Les cimetières et carrés militaires français en Roumanie

Le carré militaire du Cimetière Bellu de Bucarest

Le cimetière Bellu (44° 24′ 10″ Nord-26° 06′ 00″ Est) est un cimetière civil situé au numéro 1 de la Șoseaua Olteniței à Bucarest (métro Eroii Révoluţei).

Ce cimetière, qui se trouve au sud de la ville, a été créé en 1858. Il fait partie des plus importants ensembles funéraires de Bucarest et il est souvent comparé au cimetière du Père Lachaise car de nombreux personnages célèbres y sont enterrés et l’agencement comme la décoration des tombes donnent au lieu un caractère pittoresque et romantique. Certaines tombes sont l’œuvre de l’architecte Ion Mincu et un grand nombre d’entre elles sont classées sur la liste des monuments historiques roumains. Le cimetière fait partie d’une association qui regroupe les cimetières remarquables d’Europe (Association of Significant Cemeteries in Europe).

- Pour aller plus loin : http://www.bellu.ro
- Guide Michelin Roumanie, édition 2011, page 167.

Le carré militaire français a été installé à cet endroit dans l’entre-deux guerres dans une parcelle d’honneur située dans une partie du cimetière réservée aux militaires. On accède d’ailleurs au carré militaire français par une allée qui traverse, sur une vingtaine de mètres, des caveaux familiaux où sont inhumés des militaires roumains connus ou moins connus. On trouve, dans le carré français, 136 tombes individuelles de soldats tués au cours de la Première Guerre mondiale.

Le carré en lui-même se divise en trois parties, deux carrés de croix latine et un carré musulman. Les tombes musulmanes sont reconnaissables à leur stèle spécifique orientée en direction de la Mecque et portant une inscription du Coran ainsi que le croissant et l’étoile.

Les tombes des soldats chrétiens sont surmontées de croix métalliques dites du « souvenir français » dont le modèle fut créé au cours des années 1920. Fabriquées en fonte, elles sont en forme d’épée plantée dans le sol. Elles sont ornées d’une palme qui fait référence au sacrifice des militaires enterrés et d’une réplique de la croix de guerre qui fut une médaille décernée au cours de la Grande Guerre aux soldats dont le comportement avait été exceptionnel ou héroïque au combat.

- Vue partielle du carré militaire français de Bellu :
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AF Ro. ; MDD ; 2008

- Vue aérienne du cimetière :
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AF Ro. ; MDD ; 2012

L’ensemble est complété par un monument de pierre, haut de 4,5 m, au sommet duquel est installé un coq de bronze. Sur sa face avant le monument comporte une décoration en bronze qui rappelle un trophée à l’antique sur lequel on peut voir un casque Adrian de l’armée française et une branche de laurier.

- Monument du carré militaire français du Bellu de Bucarest :

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AF Ro. ; MDD ; 2013

Chaque année, à l’occasion du 11 novembre, l’Ambassade de France organise dans le carré français de Bellu une cérémonie d’hommage aux morts pour la France de toutes les guerres. La communauté française et les autorités roumaines y participent en grand nombre.
Il est touchant de constater que les tombes des soldats français font aussi l’objet d’un hommage régulier de la part d’anonymes. Il n’est pas rare en effet de voir tout au long de l’année des fleurs ou des bougies déposées sur les tombes.

Le carré militaire du cimetière "Eternitatea" d’Alexandria

Le carré militaire français est situé dans le cimetière "Eternitatea" (43°58’39"N-25°20’52"E), lui-même situé à l’entrée nord-est de la ville d’Alexandria, au bord de la route qui relie la ville à Bucarest. Les tombes de soldats français sont regroupées dans une parcelle où sont aussi inhumés des soldats allemands, bulgares, roumains et turcs. Il y a aussi la tombe d’un soldat américain.

Les travaux de fondation du cimetière militaire ont débuté en 1921. Le cimetière à trouvé sa forme actuelle huit ans plus tard, en 1929, à la suite de travaux de restructuration.

- Etat du carré militaire français dans les années 1930 :

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AF Ro. ; MDD ; Corpus ancien

Monument aux français d’Alexandria :

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(AF Ro. ; MDD ; 2013)

Les 42 tombes françaises, dont 34 portent une stèle musulmane, ne représentent pas la majorité des sépultures de ce cimetière militaire. Cependant, un hommage particulier est rendu aux soldats français. On peut en effet lire sur une plaque située face à l’entrée, l’inscription suivante : « Recunostinta eroilor francezi, cazuti pe aceste meleaguri teleormane in toamna anului 1918 » (Gratitude aux Français héros qui sont morts dans la région du Teleorman à l’automne 1918).

On trouve, dans le cimetière d’Alexandria, les corps de soldats des 4ème et 8ème Régiment d’Infanterie Coloniale qui ont fait partie de l’armée du Danube. Les soldats de ces régiments ont trouvé la mort au cours du mois de décembre 1918 très certainement des suites de maladies ou de blessures infligées lors des affrontements.
En effet, après l’effondrement du front bulgare au cours du mois de septembre 1918 et l’armistice signé par la Bulgarie le 30 septembre, les effectifs de l’Armée d’Orient et de l’Armée du Danube (créée le 28 octobre), ont franchi le Danube le 10 novembre sans que de grandes résistances soient rencontrées, avec pour objectif de libérer Bucarest.
Cependant, on trouve également dans ce cimetière de nombreux soldats morts au printemps et à l’été 1918. C’est-à-dire avant l’offensive de novembre. Leur présence est certainement liée à l’existence d’un camp allemand de prisonniers dans la région d’Alexandria dès 1917. C’est par exemple le cas des soldats du 41ème Régiment d’Infanterie Coloniale et du 4ème Régiment de Zouaves dont les tombes indiquent qu’ils sont morts au printemps et à l’été 1918. Leurs régiments se battaient en décembre 1918 sur le front de l’Ouest. En outre, on sait avec certitude qu’un soldat français est mort en avril 1918 au « camp d’Alexandria-Wunsdorf ».
(http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/lib_memh/php/fiche_popup.php?_Base=MPF1418&_Lg=fr&_Fiche=OCQwVYxf8gKCd2IHfGb+EQ==&_C=907015588 ).


Le carré français de la parcelle militaire de Timisoara

Les tombes des soldats français et roumains morts pendant de la Grande Guerre dans la région du Banat sont regroupées dans une partie du cimetière civil de Timişoara (1, chemin Lipovei ; 45°46’8"N 21°13’36"E).

Inaugurés au cours de l’année 1934 à la suite du regroupement des tombes situées dans plusieurs communes de la région, les carrés français et roumains présentent une certaine symétrie de forme.

Carré militaire français de Timisoara dans les années 30 :
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AF Ro. ; MDD ; Corpus ancien

La parcelle militaire est composée de deux rangées de tombes (24 au total dont 4 tombes de soldat musulmans).

Vue du carré français de TIMISOARA aujourd’hui :

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AF Ro. ; MDD ; 2013

Vue du carré français de TIMISOARA :

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AF Ro. ; MDD ; 2011

Ces soldats français sont morts dans la région du Banat (dont Timişoara est la principale ville) dans le cadre d’une mission d’interposition confiée à l’armée du Danube entre novembre 1918 et août 1919, avant que le sort du Banat ne soit définitivement réglé par les traités de paix.
La plupart des hommes enterrés à Timişoara sont morts de maladie.

Cependant un des officiers inhumés dans ce carré (TUPIN, Gabriel, Ferdinand, René) est mort des suites de ses blessures de guerre. Le 24 mars 1919, il a été blessé durant des heurts entre les troupes françaises et un contingent hongrois de Bolchéviques qui traversait en train le Banat en direction de Budapest. Deux jours plus tard, cet officier a été inhumé avec un de ses hommes tombé à ses cotés, avec les honneurs militaires et en présence de la population locale.

Carré militaire français de Slobozia

Le carré militaire français de Slobozia se trouve dans le cimetière militaire international situé au centre-ville (n°2 de la rue Eternitatii). Bien qu’il ait été inauguré en 1922, les aménagements du cimetière se sont poursuivis jusqu’en 1932. Il figure aujourd’hui, comme les autres cimetières militaires, sur la liste des monuments historiques de Roumanie.

Entrée du Cimetière militaire de Slobozia :
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AF Ro. ; MDD ; 2013

Vue générale du cimetière -
les deux parcelles musulmanes françaises sont en haut de la photo

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AF Ro. ; MDD ; 2012

Ce cimetière regroupe les corps de soldats tombés pendant la Première Guerre mondiale dans cette région : 215 Français (dont 214 musulmans), 18 Allemands, 142 Indiens, 1493 Turcs, 10 Britanniques et 77 Roumains.
La présence de soldats français est essentiellement due à l’existence d’un camp allemand de prisonniers dans cette région au cours des années 1917 et 1918. Les soldats qui y étaient internés étaient majoritairement employés dans les travaux pour lesquels les Roumains mobilisés manquaient. Jean-Noël Grandhomme, dans sa thèse (Le général Berthelot et l’action de la France en Roumanie et en Russie méridionale 1916-1918) cite le cas de cinq soldats qui travaillaient à l’exploitation agricole de Pribegi (à 10 kilomètre à l’ouest de Slobozia).
Souvent mal nourris et vivant dans des conditions d’hygiène déplorables, dans une région où les hivers sont rudes alors qu’ils venaient du nord de l’Afrique, ces soldats sont dans leur majorité, morts de maladie.

Le soldat Mohammed Gheraïnia dispose d’un monument particulier au cœur du carré français (voir ci-dessous). Originaire d’une famille de notables algériens, il a apporté une assistance médicale à de très nombreuses personnes, prisonnières ou non. Il jouissait par conséquent d’un très grand prestige auprès de ces compagnons de captivité et vraisemblablement aussi auprès de la population locale. Lors d’une sortie du camp, dans des conditions qui restent encore peu claires (soit pour fuir, soit pour apporter des soins à un habitant), il a été considéré comme évadé et il a été fusillé ou abattu en tentant de fuir. Un second monument rappelant sa mort est situé, en ville, à l’endroit même où il est tombé.

Monument funéraire du soldat Mohammed Gheraïnia

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AF Ro. ; MDD ; 2013

Monument en ville du soldat Mohammed Gheraïnia

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AF Ro. ; MDD ; 2013

Consultez la fiche MDH : http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/lib_memh/php/fiche_popup.php?_Base=MPF1418&_Lg=fr&_Fiche=IieoVwpVmgKQdy4NIms4EQ==&_C=918371219

Le caveau militaire français de Iași

Le caveau militaire français de Iaşi se trouve dans le cimetière civil « Eternitatea » de la ville, lui-même situé dans la rue Eternitate.
Créé au cours de l’année 1920, le caveau est partagé en deux par un couloir. De part et d’autre de ce dernier se trouvent 48 niches maçonnées, sur l’intégralité desquelles il n’existe que 10 plaques nominatives.

Vue du caveau de Iași dans les années 1930
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AF Ro. ; MDD ; Corpus ancien

Au dessus du caveau se dresse un monument en forme d’obélisque réalisé par Salvador Scutari et orné d’une plaque de marbre portant l’épitaphe suivante : « Aux Français morts en Roumanie en 1916-1918 ».

IASI est devenue la capitale de la Roumanie après l’évacuation de Bucarest le 5 décembre 1916 suite à l’entrée des troupes allemandes en Valachie à l’automne 1916. L’état major général, le gouvernement et la famille royale ainsi que toute une partie des services médicaux y furent stationnés.
Au cours de l’hiver 1917, une épidémie de typhus s’est abattue sur l’armée roumaine et les troupes françaises de la mission Berthelot. Sur les dix Français dont l’identité est inscrite sur les murs du caveau, cinq ont trouvé la mort à cause de cette maladie.
La mission médicale française en Roumanie avait en effet emmené avec elle un certain nombre de femmes et notamment des infirmières de la SFSBM (Société Française de Secours aux Blessés Militaires) qui dépendait de la Croix rouge, des religieuses de Saint Vincent de Paul et des Soeurs Assomptionnistes dont la mission était de soigner les malades et les blessés militaires.
La mission médicale française mit également en place un hôpital pour contagieux (la villa Greierul) placé sous la responsabilité du médecin aide-major CLUNET qui mourut lui-même du typhus contracter en soignant les malades. Sa mort fut particulièrement marquante pour la ville. Sa disparition, intervint en même temps que celle du colonel Dubois, de la mission Berthelot, qui succomba, quant à lui, des suites de ses blessures de guerre. La famille royale de Roumanie se fit représenter à leurs obsèques auxquelles assista aussi le général Berthelot.

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Ministère de la culture (France), Médiathèque de l’architecture et du patrimoine, Diffusion RMN-GP

Cortège funèbre des cinq victimes du devoir à Jassy : le colonel Dubois mort des suites de ses blessures, le médecin aide-major de 1ère classe docteur Clunet mort du typhus exanthématique (dont le cercueil décoré est tiré par le premier attelage), mademoiselle Flipp infirmière et Soeur Antoinette mortes du typhus, et le soldat Regret.

Le carré militaire français de Contanța

Constanța est la plus grande ville portuaire de la côte roumaine sur la mer Noire. Elle héberge dans le cimetière central de la ville (Strada Baragan, 2-4), une parcelle militaire roumano-française. Cette parcelle regroupe en réalité des soldats roumains, français, allemands et turcs tombés pendant la guerre de Crimée (1854-1856) et la Première Guerre mondiale.

Le carré militaire français se trouve dans la partie occidentale de cette parcelle. Il est organisé en deux carrés de 19 tombes chacun, qui accueillent les corps de soldats tombés pendant la Première Guerre mondiale (28 croix latines, 9 stèles musulmanes et une stèle asiatique).

L’allée centrale conduit à trois monuments : un monument roumain qui rappelle un naufrage intervenu en 1906, un monument du Souvenir Français en mémoire des soldats français initialement enterrés à Constanţa mais dont les corps ont été ensuite rapatriés en France et un monument central qui rend hommage aux soldats morts pendant la Guerre de Crimée et dont les ossements se trouvent dans une crypte située au milieu du cimetière.

Monument de la Guerre de Crimée :
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AF Ro. ; MDD ; 2013

Ce monument de la Guerre de Crimée, longtemps situé en ville, a été transféré dans le cimetière central en 1924.

Carré militaire français de Galați

Le carré militaire français de Galaţi est situé dans le cimetière "Eternitatea", lui-même situé sur le boulevard George Cosbuc. Ce dernier regroupe aussi des tombes et des ossuaires où sont enterrés des soldats roumains, allemands et soviétiques morts au cours des deux guerres mondiales.
Le carré français qui est, lui, uniquement consacré à la Première Guerre mondiale, à été aménagé au cours des années 1920. Les premiers travaux de mise en forme des tertres et d’installation des croix du type « Souvenir Français » ont débuté au cours de l’année 1921.
On y trouve 51 tombes individuelles de soldat français (22 stèles musulmanes et 29 croix latines) alignées sur trois rangées. Le tout forme un carré de tombe entouré par une clôture faite de piliers et de chaînes. L’ensemble est complété par un monument rendant hommage aux soldats français inhumés dans ce même carré.


Vue partielle du monument de Galați dans les années 30 :

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AF Ro. ; MDD ; Corpus ancien

Au cours de la Grande Guerre et dès le mois de décembre 1916, une mission médicale française s’est installée dans la ville de Galaţi. Cette mission a accueilli jusqu’à 50.000 blessés à la suite de l’évacuation de Bucarest. Un des membres de cette mission médicale, le médecin-major Germain, a très vite succombé au paludisme (sa tombe se trouve encore dans le carré militaire français).
Mais la très grande majorité des soldats français inhumés dans ce carré sont morts après l’Armistice de 1918. Ces soldats français ont trouvé la mort au cours des années 1919 et 1920 le plus souvent à la suite d’accidents ou de maladie. Les troupes françaises on en effet eu l’ordre d’occuper la Bessarabie afin d’empêcher la Russie de s’attribuer ce territoire avant la fin des négociations des traités de Paix.

Aujourd’hui, le carré militaire français est entretenu par la fondation IKON qui joue également un rôle très important dans l’organisation des cérémonies du 11 novembre. Ces cérémonies permettent de transmettre aux jeunes générations le souvenir de ce conflit et de conserver la mémoire de l’implication française en Roumanie. L’engagement de la fondation IKON a également permis de préserver les croix du type « Souvenir Français » qui portent toujours aujourd’hui la couleur « bleu horizon » qui recouvrait ces croix au moment de leur installation.

Vue du carré militaire français de Galați après les cérémonies de 2011

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AF Ro. ; MDD ; 2013
A gauche du monument on peut voir deux stèles musulmanes et au premier plan la célèbre croix du souvenir français

Dernière modification : 04/03/2015

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