"L’Europe n’est pas un problème, c’est la solution" (12 avril 2016) [ro]

Le Premier ministre Manuel Valls s’est rendu le 12 avril 2016 au Parlement européen à Strasbourg pour y rencontrer son président, Martin Schulz, ainsi que les députés européens.

- Déclaration de Manuel Valls lors de sa conférence de presse conjointe avec Martin Schulz (Strasbourg, 12 avril 2016)

Manuel VALLS : "Monsieur le président, cher Martin, merci de m’avoir accueilli avec Harlem Désir, le Secrétaire d’Etat aux affaires européennes.

Merci de ton accueil ici au Parlement européen, à Strasbourg, ville pour laquelle j’ai évidemment une grande affection et où je tenais à venir depuis plusieurs mois. Mais les attentats qui ont frappé la France en novembre dernier m’avaient obligé à reporter, vous l’avez compris, ce déplacement.

Je tenais simplement à être là pour marquer mon attachement aux institutions européennes. Vous savez que je vais régulièrement à Bruxelles. J’ai eu l’occasion de dialoguer deux fois, en une année, avec l’ensemble du Collège des commissaires européens, que je reçois par ailleurs régulièrement à Paris.

Je me suis rendu au siège de la Banque centrale européenne, à Francfort. Hier après-midi, j’étais à Luxembourg au siège de la Banque européenne d’investissement, pour marquer aussi l’intérêt pour cette institution, et l’engagement financier de la BEI et la réussite du plan Juncker. Nous avons signé pour plus de 2 milliards de financements sur des projets français dans différents domaines puisque c’est cette Europe du concret qui doit parler au peuple, que nous devons valoriser.

Et donc c’est naturellement que je suis ici à Strasbourg aujourd’hui, là où bat le coeur de la démocratie européenne.

Et puis je voulais être là parce que l’Europe est à un moment critique de son histoire. Nous savons bien, nous sentons bien que face à la multiplication des crises sans précédent -la crise grecque, la crise des réfugiés, la crise agricole, la menace terroriste-, nos concitoyens, les peuples, doutent.

S’ils savent pourquoi l’Europe a été faite, ils ne comprennent pas toujours en quoi elle peut être utile dans leur quotidien. Et c’est sur ces défiances, sur cette désaffection croissante, que grandissent dangereusement les égoïsmes et les populismes. Et ma réponse a été claire : l’Europe n’est pas un problème, c’est la solution. Mais pour cela, il faut s’en donner les moyens dans tous les sujets que nous avons abordés, même économiques.

Nous avons besoin d’investissements pour ne pas vivre avec une Europe qui ne serait que punitive à travers des politiques budgétaires. Nous avons besoin d’une Europe qui investisse sur la jeunesse, pour l’emploi, la formation, la transition numérique, la révolution écologique.

Nous avons besoin d’une Europe qui applique les décisions qu’elle prend -l’Europe doit faire face à la menace terroriste ; c’est pour cela que je me réjouis du débat et de l’adoption du PNR cette semaine ; je sais quel a été le rôle du président du Parlement européen en ce qui concerne la crise des réfugiés- qui soit aussi capable de se projeter dans l’avenir, notamment en bâtissant –je l’évoquais tout à l’heure- ce pont avec l’Afrique, qui est notre continent voisin mais qui représente incontestablement l’avenir.

Voilà en quelques mots ce que je souhaitais dire avant de répondre à vos questions".

Une question sur le PNR : en quoi le PNR permettra-t-il d’empêcher des attentats alors que la quarantaine de terroristes identifiés l’étaient déjà, qu’ils revenaient de Syrie, et que la plupart d’entre eux étaient fichés « S ». Deuxième question : normalement il devrait y avoir un PNR en France depuis 2006. La France a reçu 18 millions d’euros de la Commission pour le mettre en place. Où en est ce PNR français ?

Il ne faut pas être réducteur et caricatural sur ces questions. Personne n’a jamais dit que le PNR pourrait éviter les attentats. Au plan national, nous avons ce PNR. Il y a des problématiques techniques qui sont en train d’être réglées. Si nous voulons un PNR national qui fonctionne, il doit aller de pair avec un PNR européen. Et nous devons donc nous doter de tous les moyens dans cet équilibre qu’il faut toujours articuler entre sécurité et libertés fondamentales.

Nous devons nous doter de tous les moyens. C’est ce que nous faisons au plan national par la réforme de nos services de renseignement, par les moyens que nous leur donnons, par les moyens supplémentaires que nous donnons à la police et à la gendarmerie, mais aussi à nos forces armées, par la mobilisation de la société contre ce que l’on appelle la radicalisation d’une partie de notre jeunesse qui concerne des centaines, voire des milliers d’individus en France en et Europe, par la coopération bien sûr entre les pays et les services de renseignement, en essayant de s’adapter, de comprendre ce que font les terroristes, parce que eux mêmes s’adaptent et changent.

Mais pour ce qui concerne le contrôle des passagers aériens, nous avions besoin de cet outil. Sur la quarantaine de terroristes liés aux attentats à Bruxelles et Paris, vous n’en savez rien, il faut être extrêmement prudent : tous n’étaient pas fichés « S ». Il faut faire attention. D’ailleurs c’est comme si je disais que parce qu’ils sont passés pour certains d’entre eux à travers les flux de réfugiés que tous les réfugiés devraient être considérés comme des terroristes.

Non, moi je considère que le PNR européen est un moyen supplémentaire dont nous nous dotons pour être efficaces dans la lutte contre le terrorisme. Mais la lutte contre le terrorisme, c’est le travail de renseignement, c’est le travail humain, ce sont de nouvelles technologies, et sans ces nouvelles technologies –c’est pour cela que nous avons une loi de renseignement que je crois efficace en France- nous ne serons pas capables de favoriser un certain nombre d’interceptions, je n’en dis pas plus, qui sont utiles dans la lutte contre le terrorisme.

Sur les migrations, pensez-vous que l’accord que l’UE a signé avec la Turquie il y a trois semaines maintenant est en passe de résoudre la crise actuelle ? Deuxième question : la Commission européenne a mis sur la table une proposition de réforme du règlement de Dublin la semaine dernière, avec deux options. La première prévoit qu’on en reste au règlement actuel, avec des exceptions qui sont celles qu’on applique depuis à peu près 6 mois. La deuxième prévoit qu’on « renverse la table » et qu’on introduise des quotas permanents. La France est-elle pour la première ou la deuxième option ?

Il fallait et il faut trouver des solutions avec la Turquie pour faire face à la crise des réfugiés. Le premier défi pour régler cette crise, c’est, je le rappelle, la fin de la guerre en Syrie et en Irak. Nous devons aussi aider la Jordanie et le Liban. Mais pour des raisons géographiques qui n’échappent à personne, c’est avec la Turquie qu’il fallait bâtir un accord. Tous ceux qui s’opposent à l’accord avec la Turquie ne disent pas quelle autre solution existe.

J’ai donc redis à l’instant, à la conférence des présidents de groupe du Parlement européen, combien nous devions travailler ensemble, pour que dans le strict respect des droits -et chacun doit accomplir ses engagements- l’accord entre l’UE et la Turquie soit un succès. Je précise d’ailleurs que la France est pleinement engagée. C’est pour cela qu’elle a prévu de mettre à disposition des agences Frontex et EASO 300 agents supplémentaires. Et je veux aussi souligner que la solidarité, c’est aussi d’aider la Grèce à faire face à cet afflux de migrants qui arrivent sur le territoire européen. J’ai redit encore une fois que la France tiendrait ses engagements en la matière.

Pour ce qui concerne Dublin, nous ne sommes pas opposés à des réformes, à des modifications du règlement de Dublin, mais nous pensons que les principes qui pré-existaient, qui ont conduit à créer Dublin, la responsabilité qui doit échoir aux pays qui accueillent les primo-arrivants -avec le soutien de l’UE bien sûr- que ces principes sont toujours importants. C’est donc plutôt vers la première solution qu’il faudrait s’orienter. Je suis toujours prudent lorsqu’il est question de « renverser la table ». Je crois plutôt au sillon long et aux réformes en profondeur".

Merci./.

Dernière modification : 03/10/2016

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