Référendum britannique : les principales déclarations des autorités françaises (juin 2016) [ro]

Retrouvez les principales déclarations des autorités françaises sur les conséquences du référendum britannique et les prochaines étapes.

- Entretien du Président de la République François Hollande avec Les Echos (30 juin 2016)

« Comment avez-vous réagi au choc de l’annonce du Brexit ? :

« Le choc a été d’autant plus fort qu’il n’avait pas vraiment été anticipé, y compris par les dirigeants britanniques qui avaient déclenché le référendum et surtout par ceux qui avaient appelé au Brexit. Il y a toujours une forme de naïveté qui consiste à penser, malgré les leçons de l’histoire, que tout finira par s’arranger et que la raison et l’esprit européen l’emporteront sur le nationalisme et l’extrémisme. L’Union n’est pas un processus irréversible et le vote britannique ramène à l’essentiel. Quelle Europe veut-on ? Et avec qui ? Depuis le scrutin, chacun mesure combien il est attaché à l’Europe malgré ses insuffisances et aussi combien il est douloureux de la quitter. La première victime du divorce, ce n’est pas l’Europe, c’est le Royaume-Uni. Et trop souvent, l’Europe, on l’aime quand on n’y est pas ou quand on n’y est plus. Eh bien, il faut la défendre pour ce qu’elle est : un espace de paix, de solidarité et d’avenir. A condition que l’Union protège les peuples. Un sursaut est nécessaire. L’immobilisme conduirait tôt ou tard à la dislocation. »

« Le Royaume-Uni va-t-il vraiment quitter l’Union ? :

« Oui. C’est sa décision. Elle doit être mise en œuvre. Il n’y a pas de temps à perdre. C’est ce que le Conseil européen d’hier a exprimé avec clarté et dans l’unité des 27. Le respect dû aux Britanniques et à l’Europe justifie de procéder à la séparation. Toute autre réaction laisserait penser que chaque fois qu’un référendum donne un résultat qui ne convient pas, il faut en toute hâte en organiser un second. L’Europe a besoin de stabilité et de sécurité pour mieux se concentrer sur ses priorités. Il n’y aura de négociation avec le Royaume-Uni que dans le cadre de la séparation prévue par l’article 50 des traités. Et il n’y aura pour la Grande-Bretagne d’accès au marché unique que si les libertés de circulation des biens, des services, des capitaux et des personnes sont garanties. On ne peut transiger là-dessus. Quant à la France, elle continuera à avoir des rapports étroits avec ce grand pays ami qu’est le Royaume-Uni. Nous maintiendrons notre coopération de défense et de lutte contre le terrorisme tout comme notre action pour maîtriser l’immigration clandestine. »

« Londres ne déclenchera l’article 50 sur la demande de sortie de l’UE que début septembre… :

« J’aurais préféré que ce soit immédiat, mais j’ai accepté ce calendrier, dès lors qu’il est connu et qu’il n’est pas négociable. »

« Le Brexit est-il une victoire du peuple ou du mensonge ? :

« Le mensonge a pu abuser le peuple britannique. Il lui appartiendra d’en tirer le moment venu les conclusions envers les dirigeants qui l’ont fourvoyé. Mais son choix est irrévocable. La démocratie n’est pas une partie de poker surtout quand ceux qui jouent engagent des partenaires qui ne sont pas autour de la table. »

« Comment juguler ce mouvement d’euroscepticisme qui risque d’affaiblir l’UE ? :

« Cette montée du populisme en Europe n’a cessé de s’amplifier depuis une décennie. L’Europe doit regarder cette réalité en face. Au Conseil européen, j’ai demandé que l’Europe se concentre sur la sécurité, le contrôle des frontières extérieures, la lutte contre le terrorisme, la défense de notre continent, car les citoyens veulent d’abord être protégés. Nous devons également bâtir une Europe puissante autour de la croissance, des investissements et de l’emploi dont la jeunesse doit être la première bénéficiaire. Sur la zone euro je veux engager notamment avec l’Allemagne une harmonisation sociale et fiscale. Enfin, le fonctionnement de l’Europe doit changer sans qu’il soit nécessaire de bouleverser les traités. C’est la condition pour que l’Europe retrouve confiance dans son avenir et suscite à nouveau l’espérance. »

« Le sentiment est que l’Allemagne n’a ni les mêmes ambitions ni le même rythme en tête… :

« Angela Merkel est consciente qu’une nouvelle impulsion est nécessaire. Elle est très attachée au couple franco-allemand. Il a fait ses preuves ces dernières années sur le règlement de la crise bancaire, sur la Grèce, sur l’Ukraine et même sur les réfugiés. Nous n’allons pas attendre les élections de l’année prochaine pour prendre des initiatives. Ces rendez-vous en mai en France, en septembre 2017 en Allemagne, seront néanmoins l’occasion de faire valider par nos peuples les réformes qui nous semblent souhaitables en Europe et que nous leur présenterons. »

« La France a-t-elle le poids pour impulser des réformes ? « La France de François Hollande n’est une référence pour personne », dit Alain Juppé… :

« Heureusement que la France a eu le poids politique pour éviter qu’en 2012 l’Europe amplifie encore l’austérité qui avait été instaurée deux ans plus tôt, et notamment à l’initiative du gouvernement dont Alain Juppé était un membre important. Heureusement aussi que la France a pu imposer l’union bancaire malgré les réticences allemandes et qu’elle a pu encourager une politique monétaire plus accommodante à l’initiative de la Banque centrale. Heureusement que la France a pu mettre tout son poids pour maintenir la Grèce dans la zone euro, alors qu’une partie de la droite nous demandait ici de l’écarter. Heureusement que la France a pu être suffisamment convaincante pour obtenir la solidarité de l’Europe après les attaques terroristes du mois de novembre et obtenir l’appui des pays membres à nos interventions en Afrique. Heureusement que j’ai pu avec Mme Merkel rétablir les principes de Schengen qui avaient été suspendus pendant quelques mois. Et je revendique l’accord avec la Turquie alors que de 2007 à 2012, onze chapitres de négociation avaient été ouverts sans contrepartie ! »

« Que suggérez-vous précisément sur la zone euro ? :

« Il s’agit d’abord d’en finir avec des distorsions de concurrence en commençant par l’impôt sur les sociétés. Ensuite de créer un budget de la zone euro pour financer des investissements dans des secteurs stratégiques (numérique, transition énergétique…). Et de prévoir enfin une gouvernance économique sous le contrôle d’un Parlement de la zone euro. »

« Un budget de la zone euro, est-ce vraiment réaliste ? :

« La zone euro ne peut être une addition de règles et de disciplines, elle doit porter des politiques communes en faveur de la préparation de l’avenir. Il ne s’agit pas de créer un impôt supplémentaire. Des transferts sont possibles. Il doit être possible de lier nos efforts de défense et le respect des disciplines budgétaires indispensables. »

« Selon quel calendrier ? :

« Les 27 ont fixé mercredi les règles qui doivent organiser le départ de la Grande-Bretagne. Aucune négociation ni discussion informelle n’aura lieu avec Londres tant que la demande formelle de divorce ne nous aura pas été adressée - procédure connue sous le nom d’article 50. Ensuite, il y aura en septembre un Sommet spécial à Bratislava pour avancer sur l’avenir de l’Europe. Des décisions concrètes devront aussi être prises pour la sécurité, la croissance et les jeunes. Je veux aller vite. Attendre c’est renoncer. Le 60e anniversaire du Traité de Rome en mars prochain sera l’occasion d’illustrer l’unité des Européens autour de cette nouvelle impulsion. Vouloir un débat démocratique sur les priorités de l’Union me paraît une nécessité. Mais j’écarte les faux-semblants. Proposer un nouveau traité d’ici à 2017 est une illusion et une impasse. »

« Sur les migrations du travail, que faut-il changer ? :

« Mais qui a négocié cette directive ? Les libéraux, et en premier lieu les Britanniques ! Qui voulait de la main-d’oeuvre bon marché venant de l’Est de l’Europe ? La droite européenne et au premier chef les conservateurs anglais. Ils en paient le prix aujourd’hui. La France ne demande pas de remettre en cause la libre circulation des personnes, mais de supprimer les abus par un encadrement strict des « détachements » et une sanction des employeurs indélicats. C’est une discussion difficile car les pays de l’Est sont hostiles. Nous devons y parvenir. Sinon, les dérives sur le travail détaché vont ronger l’Europe. »

« Que répondez-vous à ceux qui réclament en France un référendum sur l’Europe ? :

« Pourquoi organiser un tel tumulte et une telle confrontation, si ce n’est pour quitter l’Union européenne ? Les mensonges, les simplifications, les outrances et même les violences que l’on a constatées pendant la campagne référendaire au Royaume-Uni ne suffisent donc pas à ces apprentis sorciers ? Il ne s’agit évidemment pas de se méfier du peuple. Mais le rendez-vous démocratique sur l’Europe, il aura lieu en France lors de la prochaine présidentielle. Le Front national, qui voulait jusqu’à maintenant abandonner l’euro, annonce désormais qu’il fera campagne pour que notre pays quitte l’Union européenne, comme le Royaume-Uni aujourd’hui. Eh bien en 2017, ce débat devra être assumé. Et l’expérience britannique aura valeur d’exemple ou plutôt de contre-exemple. »

« Quelle Europe de la défense souhaitez-vous ? :

« La défense européenne a été déléguée à l’Otan. La France a veillé à toujours garder sa propre autonomie de décision. Or un continent ne peut être respecté que s’il est puissant, économiquement mais aussi politiquement, c’est-à-dire capable de se protéger, de se défendre et de se projeter. Les efforts de défense sont insuffisants en Europe, hormis celui de la France. Cette situation n’est plus acceptable. Chacun doit contribuer davantage à la sécurité de l’Europe. L’Allemagne est en train d’évoluer sur le sujet. J’étudie avec intérêt les propositions de Thierry Breton pour créer un fonds européen de la défense. L’idée est de mutualiser des investissements, y compris les dépenses liées à la sécurité de nos frontières. »

Allez-vous dérouler le tapis rouge pour les investisseurs britanniques, comme l’avait fait jadis David Cameron ?

Je n’aurai pas l’indécence de lancer ce genre d’appel. Je me garderai de parler de « tapis rouge à dérouler » et mieux vaut faire attention à ce type de formules. Elles peuvent se retourner contre leur auteur… Mais la France doit être en situation d’accueillir tous les talents et tous les investissements.

La place financière de Paris estime que la City doit perdre son passeport européen, qui permet à une banque implantée à Londres d’opérer sur tous les marchés de la zone euro…

Ce n’est pas négociable. Le Royaume-Uni redevenant un pays tiers, le passeport financier européen devra disparaître, de même que ce sera la fin du passeport commercial et du passeport européen tout court. Autre point clef : les opérations de compensation en euros ne pourront plus se faire à Londres. Le Royaume-Uni a bénéficié pendant longtemps de dérogations, alors même qu’il n’était pas dans la zone euro. Ce ne sera plus possible. Il est légitime et logique que les banques françaises s’organisent et se préparent en conséquence. Et nous devons adapter nos règles, y compris fiscales, pour rendre la place financière de Paris plus attractive.
N’est-ce pas contradictoire de vouloir créer une taxe sur les transactions financières ?
Nous travaillons avec plusieurs pays dont l’Allemagne sur le projet de TTF dans le cadre d’une coopération renforcée. Certains nous disaient que, si on introduisait cette taxe, des activités allaient partir à Londres, cet argument ne tient plus.

Le Brexit va-t-il entraver la reprise en France ?

D’abord, il y a bien une reprise en France et un début d’inversion de la courbe du chômage. C’est un fait indiscutable. Notre croissance sera supérieure à 1,6 % cette année, ce qui nous permettra de créer au moins 200.000 emplois. Le Brexit aura surtout un impact défavorable pour le Royaume-Uni et c’est par le biais d’une éventuelle récession outre-Manche qu’il peut y avoir un risque pour la zone euro et pour la France. Nous devons le conjurer par un soutien encore plus consistant à l’investissement privé comme public. Et par une réponse européenne rapide et claire. Plus brève sera la période d’incertitude sur la place du Royaume-Uni dans l’Europe, plus limitées seront les conséquences du Brexit sur l’activité.

- "C’est de l’avenir de chacun des peuples de l’Union qu’il s’agit.", Allocution de Manuel Valls à l’Assemblée nationale, 28 juin 2016

"Le choc est historique : pour la première fois depuis le début de la construction européenne, un peuple a décidé de quitter l’Union."

"Monsieur le président,
Mesdames, messieurs les ministres,
Mesdames, messieurs les députés,

Le choc est historique : pour la première fois depuis le début de la construction européenne, un peuple a décidé de quitter l’Union.

On croit toujours les choses acquises … que ce qui a été fait ne peut être défait …
Combien de fois avons-nous entendu parler de l’irréversibilité de la construction européenne !

C’était sans compter sur l’histoire. Elle s’invite quand elle veut. Et surtout quand les peuples le décident ; quand les peuples rappellent à tous ceux qui leur disent : « vous n’avez pas le choix », « il n’y a pas de plan B », que, eux seuls, sont souverains.
Les Britanniques se sont exprimés. Il faut respecter ce choix démocratique. Il s’impose à nous tous.
*
Dès lors, l’alternative est simple : soit on fait comme toujours, en évitant l’évidence, en essayant simplement de colmater les brèches, avec des petits arrangements ; soit nous prenons enfin notre courage à deux mains, nous allons au fond des choses, nous faisons de ce choc, un électrochoc !

Car l’erreur historique serait de croire que ce référendum ne regarde que les Britanniques. Non ! C’est de l’avenir de chacun des peuples de l’Union qu’il s’agit. Donc aussi, et avant tout, celui du peuple français. C’est pourquoi, le gouvernement a souhaité venir s’exprimer devant vous, en plein accord avec le président de votre assemblée.

Parce que je crois profondément à l’Europe, par mes racines, mes origines, mes convictions, je refuse que ce grand dessein dérive. Je refuse qu’il chavire et sombre, entraîné par le poids grandissant des populismes. Je refuse que nous cédions au fatalisme, au pessimisme. Je refuse que nous subissions.

Pour cela, chacun doit réinterroger ses certitudes, se remettre en question.

1. Le constat : un profond malaise en Europe
Je sais bien que certains diront que le résultat de ce referendum n’est pas surprenant. Après tout, le Royaume-Uni a toujours eu une relation « particulière » à l’Europe. Un pied dedans, un pied dehors, comme on a coutume de dire.

Cette analyse serait fatale. Le vote de jeudi dernier révèle quelque chose de beaucoup plus profond.
L’heure n’est plus à la prudence diplomatique. Il faut crever l’abcès.
Ce vote montre le malaise des peuples.
Ils doutent de l’Europe.
Ils ne comprennent pas ce qu’elle fait ; ne voient pas ce qu’elle leur apporte … Pour eux, l’Europe est envahissante sur l’accessoire et absente sur l’essentiel.
Pire, ils ont le sentiment qu’elle impose ses choix et joue systématiquement contre leurs intérêts.
Le slogan des pro-Brexit, « reprendre le pouvoir », dit très clairement les choses. On ne peut pas l’ignorer.
L’Europe se fera avec les peuples. Sinon elle se disloquera.

2. la France doit être à l’initiative
Une fois ce constat posé, que faut-il faire ?
Ma conviction, c’est que cette crise, comme toutes les crises, est l’occasion d’une grande transformation.

Comme au cours de ces dernières années, chaque fois que l’essentiel est en jeu sur l’Europe, la France se doit de répondre présente.
C’était vrai, il y a un an, lorsqu’il a fallu sauver la Grèce et convaincre nos partenaires qu’elle devait rester dans la zone euro. Je n’oublie pas que certains voulaient sceller le destin de ce grand pays d’un revers de main. Certains voulaient faire sortir un pays membre, oubliant le principe même de solidarité. La suite des événements leur a donné tort. Même si tout n’est pas réglé, ce pays, aujourd’hui, se porte mieux et en est reconnaissante à la France. Sauver la Grèce, c’était déjà sauver l’Europe !
*
Il y a un an, la France, par la voix du Chef de l’Etat, était dans son rôle. Elle le sera, une nouvelle fois, aujourd’hui.
Parce que nous sommes la France, un pays respecté, écouté, attendu !
Parce que nous sommes un pays fondateur !
Parce qu’avec l’Allemagne, conscients de nos responsabilités, nous voulons l’Europe, notre horizon commun. Le président de la République l’a rappelé hier soir avec la Chancelière allemande et le président du Conseil italien.
Parce que nous savons que c’est l’Union qui nous renforce et la désunion qui nous affaiblit.

Je mets en garde ceux qui croient qu’on renforcera notre souveraineté nationale en tirant un trait sur l’Europe ; ceux qui pensent qu’on s’en sortira mieux dans la mondialisation, qu’on traitera mieux la crise migratoire, qu’on combattra mieux le terrorisme en agissant seuls, en se privant d’appuis, dans le seul cadre de nos frontières nationales. Rien n’est plus faux.

Etre européen, aujourd’hui et demain, c’est respecter le choix des peuples.
C’est vouloir peser sur le cours des choses.

Chacun se rappelle de ces mots de François Mitterrand : « La France est notre patrie, l’Europe notre avenir ».

Etre européen, ce n’est pas trahir la France ! C’est au contraire l’aimer et la protéger.

*
Depuis plusieurs jours, le Président François Hollande est à l’initiative. Il a d’abord souhaité rencontrer les présidents des deux assemblées, puis les chefs de partis. Il s’est ensuite entretenu avec le président du Conseil européen, du Parlement européen. Il s’est entretenu avec la Chancelière allemande, le président du Conseil italien et nombre de ses homologues.

Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault et le secrétaire d’Etat aux affaires européennes, Harlem Désir, multiplient les contacts.

Le chef de l’Etat sera, aujourd’hui et demain, au Conseil européen. Il y tiendra un discours de fermeté vis-à-vis des Britanniques. Non pas que nous voudrions les punir ! Ce serait absurde car le Royaume Uni est et restera un grand pays ami à qui nous devons tant. Dans trois jours, nous célébrerons ensemble le centenaire de la Bataille de la Somme. Et nous continuerons de coopérer en particulier en matière de Défense, de gestion migratoire, sur le plan économique.

Mais l’Europe a besoin de clarté. Soit on sort, soit on reste dans l’Union !
Je comprends que le Royaume Uni veuille défendre ses intérêts, mais l’Europe doit aussi se battre pour les siens. Depuis janvier 2013, elle est suspendue à la décision britannique. Nous avons fait preuve de patience et de compréhension. Dorénavant, l’entre-deux, l’ambiguïté ne sont plus possibles, parce que nous avons besoin de stabilité, notamment sur les marchés financiers. Ce n’est pas le parti conservateur britannique qui doit imposer son agenda. Soyons clairs : comme le Parlement européen l’a demandé ce matin, le Royaume Uni doit activer le plus tôt possible la clause de retrait de l’Union européenne, prévue dans le Traité de Lisbonne, pour « éviter à chacun une incertitude qui serait préjudiciable et protéger l’intégrité de l’Union ». Il n’y a pas de temps à perdre. Il n’y aura pas de négociations tant que l’article 50 ne sera pas déclenché. Et si les Britanniques veulent garder un accès au marché unique, il faudra alors respecter l’intégralité des règles.
La France tiendra un langage de fermeté. Elle tiendra, aussi, un langage de vérité : il faut inventer une nouvelle Europe.

3. Refonder, réinventer une autre Europe

Inventer, c’est-à-dire passer à une nouvelle grande étape.
Il y a eu la reconstruction après la Seconde Guerre mondiale, puis, pendant la guerre froide, la consolidation et l’élargissement. Nous avons accueilli de jeunes démocraties : la Grèce, l’Espagne, le Portugal.
Après la chute du mur, nous avons oeuvré à la réunification du continent.
Les acquis historiques de la construction européenne à laquelle la France a toujours pris une part essentielle sont irremplaçables. Et la France est garante du maintien de ces acquis.
Malgré la paix, malgré les formidables échanges économiques et culturels, malgré la création d’une monnaie unique à laquelle les Français sont attachés, Malgré Airbus, Ariane et Erasmus, une fracture s’est ouverte. Elle n’a cessé de grandir.
Cette fracture a des causes profondes. Ce n’est pas uniquement une question de normes tatillonnes … C’est aussi une question de souveraineté démocratique et d’identité.
D’identité, car les peuples ont l’impression que l’Europe veut diluer ce qu’ils sont et ce que des siècles d’histoire ont façonné. Or une Europe qui nierait les nations – Philippe Séguin l’avait prédit avec une grande lucidité – ferait simplement le lit des nationalismes. Ce modèle au-dessus des nations, niant les particularités de chacun, serait un échec, et certains ont laissé croire qu’il était le seul possible.

Question d’identité. Question aussi de souveraineté et de démocratie.

Nous avons cru pouvoir agrandir, élargir, à marche forcée ; que les « non » seraient oubliés grâce à « plus d’Europe » ; que les referendums pouvaient être contournés, que le rejet croissant de l’Europe se « soignait » uniquement par de la « pédagogie ». Avouons-le, depuis 2005, nous avons évité les vrais débats. Nous avons laissé les populismes proférer leurs mensonges et installer l’idée que « construction européenne » et « souveraineté nationale » étaient incompatibles.

Nous devons reprendre la main. Retrouver les sources de l’adhésion au projet européen. Et surtout réinventer les causes de l’adhésion. En répondant à ces questions :
Pourquoi sommes-nous européens ?
Quel est notre projet collectif ?
Quel intérêt avons-nous à être ensemble ? Pour défendre quelles valeurs ?

*
L’Europe, c’est une culture. C’est une histoire commune. C’est la démocratie. C’est le continent de la conquête des libertés. Ce sont des valeurs partagées : l’égalité entre les femmes et les hommes, une exigence quant à la dignité de la personne. C’est l’aspiration à l’universalité, la défense de la nature et de la planète.
En un mot, l’Europe, c’est une civilisation, une identité multi séculaire, qui a des racines profondes, philosophiques, spirituelles, religieuses. Cette identité n’est pas monolithique.
Chacun de nos pays a ses propres caractéristiques. Seule une Union peut les protéger face à la concurrence de pays continents.
L’Europe, c’est notre interface avec le monde. Elle doit être une protection quand nous en avons besoin. Elle doit aussi démultiplier nos forces, nous permettre de peser plus que si nous étions seuls. Tout cela, c’est le sens des initiatives que la France entend porter.

*

D’abord, en mettant les enjeux de sécurité au cœur de l’Union. La menace terroriste, la crise migratoire, mettent l’espace Schengen à l’épreuve. Nous devons en reprendre le contrôle.
Dans un monde dangereux, si l’Europe ne protège pas, elle n’est rien.
Grâce à la France, beaucoup a déjà été fait : PNR européen, encadrement de la circulation des armes. Il faut aller plus loin et vraiment maîtriser nos frontières extérieures. Pas en sortant de Schengen, mais en agissant pour que les règles régissant cet espace soient appliquées fermement. Oui, l’Europe a des frontières. Une frontière, ce n’est pas seulement une réalité matérielle, géographique. C’est aussi une réalité symbolique, qui nous définit, qui dit ce que nous sommes et ce que nous ne sommes pas qui dit où l’Europe commence et où elle s’arrête. L’Europe, ce n’est pas un ensemble indéfini, ouvert aux quatre vents.
L’Europe doit également assumer un effort de défense digne de ce nom et être capable d’intervenir à l’extérieur. Et ce d’autant plus que les Etats-Unis se désengagent de plus en plus. Il ne faut plus hésiter.
C’est d’abord cela que la France entend porter auprès de ses partenaires. L’Europe de demain doit être protectrice.

*

Et puis l’Europe doit mieux s’imposer, en protégeant l’intérêt des Européens.
Cessons la naïveté ! Les Etats tiers, comme la Chine, l’Inde ou les Etats-Unis défendent becs et ongles leurs intérêts partout dans le monde. Et nous, nous ne le ferions pas ?
Changeons d’état d’esprit ! Dans tous les domaines : économique, industriel, financier, commercial, agricole avec notamment la filière laitière, mais aussi culturel, environnemental et social. L’Europe ne doit plus être perçue comme le cheval de Troie – pour ne pas dire le dindon de la farce – de la mondialisation. Elle doit protéger ses intérêts, ses travailleurs, ses entreprises. Je pense notamment au secteur de l’acier qui représente des milliers d’emplois en France !
Nous devons faire preuve de la même fermeté par la négociation du Tafta. Il faut dire les choses : ce texte, qui ne fait droit à aucune de nos demandes, que ce soit sur l’accès aux marchés publics ou sur les indications géographiques, n’est pas acceptable. Nous ne pouvons pas ouvrir plus grand les portes de notre marché aux entreprises américaines, alors qu’elles continuent à barrer l’accès aux nôtres.
L’Europe, c’est 8% de la population mondiale. Pour conserver son rang, faire entendre sa voix, peser face aux grands ensembles, bâtir une relation forte avec l’Afrique, ce continent d’avenir, défendre son exception culturelle elle doit s’affirmer comme la puissance qu’elle est. En s’en donnant tous les moyens.

*

L’Europe, le Président de la République l’a dit en des termes très forts dès vendredi, doit être une puissance qui décide souverainement de son destin.
Pour cela, elle doit investir massivement pour la croissance et pour l’emploi, bâtir une stratégie industrielle dans les nouvelles technologies et la transition énergétique. Le plan Juncker est d’ores et déjà un succès. Rien qu’en France, il a permis de financer 14,5 milliards d’euros de projets.
Il faut encore poursuivre l’harmonisation fiscale et sociale – et par le haut ! – pour donner à nos économies des règles et à nos concitoyens des garanties. Certains disent que c’est impossible … Mais enfin ! Ce que nous avons réussi pour le secret bancaire, pour un socle commun de droits sociaux, nous pouvons aussi le faire contre toutes les formes de dumping qui rongent le projet européen de l’intérieur. Avec la mise en place d’un salaire minimum ! Avec la lutte contre la fraude au détachement des travailleurs !

Cette fraude, c’est s’asseoir sur les règles les plus fondamentales des droits des salariés : rémunération, temps de travail, hébergement. Et l’Europe resterait impuissante ? Non ! Si on ne le fait pas, c’est un des piliers du traité de Rome – la libre circulation des travailleurs – qui sera balayé. C’est pourquoi, il faut modifier en profondeur la directive de 1996. La Commission l’a proposé. A nous de l’adopter.

Enfin, nous devrons renforcer la zone euro et sa gouvernance démocratique. Dès mon discours de politique générale, en avril 2014, j’avais demandé une BCE plus active. Beaucoup a été fait, le plus souvent à notre initiative : la zone euro est plus puissante et résistante qu’en 2008. Mais il doit y avoir plus de convergence entre les Etats membres et plus de légitimité dans les décisions prises. C’est pourquoi, il faut à la fois un budget et un Parlement de la Zone Euro.

4. Quelle méthode ?

Il faut donc réinventer l’Europe. Il faut aussi une nouvelle manière de faire l’Europe.
En donnant le sentiment d’intervenir partout, tout le temps, l’Europe s’est affaiblie. L’Europe doit être offensive là où son efficacité est utile. Mais elle doit savoir s’effacer quand les compétences doivent rester au niveau national, voire régional. Le Président Juncker en est convaincu mais cette nouvelle philosophie est loin d’avoir pénétré tous les esprits à Bruxelles.
Il est grand temps de dépasser les oppositions stériles. L’Europe, ce n’est pas la fin des Etats. Non, c’est l’exercice en commun des souverainetés nationales lorsque c’est plus efficace, lorsque les peuples le choisissent. C’est comme l’avait déjà dit Jacques Delors, une fédération d’Etats-Nations.

Un exemple : si la France s’est battue pour une mise en œuvre rapide des gardes-frontières, c’est parce que nous savons que la souveraineté de notre pays, que la maîtrise opérationnelle de nos frontières doit commencer à Lesbos ou à Lampedusa.
Il faut aussi une Europe qui décide vite. Elle sait le faire, comme l’ont montré les négociations en un temps record du plan Juncker. Et s’il faut mener à quelques-uns ce que les 27 ne sont pas prêts à faire, et bien faisons-le ! Sortons des dogmes. L’Europe, ce n’est pas l’uniformité. Il y a des différences.

Enfin le débat démocratique européen doit impérativement gagner en qualité.
C’est aussi une leçon du scrutin britannique : à force de ne pas parler d’Europe, les populistes n’ont aucune difficulté à raconter n’importe quoi, à tromper. C’est grave pour l’Europe et c’est fatal pour la démocratie.
L’Europe, ça ne peut pas être simplement les Etats qui rendent des comptes sur la gestion de leurs budgets. Il faut bien sûr des règles. La France les respecte. Mais attention à cette image d’une Europe punitive, acquise aux thèses ultra-libérales et à l’austérité budgétaire. C’est cela que nos concitoyens rejettent. Et ils ne comprendraient pas si le seul message de la Commission dans les prochains jours était de sanctionner l’Espagne et le Portugal.
La Nation, c’est aussi sa représentation nationale. Elle doit avoir son mot à dire. Je souhaite donc les instances européennes puissent rendre beaucoup plus compte de leur action devant les parlementaires nationaux. Et vous devez aussi vous saisir pleinement des instruments de contrôle que l’Europe met à votre disposition. Je salue la constitution, à l’initiative du président Claude Bartolone, qui la présidera, d’une mission d’information sur la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. Le gouvernement souhaite bien évidemment associer au maximum le Parlement à ces questions et se tient à disposition de l’Assemblée nationale.
Il faut un changement de culture : les affaires européennes sont des affaires intérieures !
Beaucoup de propositions sont sur la table. Certains suggèrent une convention, une commission, un travail avec des sages.
Certains n’ont que le mot de référendum à la bouche. Bien sûr qu’il faut donner la parole au peuple !
Mais soyons clairs : un référendum ne peut pas être le moyen de se débarrasser d’un problème. Encore moins un moyen détourné de régler des problèmes de politique interne … on a vu ce que cela donne de jouer aux apprentis sorciers.
Je veux être encore plus clair : par le referendum, le Front national ne poursuit au fond qu’un seul objectif, qui est désormais dévoilé : faire sortir la France de l’Union européenne et donc de l’Histoire. Quelle étrange ambition pour notre pays. Et quelle vision dévoyée du patriotisme !

Notre rôle de responsables politiques n’est pas de suivre, mais d’éclairer de montrer le chemin. La question qui se pose à la France n’est pas de sortir de l’Europe, mais de refonder le projet européen. L’élection présidentielle sera aussi être l’occasion de trancher ces débats.
Moi, je crois que dans ce moment, il faut inventer également des solutions nouvelles pour une co-construction avec les peuples autour de projets et de propositions. Je pense à l’exemple de la COP 21 qui a été enrichissant.
Il faut savoir associer les citoyens de manière régulière. Les parlements européens et nationaux ont bien sûr leur rôle à jouer. Prenons un exemple concret : les parlements nationaux et donc vous-mêmes devront se prononcer sur le Traité de libre-échange entre l’Union européenne et le Canada. La Commission européenne doit l’entendre.
* *
Mesdames, messieurs les députés,
Il y l’urgence, à laquelle l’Europe doit faire face dès aujourd’hui : c’est la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, la sécurité, avec la protection de nos frontières, la croissance.
Mais il y a aussi le temps long. Il faut le dire : le processus de refondation de l’Europe prendra du temps.
La suite de l’histoire n’est pas écrite. L’Europe a le choix.
Soit elle refuse de changer profondément, et les peuples continueront de la fuir. L’Europe alors sortira de l’histoire.
Soit elle est prête à se réformer, à agir avec et pour les peuples, dans le respect de chacun et l’intérêt de tous. Alors saura regagner le cœur des Européens.
Changer pour refonder, pour ouvrir à nos enfants un nouvel horizon.
Tel est le choix qui se présente à nous. C’est notre responsabilité historique de savoir nous en saisir."

- Déclarations du lundi 27 juin 2016

"Une Europe forte dans un monde incertain", Contribution de Jean Marc Ayrault Ministre des Affaires étrangères et du Développement international et de Frank-Walter Steinmeier, Ministre des Affaires étrangères de la République fédérale d’Allemagne

"Nous proposons trois priorités essentielles pour une action renforcée et approfondie fondée sur des objectifs concrets", déclaration conjointe de François Hollande Président de la République française, d’Angela Merkel Chancelière de la République fédérale d’Allemagne et de Matteo Renzi Président du Conseil de la République italienne (Berlin, 27 juin 2016)


Déclaration commune avec Mme Angela Merkel... par elysee

- Discours du président de la république (Berlin, 27 juin 2016)

Mesdames, Messieurs, je voudrais d’abord remercier Angela MERKEL pour son accueil aujourd’hui.

Nous avions convenu, c’était à Verdun lors d’une cérémonie particulièrement émouvante, Angela et moi-même, de nous retrouver avant le Conseil européen et nous avons trouvé aussi tout à fait nécessaire d’associer Matteo RENZI à cette
préparation et à cette réunion car nous sommes les trois grands pays de l’Union européenne.

Avec bien sûr le Royaume-Uni, mais le Royaume-Uni a pris une décision. C’était un
référendum qui avait été annoncé depuis déjà longtemps. L’Union européenne – et nous y avions travaillé ensemble – avait cherché à trouver les bonnes formules pour que le peuple britannique puisse répondre favorablement à la question qui lui était posée et nous avons eu le résultat. C’est donc la sortie qui l’a emporté. Nous regrettons profondément ce choix, même s’il a été partagé par 52%, ça veut dire que 48% voulaient rester et notamment beaucoup de jeunes.

Nous le regrettons parce que le Royaume-Uni est un pays ami, allié et qui est
géographiquement, historiquement en Europe. Mais nous devons respecter cette décision. C’est notre devoir par rapport à un peuple qui s’est exprimé, une consultation qui a eu lieu et un débat qui a été particulièrement long et qui nous a d’ailleurs occupé nous aussi au plan de nos réunions européennes.

Mais nous devons faire preuve dans ce moment, à la fois de tristesse, mais aussi de
responsabilité car c’est la nôtre. La responsabilité, c’est de ne pas perdre de temps. Ne pas perdre de temps ni pour traiter convenablement la question du départ du Royaume-Uni, ne pas perdre de temps non plus pour traiter la question de la nouvelle impulsion que nous devons donner à la nouvelle Union européenne donc à 27.
Pourquoi ne pas perdre de temps ? Parce que rien n’est pire que l’incertitude.

L’incertitude génère des comportements politiques souvent irrationnels. L’incertitude génère aussi des comportements financiers qui peuvent être également irrationnels. C’est déjà le Royaume-Uni qui en fait l’expérience et elle est douloureuse et au plan politique et au plan financier. Mais il ne faut pas qu’il y ait de conséquences sur l’Europe car l’Europe est solide, l’Europe est forte et l’Europe est un projet qui doit se poursuivre même si des modifications doivent intervenir et des priorités être réaffirmées.

Alors ne pas perdre de temps, c’est comme il a été dit par Angela, faire en sorte que la notification par les Britanniques intervienne le plus rapidement possible, qu’il n’y ait pas de pré-négociations avant cette notification et une fois qu’elle sera prononcée, qu’elle sera transmise aux institutions européennes, d’avoir cette phase de négociations au titre de l’article 50. C’est mieux pour l’ensemble de l’Europe d’avoir cette procédure et qu’elle intervienne le plus tôt possible.

Nous comprenons bien la situation politique aussi au Royaume-Uni et nous devons là encore faire preuve de respect mais il y a aussi un respect que nous devons attendre de la part du Royaume-Uni à l’égard de ce que nous sommes, c’est-à-dire l’Union européenne. Nous garderons de toute manière des relations fortes avec le Royaume-Uni et nous avons, notamment pour la France, des accords de défense. Nous avons aussi tous ensemble des relations politiques, économiques, commerciales qui demeureront. Nous ne devons pas perdre de temps non plus pour donner une nouvelle impulsion sur les priorités concrètes. Il ne s’agit pas de refaire l’Europe.

L’Europe, elle se fait, elle ne se refait pas ; elle doit se construire, elle n’a pas besoin de se reconstruire ; elle doit continuer à se bâtir mais en se concentrant sur les priorités essentielles et en mettant en oeuvre rapidement des mesures concrètes.
Angela a cité les quatre priorités, nous nous retrouvons avec Matteo parfaitement sur ces priorités-là, nous en avions discuté : sécurité, protection des frontières, lutte contre le terrorisme, capacité à pouvoir nous défendre ensemble et c’est une dimension très importante pour la protection, ce que les Européens attendent de l’Europe.

Deuxième priorité : la croissance, l’emploi, avec le soutien à l’investissement et notamment par rapport au numérique, par rapport aux enjeux de la transition énergétique, nous avons beaucoup à faire et beaucoup mieux à faire que ce que nous avons pour l’instant engagé avec une autre priorité qui est très liée à la précédente, c’est la jeunesse et nous devons prendre des mesures concrètes dans les mois qui viennent pour que la jeunesse ait encore davantage confiance dans l’Europe notamment pour les échanges, notamment pour la mobilité, notamment pour la
formation et bien sûr pour l’emploi.

Enfin, il y a dans la Zone Euro, nous appartenons à la Zone Euro, nous savons qu’il y a des pays qui ne sont pas dans la Zone Euro, nous les respectons aussi, mais il y a une harmonisation fiscale et sociale à mener ensemble dans la Zone Euro et cela fait partie aussi de nos priorités.

Et puis, il y aura toujours cette question : Comment mieux faire fonctionner l’Europe ?
Comment lui donner plus de rapidité, plus de souplesse, plus de clarté pour les peuples ? Cela fait partie aussi des discussions que nous aurons dans les prochaines semaines.

Ne pas perdre de temps, ça veut dire qu’au mois de septembre, nous aurons, si le Conseil européen retient ce calendrier, un travail qui pourra être déjà présenté.
Voilà, je l’ai dit, ce qui compte, c’est la clarté, la rapidité et c’est l’unité. Si nous sommes clairs, si nous sommes rapides, je ne doute pas que nous serons unis.

- Déclarations du samedi 25 juin 2016

"Cette décision du peuple britannique constitue un tournant de l’histoire de l’Europe", déclaration conjointe des ministres français, allemand, belge, italien, luxembourgeois et néerlandais des Affaires étrangères (25.06.16)

Les ministres français, allemand, belge, italien, luxembourgeois et néerlandais des Affaires étrangères prennent acte avec regret du fait que le peuple britannique s’est prononcé contre l’appartenance à l’Union européenne.

"Cette décision du peuple britannique constitue un tournant de l’histoire de l’Europe.

L’Union européenne perd non seulement un État membre mais un ensemble considérable d’histoire, de traditions et d’expérience.

Cet événement crée une situation nouvelle. Du fait de la décision du peuple britannique, l’accord auquel le Conseil européen des 18 et 19 février était parvenu cesse d’exister. Nous attendons à présent du gouvernement britannique qu’il fasse preuve de clarté en donnant effet à cette décision dès que possible. Les dispositions pertinentes du Traité de Lisbonne (article 50 du Traité sur l’Union européenne) permettent un départ en bon ordre. Nous sommes prêts à travailler avec les institutions lorsque les négociations en vue de définir et de clarifier les relations à venir entre l’UE et le Royaume-Uni auront commencé.

Nous demeurons fermement convaincus que l’Union européenne offre un cadre unique dans l’histoire et indispensable pour assurer la liberté, la prospérité et la sécurité de l’Europe, définir des relations pacifiques et mutuellement avantageuses entre ses peuples et contribuer à la paix et à la stabilité dans le monde.

Depuis sa création par les six membres fondateurs en 1957, l’UE a parcouru avec succès un long chemin. Elle a réuni l’Europe orientale et l’Europe occidentale et a apporté la plus longue période de paix que notre continent ait connue dans les temps modernes. De plus, elle a été une force motrice pour rassembler les peuples d’Europe et a, ce faisant, tenu la promesse dont nous avions pris l’engagement dans les traités : créer une union sans cesse plus étroite entre les peuples de l’Europe. Nous poursuivrons nos efforts en faveur d’une Union européenne à 27 plus forte et ayant plus de cohésion, reposant sur des valeurs communes et sur la primauté du droit.

C’est à cette fin que nous reconnaîtrons également plusieurs niveaux d’ambition entre les États membres pour ce qui est du projet d’intégration européenne. Sans revenir sur ce que nous avons accompli, nous devons trouver de meilleurs moyens de traiter ces niveaux d’ambition différents afin de faire en sorte que l’Europe réponde mieux aux attentes de tous ses citoyens.

C’est dans cet esprit que nous réaffirmons fortement notre attachement commun à l’Union européenne. Toutefois, nous sommes conscients du fait que le mécontentement face à son fonctionnement tel qu’il est aujourd’hui est manifeste dans certaines composantes de nos sociétés. Nous prenons cela très au sérieux et sommes résolus à faire en sorte que l’UE fonctionne mieux pour tous nos citoyens. Ni un simple appel à davantage d’Europe ni une phase de pure réflexion ne peuvent être une réponse appropriée. Nous devons axer nos efforts communs sur les défis qui ne peuvent être traités qu’au moyen de réponses européennes communes, tout en laissant d’autres tâches au niveau national ou régional. Nous devons apporter de meilleures réponses aux questions auxquelles nous avons choisi de nous atteler au niveau européen. Nous devons aussi assumer la responsabilité qui nous incombe de renforcer la solidarité et la cohésion au sein de l’Union européenne.

Aujourd’hui, l’Europe est confrontée à des défis immenses dans un contexte de mondialisation qui nécessitent une Union européenne meilleure. Nous devons axer davantage l’action de l’UE sur les grands défis de notre temps : garantir la sécurité de nos citoyens face à des menaces externes et internes croissantes, établir un cadre stable en coopération pour traiter les migrations et les flux de réfugiés, stimuler l’économie européenne en favorisant la convergence de nos économies et une croissance durable et créatrice d’emplois et en progressant vers la réalisation de l’Union monétaire européenne. Ces défis s’inscrivent dans un contexte d’instabilité croissante et de changements géopolitiques à nos frontières européennes.

Nous exprimons notre confiance dans notre avenir européen commun."

- "Nous avons transmis des propositions qui portent sur des questions de sécurité, de défense, de relance de l’investissement, de citoyenneté", entretien de Jean-Marc Ayrault dans le Parisien (25 juin 2016)

Pour le patron du Quai d’Orsay, il faut respecter le vote des Britanniques en actant sans délai le divorce.

Ce Brexit marque-t-il un coup d’arrêt à l’Europe ?
Bien sûr que non. Il ne faut pas se laisser décourager par la décision du peuple britannique. Mais c’est un choc. D’abord pour le Royaume-Uni, mais aussi pour l’Europe. Pour le Royaume-Uni, c’est une page qui se tourne. C’est la première fois qu’un pays européen depuis la création de l’Union européenne décide de la quitter. C’est une décision grave, mais ce n’est pas le chaos. Nous sommes dans un cadre institutionnel avec un traité qui a prévu une telle situation. Gardons notre sang-froid. Il faudra organiser une relation nouvelle entre l’Union européenne et la Grande-Bretagne, qui deviendra pour elle un pays tiers. Cela n’empêche pas l’UE d’avancer et de se réformer.

N’y a-t-il pas un divorce entre les peuples et l’Europe ?
Il y a une montée d’inquiétude partout. Elle porte sur les questions de sécurité, le terrorisme, le phénomène migratoire et la crise des réfugiés, l’inquiétude sociale. Il faut y apporter des réponses, rendre l’Europe plus simple dans son fonctionnement. Mais il faut aussi mesurer ce qu’elle a apporté aux peuples européens.
Mais, visiblement, les gens n’aiment plus l’Europe…
Je voudrais souligner qu’au Royaume-Uni, 70 % des jeunes ont voté pour l’Europe ! Cela signifie que, pour la jeunesse, l’Europe offre un avenir. Nous sommes à un tournant avec le retour des nationalismes ou des populismes. S’il y a un désir de revenir aux frontières, c’est parce qu’il y a une angoisse et des inquiétudes auxquelles il nous faut répondre.

Comment relancer le projet européen et que peut faire le couple franco-allemand ?
Le débat doit avoir lieu entre les Vingt-Sept, mais le couple franco-allemand a toujours joué un rôle déterminant. Nous avons transmis des propositions qui portent sur des questions de sécurité, de défense, de relance de l’investissement, de citoyenneté.

Mais concrètement ?
Une proposition concrète, c’est parachever Schengen en assurant la maîtrise et la protection des frontières extérieures de l’Europe. Si on ne le fait pas, certains voudront revenir aux frontières nationales. Cela signifie des moyens, des gardes-frontières européens. Il faut des propositions concrètes et réfléchir à une lutte plus efficace contre le terrorisme, à des avancées en matière de sécurité et de défense.

Quelle relation y aura-t-il désormais avec le Royaume-Uni ?
La première discussion, qui sera à l’ordre du jour dès mardi au Conseil européen, c’est de tirer les enseignements du vote du peuple britannique. Il ne faut pas qu’il y ait d’atermoiement. Maintenant, il faut aller vite et mettre en oeuvre la procédure prévue par l’article 50 du traité, qui organise la négociation avec le pays qui sort de l’Europe. Il faut agir maintenant, sans délai, afin d’éviter les incertitudes qui peuvent avoir un impact économique, financier et politique considérable. En attendant, le Royaume-Uni reste membre de l’Union avec ses droits et ses devoirs.

Cameron a-t-il fait une faute en décidant ce référendum ?
Il a joué avec le feu et on en voit les conséquences. Mais, à partir du moment où il y a eu un vote, il faut le respecter et aller jusqu’au bout.

Le vrai changement ne serait pas de passer d’une Europe à la Merkel, marquée par la rigueur budgétaire, à une Europe de la relance, plus sociale ?
Ne soyons pas réducteurs. La question n’est pas l’austérité ou le social. Nous avons une monnaie commune, l’euro, et dans la zone euro il y a des règles du jeu à respecter. Notamment deux engagements communs : faire en sorte que l’endettement ne dépasse pas un certain seuil et que les déficits ne dépassent 3 % du PIB.

Craignez-vous un effet contagion ? Un Frexit — sortie de la France ?
C’est ce que veut M me Le Pen, un référendum avec la même question qu’au Royaume-Uni. Mais ces partis nationalistes et populistes, comme M. Farage(NDLR : leadeur du parti d’extrême droite Ukip) qui jubilait en parlant d’Independance Day, qu’ont-ils à proposer pour le peuple britannique après ? Rien ! C’est la chute de la livre, le désengagement possible des investissements internationaux, donc un affaiblissement de l’économie, une dégradation de la vie des Britanniques. Le programme de M me Le Pen est exactement le même. La France va donc se battre pour améliorer l’Europe, pas pour la quitter.

Se battre comment ?
La prochaine élection présidentielle sera l’occasion d’un grand débat sur l’avenir de la France dans l’Europe. C’est à ce moment que les citoyens se prononceront, choisiront ce qu’ils veulent, dans la clarté. Cela vaut tous les référendums."


- Déclarations du vendredi 24 juin 2016


Déclaration à la suite du référendum britannique par elysee


- Interview de Jean-Marc Ayrault, ministre des Affaires étrangères - Les conséquences du « Brexit » - (24.06.2016)

LAURENCE FERRARI : Monsieur le ministre, ce « Brexit » est une gifle que les Européens n’ont pas vue venir. Est-ce que vous, vous l’aviez vu venir ?

JEAN-MARC AYRAULT : Il y avait un risque majeur mais il faut se rappeler que la décision d’organiser ce référendum a été prise par le Premier ministre britannique, David CAMERON, d’abord, pour régler un problème au sein de sa propre formation politique et sur une question majeure qui n’a jamais été posée pour les membres de l’Union européenne, dans aucun pays, c’est : êtes-vous favorables au maintien ou à la sortie de l’Union européenne ? Et ça, cette question… Nous avons vécu des référendums en France. Ce n’est jamais facile un référendum. Nous avons connu le référendum de Maastricht pour la monnaie unique, nous avons connu le référendum sur le Traité européen, mais il n’y a jamais eu de référendum pour rester ou sortir. Donc c’est une décision grave et qui est un choc pour tous les Européens. Et donc il faut prendre conscience de la gravité de ce qui s’est passé. En même temps, vous avez pu remarquer que l’Europe a réagi tout de suite. L’Europe continue et les 27 continuent. Il y a un traité. Les présidents de la Commission, du Parlement, du Conseil européen se sont exprimés. La banque centrale européenne est intervenue pour protéger les intérêts des Européens.

LAURENCE FERRARI : Mais ma question, c’était : est-ce que les dirigeants français, est que le président de la République, est-ce que vous, est-ce que Laurent FABIUS, votre prédécesseur, est-ce que vous vous êtes assez mobilisés pour faire passer l’idée de cette Union européenne unie ?

JEAN-MARC AYRAULT : Mais il y a encore beaucoup à faire pour redonner à l’Europe son adhésion populaire, même si une très grande majorité…

LAURENCE FERRARI : Mais on le réalise aujourd’hui ?

JEAN-MARC AYRAULT : Non, on ne le réalise pas aujourd’hui. Depuis longtemps, nous sommes conscients qu’il faut redonner à l’Europe plus d’attrait et ça, c’est pour ça que moi, je suis un Européen convaincu. Depuis que j’ai pris mes fonctions comme ministre des Affaires étrangères, je n’ai eu de cesse de me déplacer en Europe et en particulier de travailler avec mon homologue ministre des Affaires étrangères allemand que je connais depuis longtemps pour travailler avec lui à des propositions pour redonner de l’intérêt aux Européens pour qu’ils se sentent plus participatifs en quelque sorte dans le projet européen. Donc, ça, c’est un enjeu mais ce n’est pas la question du référendum britannique. La question du référendum britannique, c’est plus compliqué que ça. je crois qu’il faut quand même se rendre compte que la Grande-Bretagne était depuis 43 ans dans l’Union européenne et là, elle décide de sortir. C’est le vote du peuple britannique, il doit être respecté. Et donc, s’il doit être respecté, ça veut dire qu’il faut vite engager les négociations dans le cadre d’un article qui est prévu qui est l’article 50 du traité pour que les intérêts des Européens soient préservés et que l’Europe continue et continue aussi de s’améliorer.

OLIVIER RAVANELLO : Est-ce que vous en voulez à CAMERON d’avoir organisé ce référendum et de l’avoir proposé à des fins électorales, pour se faire réélire durant la campagne législative ?

JEAN-MARC AYRAULT : Écoutez, ça, c’est un constat que vous faites mais moi, je ne suis plus dans le jugement de Monsieur CAMERON. Il a…

OLIVIER RAVANELLO : Vous n’aviez pas d’amertume ce matin ? Quand vous avez vu ça, vous ne vous êtes pas dit : CAMERON a joué les apprentis sorciers ?

JEAN-MARC AYRAULT : Non, j’étais… Je suis triste pour la Grande-Bretagne. Vous savez, la Grande-Bretagne, c’est quand même un grand pays, une grande nation, un grand peuple. On a tous en mémoire l’attitude des Britanniques pendant la Seconde Guerre mondiale. C’est notre histoire commune. Alors ça ne veut pas dire qu’on ne va plus se parler, il y a des relations bilatérales qui vont continuer avec la Grande-Bretagne qui est membre permanent du Conseil de sécurité, comme la France. Mais ce qui existait depuis 43 ans, c’est-à-dire un pays membre de l’Union européenne, alors ça, c’est une page qui se tourne et c’est dommage, je le regrette. Mais attention, c’est le vote du peuple britannique. Encore une fois, il doit être respecté.

LAURENCE FERRARI : Comment relancer le couple franco-allemand ? C’est aujourd’hui la question centrale à laquelle vous, vous devez faire face.

JEAN-MARC AYRAULT : Mais moi, j’y travaille tous les jours !

LAURENCE FERRARI : D’autant plus aujourd’hui, après ce résultat du « Brexit ». Lundi, François HOLLANDE va à Berlin à l’invitation d’Angela MERKEL qui a invité aussi Matteo RENZI. Concrètement, que va faire le couple franco-allemand ?

JEAN-MARC AYRAULT : D’abord, on fait déjà beaucoup de choses ensemble, on se voit souvent. Moi, j’ai travaillé depuis plusieurs mois avec Frank-Walter STEINMEIER à des propositions concrètes…

LAURENCE FERRARI : Lesquelles ? …

JEAN-MARC AYRAULT : Qui vont porter sur la sécurité des Européens, pour assurer la sécurité intérieure des Européens, sur une politique de défense, disons plus dynamique, plus forte car je crois qu’il faut faire face aux nouvelles menaces, mais aussi une politique qui soit concrète pour les Européens puisque aujourd’hui, il y a encore trop de gens au chômage, il y a des défis à relever. Et donc nous proposons des investissements massifs dans la transition énergétique, dans le numérique, dans la recherche, dans tout ce qui va permettre l’emploi. Et puis nous proposons aussi une action beaucoup plus volontariste dans la relation entre l’Europe et l’Afrique qui est en difficulté pour des raisons de sécurité mais aussi pour des raisons de développement. Et donc, si on veut ne pas avoir à faire face à un énorme problème d’immigration dans les années à venir, il faut aider ce continent. Puis enfin, il faut que l’Europe s’adresse à la jeunesse parce qu’il y a bien sûr les jeunes qui sont bénéficiaires d’Erasmus mais tous les autres. Et donc il faut leur faire des propositions concrètes. Et puis une Europe aussi qui fasse davantage participer les citoyens à ses décisions.

OLIVIER RAVANELLO : Hubert VÉDRINE, l’un de vos prédécesseurs, expliquait qu’il fallait faire stop et réfléchir. Est-ce que vous pensez qu’il faut dire : « Stop et réfléchissons » ?

JEAN-MARC AYRAULT : D’abord, il faut réfléchir. Mais dire stop, c’est quoi ? Je crois qu’il y a beaucoup de choses qui sont déjà engagées. Je prends un exemple : nous avons Schengen et ce que nous avons constaté depuis quelque temps, c’est que Schengen est inachevé et il faut protéger les frontières extérieures de l’Europe. Donc on a mis le PNR pour contrôler les passagers dans les avions mais il faut des gardes-frontières. Donc, pour ça, il faut donc aller jusqu’au bout de Schengen. Donc, si on devait faire la pause et arrêter, je crois qu’on ferait une erreur. Par contre, réfléchir sur ce que doit être l’Europe et comment elle peu être beaucoup plus convaincante pour les citoyens européens, oui, ça, c’est une bonne question. Moi, je ne suis pas…

OLIVIER RAVANELLO : Est-ce qu’il faut faire moins d’Europe pour en faire mieux ?

JEAN-MARC AYRAULT : Il faut surtout faire mieux d’Europe.

OLIVIER RAVANELLO : Ne pas agir partout, ne pas réglementer partout, ça revient.

JEAN-MARC AYRAULT : Il faut faire mieux d’Europe.

OLIVIER RAVANELLO : Est-ce qu’il faut moins réglementer ?

JEAN-MARC AYRAULT : Il faut que l’Europe soit plus efficace pour les citoyens. Je crois que ça, c’est clair. Mais il faut qu’elle protège mieux, qu’elle prépare davantage l’avenir. Mais je crois qu’il faut faire très attention par rapport à ceux qui proposent d’aller encore plus loin dans les transferts de compétences, de souveraineté, ceux qui disent : « Il faut faire une Europe fédérale, les États-Unis d’Europe. » Il ne faut pas brûler les étapes, il faut consolider ce qui a été entrepris mais surtout faire en sorte que ce que fait l’Europe soit efficace et concrète pour les gens. Il y a encore trop de chômage, il y a encore trop de précarité. Dans le vote britannique, il y avait la peur de l’immigration qui a énormément joué dans le vote mais il y a aussi des personnes qui souffrent et puis il y a aussi des personnes qui sont attachées à un mode de vie, à un ordre social. Et donc, dans la mondialisation, il faut que l’Europe continue de défendre un certain modèle de société, pas tourné vers le passé mais qui porte aussi l’espoir de la jeunesse. J’ai noté quand même une chose parce que du point de vue de la jeunesse, c’est intéressant, c’est que 70 % des jeunes Britanniques ont voté pour le maintien dans l’Union européenne. Et c’est quand même leur avenir qui compte donc ça doit faire réfléchir.

LAURENCE FERRARI : Vous avez évoqué l’immigration, ça a été une question qui a beaucoup compté dans le résultat en Grande-Bretagne. Concernant Calais, est-ce qu’il faut remettre en cause tout de suite les Accords du Touquet et redonner à l’Angleterre sa frontière ?

JEAN-MARC AYRAULT : Mais la frontière, elle est là où elle est et c’étaient les Accords du Touquet qui ont été négociés. Avec la Grande-Bretagne, il y a des accords bilatéraux qui sont très importants : il y en a un qui est très important, c’est un accord de défense – celui-là, il sera maintenu –, c’est l’accord de Landcaster House ; et puis il y a celui-là. Il y a ceux qui disent : « Il faut remettre en cause les Accords du Touquet, redonner la frontière non pas où elle est aujourd’hui, la remettre de l’autre côté de la Manche. » Vous voulez qu’ensuite, on mette en place les bateaux pour recueillir les personnes qui vont risquer de se noyer dans la mer ? Mais enfin, soyons un petit peu sérieux ! Je crois que…

LAURENCE FERRARI : Donc ça veut dire qu’il n’y a pas de remise en cause de cet Accord du Touquet ?

JEAN-MARC AYRAULT : Eh bien non, ce serait totalement irresponsable. Je pense que ça, c’est quelque chose de précis, de clair. Et tous ceux qui nous proposent autre chose font preuve de beaucoup de légèreté. Et donc, moi, ce que je voudrais dire aussi, c’est que le débat en Grande-Bretagne – ça m’a beaucoup frappé – a évolué au fil des semaines. Au début, ça portait beaucoup sur les conséquences économiques pour les Britanniques, la sortie de l’Europe. Et puis on est passé à un débat beaucoup plus émotionnel sur l’immigration, avec beaucoup de choses inexactes, alors que la majorité de ceux qui viennent en Grande-Bretagne sont d’abord des Européens. Mais malgré tout, la conséquence aujourd’hui, c’est que pour les Britanniques, c’est une perte substantielle de pouvoir d’achat : la livre a perdu 10 %. Et vous allez voir que le risque pour les Britannique, eh bien c’est le départ de certaines sociétés, de sièges de sociétés, ce sont les risques que des grands investisseurs internationaux se détournent de la Grande-Bretagne qui ne sera plus dans le marché unique. Donc tout l’enjeu dans les prochaines semaines – et il ne faut pas qu’on perde trop de temps –, c’est la négociation dans le cadre de l’article 50 du Traité européen…

OLIVIER RAVANELLO : Sur la sortie. Alors, justement, dans cette négociation…

JEAN-MARC AYRAULT : De définir les relations entre l’Union européenne et la Grande-Bretagne qui, il faut le dire, malheureusement, devient un pays tiers.

OLIVIER RAVANELLO : Dans cette négociation, j’imagine que vous allez tout faire – c’est un peu comme dans un divorce –, on va tout faire pour que ça se passe le moins mal possible et retrouver rapidement des liens qui soient constructifs. Est-ce qu’en faisant ce travail, vous n’allez pas faire la démonstration qu’en fin de compte, sortir de l’Union européenne, ce n’est pas si grave et ouvrir ainsi le champ à des partis comme le Front national ?

JEAN-MARC AYRAULT : Je crois qu’il faut surtout regarder ce qui se passe maintenant et ce qui risque de se passer encore pour les Britanniques. C’est grave donc mais c’est la conséquence de leur vote donc il faut le respecter.

OLIVIER RAVANELLO : Vous n’avez pas peur d’un « Frexit » ? Vous n’avez pas peur de donner raison, que les faits d’aujourd’hui donnent raison à ceux qui veulent… ?

JEAN-MARC AYRAULT : Vous savez, ce qui me navre…

LAURENCE FERRARI : On va écouter Marine LE PEN dans un instant à ce sujet-là.

JEAN-MARC AYRAULT : Oui, mais je sais ce qu’elle a dit, elle n’est pas la seule à le dire. Mais vous voyez, le leader du même parti, de la même famille politique, Monsieur FARAGE, qui a mené la campagne…

LAURENCE FERRARI : Nigel FARAGE…

JEAN-MARC AYRAULT : Il jubilait hier soir ou ce matin, je ne sais plus. Il jubilait. Mais qu’est-ce qu’il propose au peuple britannique à la place de la sortie ? Rien ! Débrouillez-vous. Madame LE PEN, c’est exactement la même chose ! Donc ce n’est pas rien de quitter l’Union européenne. Ce n’est pas rien ! J’étais à Luxembourg aujourd’hui à une réunion des ministres des Affaires étrangères et des Affaires européennes, il y avait une grande gravité autour de la table. Il y a même le secrétaire d’État britannique qui était là. Je peux vous dire que tout le monde mesurait bien que quelque chose était en train de se passer, eh bien que ça ne serait pas comme avant, en tout cas pas pour les Britanniques.

LAURENCE FERRARI : On va écouter la réaction de Marine LE PEN, la patronne du Front national.
// Extrait d’une déclaration de Marine LE PEN, présidente du FN //

LAURENCE FERRARI : Et votre réponse, Jean-Marc AYRAULT, c’est qu’il n’y aura pas de référendum dans notre pays ?

JEAN-MARC AYRAULT : Eh bien pas sur cette question. En tout cas, moi, je ne le souhaite pas. Je ne suis pas contre les référendums. Il y en a eu, il pourra y en avoir, mais là, cette question…

OLIVIER RAVANELLO : Parce que vous avez peur du résultat ?

JEAN-MARC AYRAULT : Non non, je pense que c’est la manière dont Madame LE PEN pose la question parce que la réalité, la conséquence de ce qui s’est passé, c’est que la Grande-Bretagne ne sera plus dans le marché unique et le grand marché unique, c’est quand même un avantage. Il n’y aura plus la libre circulation des personnes et c’est quand même un avantage. Donc il va falloir négocier point par point entre la Grande-Bretagne et l’Union européenne. Donc ça sera moins bien pour la Grande-Bretagne, à l’évidence. Si c’est ça que Marine LE PEN propose aux Français, qu’elle assume ! En tout cas, moi, je veux vous dire, le vrai vote, ce n’est pas celui qu’elle propose. Le vrai vote, c’est dans moins d’un an l’élection présidentielle. Là, on choisira un projet et on sera – là, j’en suis convaincu maintenant – au cœur des questions : l’avenir de la France, l’avenir de la France dans l’Europe et comment l’Europe peut aussi évoluer et, finalement, mieux répondre aux attentes des citoyens. Eh bien là, les Français choisiront ! Quand on dit : « On a peur du vote », moi, je n’ai pas peur du vote, je suis sûr qu’ils choisiront une Europe forte, une Europe qui protège, qui prépare l’avenir, qui préserve le modèle de vie, le modèle de société et les valeurs que représente l’Europe et ce ne sera pas le projet de Madame LE PEN.

LAURENCE FERRARI : Nicolas SARKOZY qui est le patron des Républicains demande que l’on « stoppe le processus d’élargissement de l’Union et que l’on sorte de l’hypocrisie sur la Turquie qui n’a pas sa place dans l’Union européenne », dit-il.

JEAN-MARC AYRAULT : Mais ce n’est pas le sujet du jour. Je veux dire, l’élargissement de l’Europe à la Turquie, ce n’est vraiment pas la question d’actualité aujourd’hui. Je suis toujours assez frappé par, je dirais les fausses habiletés de Nicolas SARKOZY à poser des problèmes qui n’en sont pas. Ce n’est pas à l’ordre du jour cette question. Je n’en ai pas entendu parler. En tout cas, ça n’a même pas été évoqué pendant le référendum britannique.

LAURENCE FERRARI : En tout cas, la levée des visas pour les ressortissants turcs, ça, c’est à l’ordre du jour.

JEAN-MARC AYRAULT : C’est autre chose ! Ça, c’est autre chose !

LAURENCE FERRARI : Nicolas SARKOZY demande qu’on la stoppe également.

JEAN-MARC AYRAULT : Bien entendu ! Bien entendu. Mais, écoutez, il y a des conditions pour que les visas soient libérés. Il y a 72 conditions et pour l’instant, ces conditions ne sont pas toutes remplies. Donc, nous, pendant qu’elles ne seront pas remplies, il n’y aura pas de libéralisation des visas, c’est clair. Il y a des règles pour pouvoir bénéficier d’un certain nombre d’avantages, il faut les respecter. Il y a des droits, il y a des devoirs. Et quand on est dans l’Union européenne, il y a des avantages, il y a des droits et des devoirs. Et moi, je redis, pour le peuple britannique, eh bien ça sera plus difficile. Donc je pense qu’effectivement, il faut respecter le vote des Britanniques mais, en même temps, être transparent être clair et ne pas mentir avec la réalité.

LAURENCE FERRARI : Quel avenir pour le Royaume-Uni justement ? Est-ce que vous redoutez que l’Écosse qui a soutenu le remain dans l’Union demande un référendum sur son indépendance ? Pareil pour l’Irlande du Nord qui demande un référendum sur l’Irlande unifiée. Est-ce que ça peut exploser ?

JEAN-MARC AYRAULT : C’est… Je ne le souhaite pas. Vous savez, le Royaume-Uni, c’est un grand pays mais aussitôt le vote intervenu, les Écossais, qui avaient déjà obtenu un référendum, en redemandent un autre. Ils ont voté très majoritairement pour l’Europe et ils veulent y rester. Et donc c’est une question qui va être posée au futur Premier ministre britannique. C’est une question lourde, vous savez. Et quant à l’Irlande, je ne souhaite pas non plus que les passions s’enveniment parce que ça a été longtemps douloureux et difficile. Donc vous voyez, quand on prend une décision politique.

OLIVIER RAVANELLO : Donc vous dites aux Écossais et aux Irlandais : « Ne bougez pas, ce n’est pas le moment » ?

JEAN-MARC AYRAULT : Non, je ne veux pas dire aux Écossais et aux Irlandais ce qu’ils ont à faire. D’abord, l’Irlande est un pays indépendant. Il y a l’Irlande, la République d’Irlande. J’ai eu au téléphone mon homologue Charles FLANAGAN cet après-midi qui, effectivement, m’a exprimé son inquiétude. Et puis il y a l’Irlande du Nord qui fait partie de la Grande-Bretagne, du Royaume-Uni, et qui a voté très majoritairement pour l’Union européenne. Donc c’est vrai que c’est compliqué mais je pense qu’il faut laisser les dirigeants de ces pays prendre leurs responsabilités. Moi, je n’ai pas à dire ce qu’ils ont faire. Simplement, il faut constater une difficulté et elle est réelle.

OLIVIER RAVANELLO : On a vu, durant deux ans, la plupart des scrutins européens ont donné la victoire aux gens en colère, que ça soit en Autriche, que ça soit récemment en Italie aux élections municipales, que ça soit dans d’autres scrutins européens – en Espagne et aujourd’hui en Grande-Bretagne. Est-ce que ça vous inquiète pour les prochaines élections, les prochaines échéances chez nous, en France ?

JEAN-MARC AYRAULT : Oui, enfin, ce qui m’inquiète, c’est la montée des partis nationalistes. On dit populistes mais très souvent, ce sont les partis nationalités qui veulent qu’au fond, on revienne en arrière par rapport à l’Europe et qu’on remette les frontières et qu’on pense que… on fait croire en tout cas aux citoyens que ça irait mieux pour eux. Je pense que là, il y a un vrai sujet mais il faut chercher les causes. Moi, je ne suis pas dans le jugement moralisateur du vote des citoyens. Si ça s’exprime, c’est que ça révèle sans doute un malaise. Donc il faut répondre aux questions. Alors il y a bien sûr aussi la peur de l’immigration. Ça, je crois que ça pèse très lourd. Mais chaque pays aussi a ses spécificités. Vous parlez de l’Autriche, on a aussi un système politique qui est bloqué. La cause de la montée du parti d’extrême droite, elle est aussi là. Donc je crois qu’il faut vraiment travailler pour améliorer le fonctionnement de notre démocratie dans chacun de nos pays mais aussi à l’échelle européenne pour mettre plus de liens entre le pouvoir politique et les citoyens, pour qu’ils se sentent vraiment représentés, vraiment défendus, qu’ils aient le sentiment qu’ils comptent et que ce qu’ils disent est pris en compte.

LAURENCE FERRARI : Une dernière question, Jean-Marc AYRAULT : est-ce que vous craignez qu’on se dirige vers une Europe à plusieurs vitesses au fond ?

JEAN-MARC AYRAULT : Eh bien elle existe déjà, c’est-à-dire, par exemple, tout le monde n’est pas dans Schengen – ça, c’est un exemple –, tout le monde n’est pas dans la zone euro – c’est un autre exemple. Et pour autant, on est à 28, on était à 28 et on va devenir à 27. Donc c’est possible ! Certains pays – c’est prévu par les traités – peuvent vouloir aller plus loin. Je crois qu’il faut accepter cette perspective. Ce n’est pas mettre en cause l’Europe parce qu’il y aura encore un grand marché, il y aura la libre-circulation, il y a des règles de droit, des valeurs communes. Je crois que l’histoire européenne, vous savez, c’est quelque chose d’assez extraordinaire. Autour de la table à Luxembourg aujourd’hui, j’ai rappelé que pour beaucoup de pays, l’Europe, c’était la fin de la dictature en Espagne, au Portugal, en Grèce. Et puis après la chute du Mur de Berlin, c’était l’Europe centrale, les pays d’Europe de l’Est qui sont venus pour retrouver la liberté et la démocratie. Donc, ça, c’est notre acquis et donc on ne peut pas, aujourd’hui, laisser défaire ça. Et je peux vous dire que la France qui est un pays fondateur se battra pour que le projet européen non seulement demeure mais qu’il soit de plus en plus attractif. C’est vraiment notre responsabilité.

OLIVIER RAVANELLO : Quand vous voyez les conséquences, l’impact de ce choix britannique sur l’ensemble du continent européen, est-ce que vous ne vous dites pas qu’il est temps de prendre conscience qu’il y a un espace politique commun et qu’il faut aussi que de temps en temps, on se mêle des affaires des autres parce que ça finit par nous concerner et que donc, politiquement, on arrête de se dire : ce sont les Britanniques qui votent, pas d’ingérence ?

JEAN-MARC AYRAULT : Oui, mais… Non non, mais je crois franchement… Parce que j’ai vu dans certains papiers : « Pourquoi vous n’êtes pas allé faire campagne pour dire aux Britanniques ce qu’ils avaient à faire ? » Je peux vous dire que je n’ai pas voulu le faire et je n’avais pas à le faire.

OLIVIER RAVANELLO : Vous n’avez pas de regrets ? …

JEAN-MARC AYRAULT : Et je pense que ça aurait été totalement contreproductif et ça n’aurait pas changé une voix, pas un vote. Et je pense que les citoyens britanniques, bon, c’est un grand peuple, je l’ai dit tout à l’heure, et malheureusement, ils ont fait ce choix mais c’est leur choix. Donc, maintenant, ils doivent l’assumer. Pour autant, peut-être que ce qui s’est passé là doit provoquer le reste de l’Europe à faire de l’Europe quelque chose de meilleur, quelque chose, je veux dire de plus attractif pour toute la population et pour la jeunesse et pour tous ceux qui, finalement, doutent le plus pour leur avenir. Je crois que ça peut servir d’électrochoc. En tout cas, je le crois et… Enfin, en tout cas, je le pense et je l’espère.

LAURENCE FERRARI : Merci beaucoup Jean-Marc AYRAULT d’être venu ce soir sur i Télé pour nous parler évidemment des conséquences de ce « Brexit ».

Dernière modification : 03/10/2016

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