Discours de Lazăr Comănescu
Ministre des affaires étagères
Messieurs les Ambassadeurs,
Diplomates,
Chercheurs et journalistes,
Chers amis,
C’est mon plaisir le plus distingué de vous recevoir ici, à Bucarest, pour reprendre le débat sur la région de la Mer Noire. Je voudrais féliciter la Présidence française pour l’initiative d’organiser cette conférence et j’attache une importance particulière au fait qu’autant d’officiels venant de Paris soient présents aujourd’hui aux discussions. Dès le 1er Janvier 2007, la Mer Noire est devenue une région directement voisine de l’UE.
Cette région gagne toujours plus d’importance, y compris du point de vue stratégique, pour le continent européen. La problématique de la Mer Noire reste d’actualité particulièrement après le conflit en Géorgie cet été. Il s’agit de résoudre les conflits gelés, de sécuriser les voies de transit énergétique, d’intensifier le dialogue avec les pays riches en ressources énergétiques, de gérer la migration et de protéger l’environnement.
Dans cette perspective, la Mer Noire présente, depuis 2007, une opportunité plus claire pour l’Union européenne de démontrer ses capacités de stabiliser, par son implication et sa présence, la région proche de ses frontières orientales.
La Roumanie, en proposant une participation intensifiée de l’UE dans la région, est déterminée à changer essentiellement la dynamique régionale.
En tenant compte du conflit géorgien, de l’importance accrue des infrastructures énergétiques provenant du Caucase et de l’Asie Centrale, la plus récente initiative de la Commission européenne, la Synergie de la Mer Noire est devenue l’instrument idéal pour promouvoir, d’une part, la sécurité de la région, et, d’autre part, l’apparition d’un cadre favorable au développement et à la coopération régionale.
La Synergie ne peut pas résoudre tous les problèmes de la région, mais elle pourrait identifier un mécanisme intégrateur qui pourra, en perspective, trouver des solutions pour tous ces problèmes.
La Synergie a la chance de valoriser d’une manière complémentaire les liens avec l’Union pour la Méditerranée, celles-ci étant deux visions européennes pour des espaces qui ont pas mal de points communs et de problèmes similaires.
Mais il ne faut pas oublier que la région de la Mer Noire reste partie du voisinage oriental de l’UE. On discute beaucoup à présent sur le Partenariat oriental de l’UE. C’est une nouvelle initiative importante de l’UE, en tant qu’acteur politique global, que la Roumanie a soutenue dès le début. En même temps, le Partenariat oriental doit valoriser les complémentarités avec la Synergie de la Mer Noire. Pour la Roumanie, la réelle valeur ajoutée de la Synergie est la participation de la Russie et de la Turquie.
L’importance de la Mer Noire constitue un véritable baromètre du dialogue et de la coopération, tellement nécessaire, entre l’UE et la Russie. La Mer Noire représente une opportunité unique pour l’UE de transformer son voisinage oriental en une région prospère, compétitive et démocratique.
A travers la Mer Noire, l’Europe a la chance de montrer à son partenaire russe que ses portes sont ouvertes au dialogue, que la vocation européenne du peuple russe encourage plutôt la coopération et la démocratisation, que l’isolement et l’autoritarisme.
On ne peut pas imaginer une Mer Noire attrayante sans la cohésion substantielle de la Russie, c’est pour cela que nous espérons recevoir une réponse positive de la part de nos partenaires et nos amis russes, ce propos étant aussi avantageux pour leurs intérêts régionaux.
En ce qui concerne la Turquie, la Roumanie reconnait le rôle majeur joué pas ce pays dans les années 90 pour conceptualiser la coopération dans cette région. C’est un pays qui va certainement jouer un rôle dans l’avenir, y compris dans la Synergie.
La plupart des états riverains de la Mer Noire sont toujours dans une étape de consolidation étatique et démocratique, en étant confrontés à des problèmes majeurs comme la préservation de l’intégrité territoriale, les conflits gelés, l’instabilité politique, le déficit démocratique, les relations difficiles aves les Etats voisins.
L’Ukraine, un état clé à la Mer Noire, a la possibilité de se rapprocher d’une manière substantielle de l’Europe et de ses valeurs à travers du futur accord d’Association.
Le dossier européen de la Turquie, même s’il y a toujours des aspects délicats à régler, sera influencé positivement par une adhésion plus accentuée de l’Ankara aux démarches et aux objectifs de coopération multilatérale, dans le cadre de la Synergie et de la coopération entre l’UE et l’OCEMN.
La Géorgie, malgré ses problèmes récents, grâce à une future implication de l’UE et par ses projets de coopération à la mer Noire, a une perspective réelle de devenir un Etat démocratique, viable et prévisible, un vrai modèle pour le Caucase.
La Roumanie est, comme vous le savez, un grand avocat pour une relation renforcée entre la République de Moldavie et l’UE. Le futur Accord (plus ambitieux) doit contribuer de manière déterminante à la garantie du succès d’une perspective européenne pour la République de Moldavie et pour son intégrité territoriale.
Tous ces pays, mais aussi l’Arménie et l’Azerbaïdjan, souhaitent réaliser les critères politiques et économiques de l’UE, à savoir la Politique du Voisinage de l’UE. Leur contribution à la mise en oeuvre de la Synergie ne servira pas seulement la coopération régionale, mais aussi l’amélioration de leurs performances dans le cadre de la politique européenne du voisinage/Partenariat Oriental.
En ce qui concerne la Roumanie, nous continuerons nos efforts pour matérialiser les objectifs de la Synergie de la Mer Noire et pour faire de progrès visibles au niveau de la coopération entre l’UE et la région. Notre stratégie dans la Mer Noire est fondée sur deux principes :
1. Une contribution substantielle à la Synergie, notamment la création du Partenariat régional de la Synergie ;
2. Une nouvelle approche sur l’OCEMN.
Le vrai enjeu est d’attirer la région de la Mer Noire vers un nouveau type de coopération, vers des projets fondés sur des priorités communes. Une fois cette leçon intégrée, on pourra parler d’autres sujets plus sensibles et créer un climat politique et sécuritaire favorable entre l’UE et la région.
Cela veut dire aussi que cette politique de petits pas qu’est la Synergie ne doit jamais être séparée des grands buts stratégiques. Elle se nourrit d’une vision stratégique et doit nourrir, à son tour, le développement de la pensée européenne sur la région de la Mer Noire. De plus, comme dans d’autres régions environnantes de l’UE – et qui d’autre le sait mieux que la France -, les résultats et les progrès vont se refléter, éventuellement, dans de nouvelles initiatives et structures. C’est une tendance qui ne pourra apportera que des bénéfices à l’Union, dans la Mer Noire, comme dans d’autres régions: c’est la manifestation des aspirations et des capacités de l’Union à s’impliquer de manière positive, avec une valeur stratégique, dans ses voisinages, exercice également nécessaire pour répondre à ses aspirations d’acteur global.
Dans cette perspective, permettez-moi d’exprimer, à la fin de ma brève intervention, mon espoir que si nous terminons cette conférence convaincus que la Mer Noire est devenue certainement la nouvelle frontière de l’UE, nous serons tout aussi persuadés que cette frontière est en même temps une frontière temporaire de l’UE.
Merci de votre attention!
