Remise des insignes de Chevalier dans l’Ordre National du Mérite à Mme Genoveva VRABIE (Union Nationale des Juristes, 20 novembre 2014)

Madame le Professeur, Chère Madame Vrabie

Nous honorons aujourd’hui :
-  une scientifique remarquable
-  une femme qui aime entreprendre
-  une femme ouverte sur les autres et sur le monde

Après avoir obtenu votre Licence en droit à l’Université de Iasi, vous débutez votre remarquable carrière comme assistante à l’Institut d’Agronomie puis à la Faculté de droit de l’Université Alexandru Ioan Cuza de Iasi, où vos intérêts scientifiques vous poussent à vous intéresser à théorie générale de l’Etat. C’est d’ailleurs dans ce domaine que vous poursuivez votre formation par une thèse de Doctorat en droit que vous soutenez brillement en 1973, alors que vous avez déjà commencé des activités d’enseignements à la Faculté de Sciences économiques qui vont durer jusqu’en 1991. Vous développez alors une véritable passion pour l’écriture qui ne vous quittera plus. Avant-gardiste, vous êtes la première à faire paraître un manuel qui présente la particularité d’un parti pris scientifique en faveur de l’étude du droit et de l’Etat sans aucune disjonction entre le juridique et le politique. Inédite à l’époque du début de la transition démocratique en Roumanie, cette approche est devenue désormais courante en Roumanie, comme elle l’a toujours été en France.

C’est d’ailleurs la langue française que vous adoptez comme vecteur de vos activités internationales. Dès les années 1970 vous partez à Strasbourg pour suivre les sessions de la Faculté internationale de droit comparé au prix de grands sacrifices – vos amis savent qu’à l’époque il faut se remplir littéralement les poches de nourriture lors d’un départ à l’étranger, telles sont les conditions imposées par le régime politique dans ces temps-là. On vous retrouve également en Suisse, en Italie, en Espagne, et en Hollande où vous participez à des cours et des sessions de droit public.

Votre carrière bien lancée prend encore une autre dimension au début des années 1990. Saisissant l’occasion des changements intervenus en Roumanie, vous créez. Un établissement universitaire tout d’abord, l’Université « Mihail Kogalniceanu » de Iasi (ville qui vous est particulièrement chère), qui compte non seulement une Faculté de droit, mais également une Faculté d’histoire et une Faculté de lettres. Vous en êtes le Recteur pendant plus de 20 ans, et Présidente depuis deux ans. Totalement impliquée, vous faites construire le bâtiment principal et surveillez vous-même les travaux, et vous représentez l’établissement dans les enceintes internationales en tissant, patiemment, un lien puissant avec le monde académique, et plus particulièrement avec le monde académique francophone. A ce titre, la Table ronde internationale que vous organisez chaque année à Iasi, sans discontinuité depuis 17 ans, rassemble les plus grands juristes roumains, français, belges, canadiens ou encore colombiens, dans le cadre d’ateliers tenus et publiés entièrement en langue française. Débordante d’énergie, vous êtes à l’origine d’une maison d’édition, toujours à Iasi, dont vous dirigez une des collections. Vous faites partie des membres fondateurs de l’Association roumaine de droit constitutionnel que vous présidez, pesant pour que ses travaux s’effectuent en français. Vous êtes également membre fondateur du Réseau européen de droit constitutionnel basé à Ratisbonne, et de la Fédération internationale des constitutionalistes d’Amérique Latine et d’Europe Centrale et Orientale.

Cette formidable activité n’enlève en rien votre soif d’écrire qui s’exprime désormais aussi bien en territoire Roumain qu’à l’étranger, et notamment en France. Dans plus de 150 articles et études, vous expliquez et analysez sans relâche le régime politique roumain et faites la démonstration du caractère mixte et inédit de ce régime, renvoyant à leurs papiers les auteurs qui tentent de le ranger bien vite dans une case prédéfinie. Observatrice de la société roumaine, vous proposez une réflexion juridique et politique qui verse parfois dans le sociologique, en s’interrogeant sur la place du pouvoir judicaire dans l’Etat de droit ou encore sur l’identité roumaine intégrée à l’Europe. Ce goût du débat vous rend très populaire auprès de vos étudiants à qui vous continuez d’enseigner le droit constitutionnel, malgré les responsabilités et les voyages. Et quels voyages ! Vous êtes de toutes les réunions scientifiques de l’association internationale de droit constitutionnel à Athènes, Paris, Montréal ou Mexico City, où vous n’avez que des amis. De même vous retrouve-t-on dans les principaux colloques et séminaires de droit public, qu’ils soient organisés en Allemagne, en Serbie ou en Norvège. Vous êtes professeure invitée à Dijon et à Madrid, à Ottawa et à Sao Paulo, où vous donnez cours toujours en français et toujours avec passion. Voyageuse infatigable, vous ne manquez aucune occasion de découvrir une culture différente et vous allez là où peu s’aventurent : vous passez des vacances au pôle nord et vous fêtez le jour de l’an en compagnie de guerriers massaï.

Madame Genoveva VRABIE, pour ce parcours remarquable, pour votre attachement à la mise en œuvre des valeurs universelles, pour votre implication dans le resserrement des liens qui unissent la France et la Roumanie, au nom du Président de la République, je vous fais Chevalier de l’Ordre National du Mérite.

Dernière modification : 20/11/2014

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