Français, ont beaucoup de défauts ; qui n’en n’a pas ? Mais toute l’histoire de mon pays montre que le repli l’affaiblit, tandis que son engagement le renforce. Arrogance diront certains. J’en conviens pour une part. Sens de l’intérêt général diront d’autres. Accordez le moi. Mais surtout : volonté de maîtriser notre histoire, d’être acteur de notre avenir, à part entière. Décider, ne pas subir.

-  Troisième réflexion : en ma qualité d’ambassadeur de France, mais aussi tout simplement d’observateur attentif et très attaché, après deux années, à la Roumanie, je partage pleinement l’idée, M. le Président, que vous proposez : l’idée que le temps est venu, alors que le projet européen va avancer, de définir aussi un nouveau projet pour la Roumanie.

M. le Président, vous abordez avec toute la hauteur de vue nécessaire pour la Roumanie ce moment décisif de l’Europe.

Bien sûr, cela suppose ensuite un travail intense, de tous, de tous les partis, mais aussi, au-delà des partis, des autres corps intermédiaires. Et de la société civile. C’est d’abord d’elle que dépend sa volonté d’investir utilement le champ du débat, pour être partie prenante dans cette définition du projet national, qui sera une pièce du projet européen.

Bien sûr, également, certains thèmes sont déjà connus : la sécurité, à l’Est et au Sud, la migration, Schengen, la zone Euro.

Mais ce sont, ce ne sont, que des thèmes, des instruments.

Car n’oublions le cœur du sujet : comment faire en sorte que l’Europe serve dans les domaines les plus importants pour la vie quotidienne de nos concitoyens. Je pense à la santé, à l’éducation, au renforcement de l’efficacité de l’Etat et de ses politiques publiques.

La question de la convergence économique et sociale, n’est pas une question réservée à des économistes.

En Europe, elle est la clé de toute politique pour éviter que de nouveaux blocs ne se reconstituent. L’Est contre l’Ouest. Le Nord contre le Sud.

En Roumanie cette question de la convergence de fond, économique et sociale, est aussi la clé de l’avenir. Par exemple pour que les jeunes pensent leur avenir dans leur pays et non plus en dehors.
En Roumanie, comme ailleurs, c’est d’ailleurs le vrai sens de la poursuite de la lutte contre la corruption : quelle société leur proposons-nous ?

En d’autres termes, pour être en capacité de proposition, et pas seulement d’acceptation, à Bruxelles, la Roumanie, comme tout autre pays partie prenante au projet européen, a besoin d’avoir une vision claire de l’avenir qu’elle veut se construire.

Ne nous y trompons pas, ce débat va s’engager vite à Bruxelles. Il est de l’intérêt de l’Union européenne qu’il s’engage rapidement. Pour qu’elle ne reste pas l’otage de ses doutes ou ses incertitudes.

L’enjeu sera de réinventer en Europe les formes de cette dynamique positive dont nous avons tous besoin. Pour aller de l’avant.

Soyez assuré, M. le président, que, comme dans le passé, la France sera un partenaire particulièrement attentif. Nous l’avons toujours été dans notre histoire commune.

M. Le Président,

Tout ce qui peut être dit ensuite, en particulier sur les relations entre la France et la Roumanie, découle de ces perspectives.

Vous êtes venus deux fois en France en 2015. Vous avez invité le Président Hollande à venir en Roumanie. Le Premier ministre M. Ciolos est venu cette année deux fois en France également. M. Hollande a répondu positivement, et je dirais même très positivement, à votre invitation. Nous préparons activement cette visite, prochaine, qui devrait être à la hauteur de nos relations. Beaucoup nous rapproche. Pourrais-je même dire tout ? La nouvelle feuille de route du partenariat stratégique signée par M. Ciolos et M. Valls à Paris le 10 juin en témoigne. Depuis très longtemps il n’y avait pas eu d’échanges aussi intenses entre les ministres de nos deux pays, dans tous les domaines. Vous attendez beaucoup de la France. Nous attendons beaucoup de la Roumanie. Nous avons de l’ambition.

Nous portons ensemble des projets économiques de long terme. Par exemple l’usine Airbus Helicopters de Brasov, sur le modèle de la réussite de Dacia-Renault. La Chambre de commerce et d’industrie française en Roumanie multiplie les projets, les idées, les propositions.

Nous avons des projets scientifiques communs d’une ampleur jamais égalée, je pense au projet de laser de haute intensité de Magurele.

Nous avons aussi en commun tout le domaine de la culture, au sens le plus large du terme. La culture n’est pas seulement un héritage. C’est une façon de dessiner, de représenter, ce que nous sommes. Nous, Français, nous y croyons. Et la Roumanie a tous les atouts pour faire de même. Cristian Mungiu et tous les nouveaux cinéastes roumains participent à ce mouvement, ce mouvement qui fait naître une nouvelle curiosité, une nouvelle image, un nouveau regard, sur la Roumanie. Vous savez également toute l’importance que nous attachons aux Saisons croisées franco-roumaines qui se déroulerons en Roumanie et en France fin 2018 et au premier semestre 2019. C’est enfin aussi pour cette raison que je souhaite saluer l’initiative du gouvernement roumain de proposer le rachat de l’extraordinaire statue« la sagesse de la terre » de Brancusi.

M. le Président,
J’en viens enfin au thème de ce 14 juillet. Vous vous souviendrez que l’année dernière notre fête nationale a été placée sous les auspices de la conférence sur l’environnement qui a eu lieu à Paris, la COP 21, à laquelle vous vous êtes rendu, au mois de décembre et qui a été un succès. A nous, à l’Europe d’abord, de le faire vivre.

Cette année, nous avons choisi un autre thème, qui parle de lui-même : « créative France ». Particulièrement dans la Roumanie d’aujourd’hui, terre d’innovation, de création, d’invention, nous souhaitons illustrer tout ce que la France peut apporter de neuf, dans tous les domaines. Depuis la gastronomie, bien sûr, jusqu’à l’industrie, en passant par les arts, les sciences, la culture.
Je souhaite que notre réception soit l’occasion de découvrir ensemble ces marques de la modernité. Une modernité qui ne s’oppose pas au passé, et qui nous donne, tous les jours, dans tous les domaines, la chance de mieux partager, et de nous étonner.
Je souhaite enfin, en conclusion, remercier tous nos partenaires du monde de l’entreprise pour leur soutien à cette réception. C’est grâce à leur concours que je vous souhaite, M. le Président, chers invités, un heureux 14 juillet.
Je vous remercie M. le Président.

Dernière modification : 18/10/2016

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