Discours pour l’inauguration de l’exposition Napoléon III

24 octobre 2008
Musée national d’Art de Roumanie

Monsieur le Ministre,
Madame la directrice générale,
Messieurs les directeurs,

Nous voici donc au bout de notre long voyage. Plus d’une année déjà s’est écoulée, depuis que, nommé à Bucarest, j’ai souhaité faire revivre ici et en France quelques pages d’une histoire commune de nos deux pays.

Comme l’a écrit mon prédécesseur Paul Morand, c’est au moment où expire le régime phanariote que, je cite « la Roumanie inaugure une période trouble, où tiraillée entre deux tuteurs également haïs, le Russe et le Turc, elle lance des regards tendres et suppliants vers le Français. Alors éclatèrent les premiers symptômes de cette passion que la Roumanie ne cessera de nourrir pour la France et plus particulièrement pour Paris. »
 
Les jeunes boyards faisaient le voyage, et remontaient le Danube jusqu’à la Seine, si vous me permettez cette image un peu osée.
 
Mais la France restait un peu sourde à leurs appels. Paul Morand encore : « le jeune Bratiano, qui a réussi à sa faire recevoir par notre ministre des affaires étrangères, M. Bastide , dont le nom n’est pas resté dans l’histoire (mai-décembre 1848), lui expose son programme de revendication, mais Bastide l’interrompt aussitôt :
- Pardon, Monsieur….Comment s’appelle la capitale de votre pays ?
- Bucarest, Excellence.
- Ah…. Buchara ?  Buchara, dites-vous ? Maintenant parlez, je vous prie. »
Mais ce n’est pas la moindre des déconvenues de Bratiano, puisque, considéré comme révolutionnaire par la police du Prince-Président, futur Napoléon III, il fut arrêté, puis acquitté, et à nouveau poursuivi, puis condamné. Libéré en juin 1856, il obtient sa grâce et rentre à Bucarest. Nos libéraux roumains réussissent cependant l’Union des principautés danubiennes et se tournent encore vers la France. La politique de Napoléon III a changé ; après la chute de Couza il accepte d’offrir la couronne à Charles de Hohenzollern.

La chute de l’Empire Ottoman et le Congrès de Berlin ouvrirent la voie à la Roumanie moderne. Comme le dit joliment Paul Morand « désormais nos ministres des affaires étrangères eux-mêmes ne disent plus Buchara, mais Bucarest ».

Notre exposition vient à point, après la signature cette année d’un partenariat stratégique voulu par Nicolas Sarkozy, le Président de la République française, qui nous a donné exceptionnellement son patronage, après deux visites qu’il a rendues à Bucarest, et trois visites de notre ministre des affaires étrangères et du secrétaire d’Etat aux affaires européennes depuis un an.

Elle s’ouvre aussi au milieu de la présidence française de l’Union Européenne qui s’efforce avec, je crois, un certain succès, de marquer face aux menaces graves et multiples qui nous environnent, la naissance d’une véritable unité politique de nos pays.

C’est donc aussi un message européen que veut donner cette exposition : nos valeurs européennes existent et s’affirment aux deux bouts de l’Europe, valeurs de démocratie, de liberté, d’indépendance, valeurs culturelles aussi de diversité dans l’unité.

Permettez-moi de remercier tous ceux qui ont rendu possible cette exposition, et d’abord le gouvernement roumain, représenté par le ministère de la Culture et des Cultes, le Musée National d’Art de Roumanie et ses équipes, si bien dirigé par Roxana Theodorescu, le musée et domaine de Compiègne, dirigé par Emmanuel Starky, la Réunion des Musées Nationaux, dirigée par Thomas Grenon, et le ministère français de la Culture. Cette exposition est véritablement une coproduction, une co-création de nos deux pays, et l’une des premières de cette ampleur.

Que soient aussi remerciés nos mécènes, les partenaires stratégiques de l’Ambassade de France et plus spécialement la Banque roumaine de développement, Distrigaz-Sud et le cabinet Gide-Loyrette-Nouel. Sans eux tous, nous n’aurions pas pu réussir cette exposition, qui sera présentée à Compiègne à partir de mars 2009.

A vous tous maintenant d’entreprendre ce voyage aller-retour entre Bucarest et  Paris, du XIX’ siècle à nos jours. Bonne visite !