Discours de l’Ambassadeur de France à l’occasion de la cérémonie de décoration de M. Leroy (7 mai 2015)

Seul le prononcé fait foi

Cher Monsieur Leroy,

En vous décorant de l’ordre national du mérite, la France a décidé d’honorer une carrière exemplaire d’un avocat français qui présente la particularité de s’être installé en Roumanie. En effet, votre parcours professionnel est largement marqué par ce pays. J’entrerai donc sans hésiter dans le vif du sujet.

Né en 1967, vous multipliez les formations et les diplômes : maîtrise de droit privé, diplôme d’études supérieures spécialisées de juriste d’affaires à Paris V en 1991, Mastère en droit et management des affaires internationales à l’Ecole Supérieure de Commerce de Paris en 1993. Vous vous inscrivez ensuite à l’école du Barreau de Paris et devenez avocat en 1995.

Rien ne vous prédisposait à venir faire carrière en Roumanie, ni à vous y installer professionnellement. Mais voilà : vous faites partie des victimes, ô combien consentantes, de ce beau pays qui ne laisse que très peu de nos compatriotes indifférents.

Vous avez été envoyé sur le front de l’Est en 1998, directement à Bucarest en Roumanie, pour ouvrir le bureau de cabinet « Gide Loyrette Nouel ». Vous vous retrouvez alors aux confins d’une Europe qui se cherche encore, après les soubresauts de l’histoire causés par la chute du mur de Berlin en 1989. En effet, à peine neuf années sont passées. Et pourtant, bien qu’handicapés par un passé beaucoup plus pénalisant que celui de leurs voisins, les Roumains accueillirent les Européens curieux, avec une forte envie de tourner la page. Et la place réservée à la France et aux Français fut, à cet égard, privilégiée.

L’enjeu pour la Roumanie était grand : renouer à tous les niveaux les liens avec les principaux pays de l’Union, et soigner en particulier ceux qui unissaient jadis nos deux pays. Commerce, culture, administration, collectivités locales, militaire, etc. Grâce à l’importance accordée à notre langue et à la solidité de notre relation bilatérale passée, son pouvoir de séduction fut réel, jusqu’à devenir une évidence au début des années 2000. Le sentiment que ce pays pourrait accéder de nouveau un jour prochain au club prestigieux de l’Union Européenne devenait plausible.

C’est ce pays qui vous a conquis. Bien sûr, la Roumanie à cette époque n’était pas aussi simple à vivre qu’aujourd’hui. Mais la motivation professionnelle qui vous a animé durant ces premières années d’expatriation était nourrie in fine par cet enjeu. N’avez-vous pas été au cœur de l’installation de Renault dès 1999 ? N’avez-vous pas accompagné les dix premières années de développement de Carrefour ? Des investissements français stratégiques réussis, que vous aurez facilités. D’autres clients de renom profiteront du savoir-faire du cabinet que vous dirigez : Auchan, GDF Suez, BNPP, BRD, Groupama, Lactalis, etc.

Ainsi, le rayonnement grandissant des entreprises françaises en Roumanie et la défense de leurs intérêts dépendirent largement de la qualité de vos activités professionnelles et du réseau que vous sûtes développer. Vous êtes rapidement devenu en 2002 conseiller du commerce extérieur. Après avoir été vice-président de la section de 2002 à 2009, vous prenez la présidence l’année suivante, fonction que vous exercez toujours aujourd’hui. En 2003, avec Christian Estève, le directeur de Dacia vous décidez de faire fusionner les deux chambres de commerce franco-roumaines qui existent alors, l’une à Paris, l’autre à Bucarest. La concurrence portée artificiellement par la chambre parisienne faisait du tort aux affaires. Une union s’imposait. Vous y ajouterez la dimension agricole avec logique. Ce sera la naissance de la CCIFER.

Parallèlement à ces nombreuses activités, vous vous êtes impliqué pour la communauté française en participant pleinement à l’élaboration et au succès de la construction du nouveau lycée français. C’est un montage juridique audacieux que vous assurerez, basé sur un partenariat public-privé franco-roumain. Votre implication, là encore, s’avèrera décisive.

Enfin, vous serez très tôt sensible au rôle important que joue le collège juridique franco-roumain dans la société roumaine en construction, et vous collaborerez avec cette institution. Vous comprendrez d’emblée combien cet outil, largement soutenu par l’ambassade et un large réseau universitaire français, peut contribuer au rayonnement français en Roumanie. Le monde des affaires, les questions européennes, la dimension juridique latine, tout est lié pour que la Roumanie se développe dans un environnement qui lui soit le plus favorable, sur les bases qui l’ont fondée. Vous créerez parallèlement en 2009, avec M. Frédéric Teillet notre magistrat de liaison, M. Catalin Predoiu alors ministre de la justice, et sa présidente-fondatrice Mme Simina Tanasescu professeure universitaire et constitutionnaliste aujourd’hui conseillère présidentielle, l’association des juristes francophones. Elle est devenue au fil du temps un outil de rencontres professionnelles et de réflexion extrêmement utile.

Je devrais profiter de ce moment pour citer également les nombreuses personnalités avec lesquelles vous avez travaillé, et en particulier celles qui sont venues ce soir. Mais ne pouvant toutes les mentionner, je réserverai cet honneur à votre associée Mme Andrea Toma. Car, c’est avec Mme Toma et une équipe fidèle que vous avez décidé de reprendre le cabinet « Gide Loyrette Nouel » dirigé jusqu’en 2013, pour fonder il y a un an votre propre cabinet « Leroy si asociatii ». La Roumanie vous a si bien accueillie que vous avez décidé de tourner une nouvelle page avec elle.

Cher Monsieur Leroy, votre parcours en Roumanie vous honore tout comme il honore la France. Et c’est donc avec un profond respect « qu’au nom du Président de la République, et en vertu des pouvoirs qui me sont conférés, je vous fais chevalier de l’ordre national du mérite. »

Dernière modification : 19/11/2015

Haut de page