Discours de l’ambassadeur de France, M. Philippe Gustin, à l’occasion de l’ouverture du Colloque "Pensez l’Europe" (4 octobre 2013)

Mesdames et Messieurs les Présidents,
Mesdames et Messieurs les Directeurs,
Mesdames et Messieurs

C’est un grand honneur pour moi d’ouvrir ce Séminaire et je tiens à remercier les nombreuses institutions et comités qui ont contribué à l’organisation de cet événement qui s’inscrit dans la série désormais longue « Penser l’Europe ». Cette 12ème édition se concentre plus particulièrement sur la question suivante : « Comment enseigner l’histoire et les littératures pour former l’homme européen ? ».

En effet, dans l’Europe d’aujourd’hui protéger la diversité par rapport à ce qui semble être une homogénéisation culturelle, tout en respectant l’union, est une préoccupation apparente.
Les sociétés européennes ont connu de nombreuses mutations ces quarante dernières années, des changements de modes de vie, des changements dans le monde du travail, des changements dans l’éducation et la manière d’instruire. Si le changement est inévitable et nécessaire, tout en étant de plus en plus accéléré, il n’en demeure pas moins qu’il reste souvent incertain et apporte son lot de questionnements.

C’est en réalité le rapport au temps qui change. Il convient de se détacher du passé pour se tourner vers le futur. Le monde politique se doit de prendre la mesure de ces changements et s’y adapter. Si le changement implique une rupture avec le passé, et induit le sentiment d’une perte des acquis pour du nouveau, de l’incertain, une « perte des valeurs », parfois un sentiment de perte d’identité, d’originalité, il ne doit pas être exclusivement vu comme négatif, car le changement est aussi synonyme de progrès.

La valorisation de l’Universel par rapport au Particulier est une des caractéristiques de la modernité. Et l’Union Européenne se doit de concilier ce rapport entre d’une part l’Union comme système politique, l’Europe comme continent et civilisation d’autre part.
Cela fait bien longtemps que l’Europe est tiraillée entre universalité, union, particularisme et appartenance. L’Europe moderne a été conçue comme une transition vers le dépassement des frontières, le cosmopolitisme, l’Etat moderne, mais la particularité, la tradition, l’identité, l’Etat nation ne peuvent être occultés. Ce n’est donc pas surprenant qu’au sein de l’Union européenne, nous ayons du mal à répondre à la question de savoir ce qui nous réunit.

Est-ce la culture qui nous réunit ? Existe-t-il une culture européenne ? On attribue à Jean Monnet, père fondateur de l’Europe, la citation : « Si c’était à refaire, je commencerais par la culture. » Il a cependant suivi le seul chemin vers l’unité européenne concevable après la Seconde Guerre mondiale, celui de l’économie.
Toutefois, l’Europe n’est pas née après 1945. Elle ne date pas de Monnet, Adenauer et Schuman. Dans la longue histoire de notre continent, on peut considérer trois périodes d’unification. Après la chrétienté latine du Moyen-âge et la République des lettres du XVIIIème siècle, nous sommes depuis 60 ans dans la 3ème période d’unification, celle de l’économie et de la politique.

Depuis 1950, l’Europe organisée a eu la sagesse de ne pas prétendre unifier linguistiquement et culturellement les peuples qui la composaient. Notre histoire est notre force commune et doit nous permettre l’édification d’un futur dans lequel nos liens restent étroits malgré l’incertitude de l’avenir.

Penser l’Europe, c’est ne pas oublier l’histoire européenne et l’héritage philosophique et littéraire européen, mais au contraire, continuer à les valoriser et en faire un thème présent dans les esprits des européens.

C’est l’histoire passée qui aide à écrire les pages de l’histoire de demain, et ce sont des hommes et des femmes ayant ce sens de l’histoire qui pourront juger sereinement et avec sagesse. C’est important pour la démocratie, pour notre culture et pour notre identité européenne.

Je vous souhaite un colloque enrichissant.

Dernière modification : 05/11/2013

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