Portretul lunii - Silvia Marton [fr]

Luna martie este luna Francofoniei si a drepturilor femeii. Pentru a doua editie a rubricii noastre intitulata « Portretul lunii », va prezentam o doamna exceptionala, Silvia Marton.

JPEG

Maître de conférences en sciences politiques à l’Université de Bucarest, politologue et chercheuse au Collège la Nouvelle Europe, fondé par Andrei Plesu, Silvia Marton est une référence pour tous les étudiants pour qui le modèle français n’est pas une abstraction ou une nostalgie, mais un élément essentiel pour devenir une élite.

Pour elle, le français est un atout de démarcation professionnelle remarquable lorsque l’anglais est déjà commun.


Vous enseignez à la faculté des sciences politiques de l’Université de Bucarest, vos étudiants comment perçoivent-ils la France et le modèle français?

Nos étudiants proviennent des lycées de Bucarest, des villes de Roumanie avec un très bon niveau des cours de français et avec des filières bilingues qui assurent déjà une immersion et des affinités culturelles avec la France. Nous fournissons dans nos programmes un parcours universitaire de sciences politiques dans lequel la littérature scientifique, les auteurs et les références françaises sont au niveau des programmes francophones les plus avancés. Ils ont ainsi l’opportunité de devenir membres d’une communauté intellectuelle francophone qui correspond à leurs intérêts et qui leur donne des atouts professionnels majeurs. Dans ce sens, le modèle français n’est pas une abstraction ou une nostalgie, mais un élément essentiel de leur formation pour devenir une élite professionnelle à l’échelle régionale, européenne ou globale. D’où l’importance d’un master à double diplôme comme celui développé par la faculté des sciences politiques de l’Université de Bucarest et l’École des Hautes Etudes en Sciences Sociales (Mention Histoire, spécialité « Histoire et civilisations »), programme dont les cours sont dispensé intégralement en langue française.

Au XIXe siècle (et peut-être même jusqu’à nos jours !), la France est vue comme un instrument de rénovation sociale et politique (au niveau de la langue et des néologismes, des institutions, etc.) par une grande partie des élites roumaines. Leur référence au « modèle » français a permis le plus facilement de court-circuiter la modernisation dans l’espace roumain.

La France a donc été vue comme un élément de légitimation interne. Le « modèle » français a été reconstruit (sinon construit) pour servir aux processus de modernisation locale. Et la sélection des éléments considérés comme spécifiques au « modèle » français a été faite selon les besoins et les grilles de lecture des élites roumaines. Alors que les grands débats qui ont défini les régimes politiques français et les failles idéologiques majeures (comme les révolutions, les tensions entre cléricalisme/anticléricalisme, l’affaire Dreyfus, la laïcité, l’Etat-providence à la française etc.) passent souvent inaperçus dans l’espace roumain ou sont limités aux travaux de recherche.

Dans le cadre de vos travaux à l’Institut New Europe College fondé par Andrei Plesu, vous avez publié l’ouvrage « L’État en France et en Roumanie aux XIXe et XXe siècles ». Quelles ont été les principales influences mutuelles ? (Silvia Marton, Anca Oroveanu et Florin Țurcanu (dir.), L’État en France et en Roumanie aux XIXe et XXe siècles, Actes du colloque organisé au New Europe College – Institut d’études avancées les 26-27 février 2010, 2011)

C’est un axe important de mes recherches : l’idée d’un « modèle français » reste comprise d’une façon beaucoup trop littérale en Roumanie et qui ne fait guère l’objet d’une mise en perspective critique. Elle reconduit certaines évidences pourtant tout à fait discutables, comme l’idée d’un caractère exclusif de la relation franco-roumaine (la France comme seul « modèle » d’une Roumanie en quête de modernité) ou celle de sa stricte unilatéralité (influence s’exerçant de la France à la Roumanie en excluant tout effet de feedback).

Qu’est-ce que vous pensez de la coopération universitaire franco-roumaine?

Elle reste solide encore dans les milieux universitaires au niveau des programmes de recherche et d’enseignement, mais elle perd du terrain devant les milieux universitaires anglophones. Le français est encore la langue de recherche et de publication d’une partie significative des universitaires roumains. Il est important d’assurer toujours une continuité des filières d’enseignement et de recherche, le lycée, la licence, le master, les études doctorales et la recherche avancée. Tant que cette coopération reste compréhensive (et notre faculté est un pôle majeur des études universitaires et de la recherche francophone à Bucarest), on a tous les atouts pour continuer, mais cela demande une attention et un effort très coordonné de notre part et de la part de nos partenaires institutionnels et universitaires français. Le Centre Régional Francophone d’Études Avancées en Sciences Sociales (CeReFREA) récemment établi dans le cadre de l’Université de Bucarest est un exemple réussi.

Bientôt le mois de la Francophonie. Pourquoi jugez-vous qu’il est important de garder cette tradition en Roumanie et de promouvoir la langue française ?

Pour promouvoir le plurilinguisme et contrecarrer le mirage selon lequel connaître un peu l’anglais ouvre les portes de la réussite professionnelle. Le français est un atout de démarcation professionnelle remarquable lorsque l’anglais est déjà commun. Cet avantage est important, et notre rôle est d’éclaircir l’importance et la relevance de cet atout.

Quel est votre endroit préféré en France que vous aimeriez recommander à vos amis roumains ?

Le comptoir d’un café, dans n’importe quelle ville de France, entre huit et neuf heures du matin : regarder et écouter le va-et-vient de ceux qui y prennent leur café matinal.


En ce mois de mars, marqué par la Journée internationale de la Femme, quel message voulez-vous adresser aux Roumaines et aux Françaises ?

Assumer son identité, développer sa personnalité tout en combattant les clichés sur les rôles figés des genres, des clichés qui sont des construits de nos sociétés et non des données « naturelles ».

Dernière modification : 13/05/2014

Haut de page