"La relation culturelle franco-roumaine, une coopération aux valeurs partagées" tribune de Christophe Gigaudaut pour Nine o’clock (14 juillet)

Christophe Gigaudaut, Conseiller de coopération et d’action culturelle, Directeur de l’Institut français de Roumanie : La relation culturelle franco-roumaine, une coopération aux valeurs partagées

La relation culturelle franco-roumaine se conjugue au pluriel tant le spectre des domaines est vaste. Que ce soit la littérature, le cinéma, les arts de la scène, les arts visuels, mais aussi la science, l’éducation, la recherche, tous ces secteurs participent d’une dynamique qui place aujourd’hui la jeunesse, la création et l’innovation au cœur de la relation entre nos deux pays. D’ailleurs, cette année, le thème des célébrations de notre fête nationale est placé sous le signe du label « Créative France ».

Cette relation est aussi le fruit de notre histoire et des liens culturels qui unissent la France et la Roumanie depuis le xixe siècle. Ces liens sont certes institutionnels, mais ils sont avant tout ceux qu’ont tissé des centaines de milliers d’hommes et de femmes. Ces liens sont les fruits de ces existences, de ces parcours, à l’instar d’Anna de Noailles, qui a légué son nom à l’école française de Bucarest, Tristan Tzara, fondateur du mouvement dadaïste qui a pris naissance il y a tout juste un siècle, Benjamin Fondane, qui a su faire usage de la culture comme arme contre l’horreur idéologique, Elvire Popesco, dont l’héritage est perpétué par la salle de cinéma de l’Institut français de Bucarest, ou encore Constantin Brâncuși, dont l’œuvre artistique demeure incontestablement le ciment de la relation culturelle franco-roumaine, encore au moment où l’on célèbre ses 140 ans.

En 2016, l’Institut français de Bucarest célèbre les 80 ans de son installation au 77 boulevard Dacia. Pour marquer cet anniversaire, nous avons confié à Richard Edwards le soin d’écrire un livre, Bucarest 77 Boulevard Dacia, une histoire franco-roumaine. Ce livre, enrichi des dessins de Matei Branea et des photos de Tomo Minoda, artiste japonais vivant à Bucarest, n’est pas un livre « institutionnel », mais un récit de notre histoire commune, d’une histoire parfois drôle, parfois dure, mais aussi pleine d’espoir.

Aujourd’hui, le réseau culturel français en Roumanie construit son action au regard des grands enjeux du pays. C’est dans ce cadre que nous travaillons aussi, avec nos partenaires, dans les domaines de la santé, avec la formation des médecins de l’hôpital de Floreasca sur la grande brûlure, de la réforme de l’administration, du tourisme, avec en ce moment des ateliers professionnels dans plusieurs villes de Roumanie, de la coopération décentralisée, de l’éducation, avec le projet de modernisation de la formation en aéronautique dans le cadre du projet d’Airbus Helicopters, ou encore du climat, avec notamment les événements autour de la COP21 en partenariat avec Engie. C’est aussi dans ce cadre que nos priorités doivent également répondre aux exigences des relations franco-roumaines dans d’autres secteurs, au premier rang desquels le secteur économique. Nous sommes, à ce titre, très reconnaissants de la confiance que nous accordent nos partenaires. La richesse de cette relation culturelle se nourrit des interactions entre tous ces secteurs.

En 2018, les célébrations du centenaire de la Roumanie moderne, seront aussi le cadre de saisons culturelles croisées entre nos deux pays. Dans cette perspective, l’Institut français de Roumanie développe des actions qui ne se réduisent pas à la promotion des productions françaises, mais qui, au contraire, ont pour ambition de contribuer à la créativité de la scène artistique roumaine. C’est là aussi l’engagement de la France pour la diversité culturelle, à l’instar de ce que nous pouvons mettre en place ici, en Roumanie, dans le domaine du cinéma. Ceci suppose l’implication des professionnels, réalisateurs, mais aussi distributeurs, programmateurs, critiques, financeurs, institutions roumaines et société civile. L’accord sur le cinéma signé à Cannes entre les deux ministres de la Culture en mai dernier, les partenariats que l’Institut français de Roumanie développe avec les très nombreux festivals que nous accueillons à la salle Elvire Popesco, mais aussi avec Orange, la BRD et Groupama, la mise en place du programme d’éducation au cinéma CinEd, sont autant d’exemples de notre approche intégrée pour soutenir un secteur artistique, approche que nous déclinons dans tous les autres secteurs.

Mais il est un secteur plus transversal que les autres et pour lequel le rôle de nos partenaires, notamment la Chambre française de Commerce, d’industrie et agriculture en Roumanie, est précieux, il s’agit de la francophonie et le multilinguisme. La langue française n’est pas une langue officielle en Roumanie et pourtant, elle est une langue de l’histoire roumaine, de la culture roumaine. Elle est aussi une richesse pour les investisseurs étrangers. Il ne s’agit pas de s’opposer à l’anglais. Il s’agit simplement de dire qu’une seule langue étrangère ne suffit plus. C’est là le moteur de notre campagne « By The Way, Și eu vorbesc limba franceză », dans laquelle nous incluons tous nos événements francophones depuis deux ans, à l’instar des concerts en français Frenchmania, qui, autour de Keo, ont d’ores et déjà accueilli Alexandra Ungureanu, Cornel Ilie, Adrian Despot, Gabriel Cotabiță, Paula Seling, Lora, Ruby, ou encore Dorian Popa et Rucsy. Tous ces projets voient le jour en raison de la proximité linguistique qui perdure aujourd’hui encore entre la France et la Roumanie.

Devant nous les défis sont grands. La campagne pour l’acquisition par la Roumanie de la Sagesse de la Terre est à l’image d’une Roumanie qui bouge, qui souhaite investir dans son patrimoine pour en faire un élément de sa modernité, une Roumanie qui doit offrir aux artistes, aux chercheurs, aux acteurs les moyens de créer, de se produire, d’imaginer. Cette vision est aussi celle qui nous anime. Pourquoi ? Simplement parce que nous accueillons chaque mois de plus en plus d’enfants au sein des établissements du réseau culturel français en Roumanie et notre ambition est de contribuer, au côté de nos partenaires, à les faire rêver et à faire naître en eux le désir d’enrichir la relation franco-roumaine de demain.

- Le Petit Journal

Dernière modification : 13/10/2016

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