Exposition "130 ans de relations diplomatiques "

Inauguration de l'exposition "130 ans des relations diplomatiques" (30 mars 2010)

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Message du Ministre roumain des Affaires Etrangères Teodor Baconschi:

"Le 8/20 février 1880, l’Agence et le Consulat général de France, le Consulat général allemand et le représentant de la Grande-Bretagne à Bucarest transmettent simultanément au Ministère des Affaires étrangères de Bucarest des notes par lesquelles les trois pouvoirs de l’Occident reconnaissent l’indépendance de la Roumanie. L’importance capitale de ce geste provient de l’entente des trois, une chose rare à l’époque. Sous ce patronage, la Roumanie indépendante est entrée de manière définitive dans la modernité et a rejoint le destin historique de l’Occident européen.

L’année 1880 marque aussi le début de la diplomatie roumaine moderne, qui a su être à la hauteur du moment historique où elle était appelée à se manifester. Les premiers ministres plénipotentiaires de la Roumanie ont été des hommes d’Etat, mais aussi de lettres, qui ne nous ont pas laissé que des notes et des rapports d’information, mais aussi une grande littérature. Comme peuvent être savoureuses les lettres que Ion GHICA a envoyées à son ami Vasile ALECSANDRI (l’un ministre à Londres, l’autre à Paris). Un jour, admirant les sculptures de l'Acropole au British Museum, Ghica est interpellé par un lord britannique. « Arrête de regarder ces pierres misérables » lui dit l’anglais. Ces mots représentent le préambule surprenant d’une plaidoirie où le lord explique au Prince que ces pierres, avec les vers de Sophocle et Homère, ont poussé les anglais, Byron en tête, à partir au secours de la Grèce.

Ce qui unit les trois grands pouvoirs, souvent rivaux, qui en 1880 reconnaissent l’indépendance de la Roumanie est leur appartenance au même espace de culture et de civilisation. Le grand geste du 8/20 février symbolise l’entrée irréversible de la Roumanie dans une structure d’alliances qui, au delà des repositionnements ultérieurs, sont encore valables aujourd’hui, justement parce qu’elles répondent aux aspirations profondes des Européens, de Cambridge jusqu’à Navarin, comme disait le lord anglais.

130 ans après ce mois de février, nous pouvons dire que la diplomatie roumaine a bouclé un cycle. Réunis dans la grande construction européenne, nous avons accompli ce que Kogălniceanu, Alecsandri ou Ion Ghica avaient commencé en 1880. La Roumanie est maintenant le partenaire à part entière des pouvoirs qui reconnaissaient son statut d’Etat au 19ème siècle. Les documents d’archive réunis dans cette exposition méritent donc toute l’attention des diplomates d’aujourd’hui. J’ose dire que nous apprendrons plus qu’une histoire – nous découvrirons un style.

Cet anniversaire est l’occasion légitime de ressentir une fierté exigeante. Doublement exigeante, je dirais : tout d’abord, parce que nos relations avec la France, l’Allemagne et la Grande-Bretagne continuent de demander aux diplomates roumains de l’inventivité et de l’action. Deuxièmement, car notre diplomatie, de plus en plus professionnelle et spécialisée, ne doit pas cesser de se comparer avec les standards imposés, à l’aurore de ces années 1880, par les dilettantes Ghica, Alecsandri ou Kogălniceanu.

Par cette exposition, la Roumanie éduque sa mémoire européenne, laquelle nous encourage à être reconnaissants envers nos partenaires britanniques, français et allemands pour l’acte de 1880. L’amitié de ces grands pays européens s’est constamment démontrée, autant avant l’adhésion de la Roumanie à l’Union européenne qu’après 2001. En tant que chef de la diplomatie roumaine, je ne peux souhaiter que le renforcement continu de cette triple amitié."


Teodor Baconschi

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