Berthelot et la Mission Roumaine
(Source: www.forez-info.com)
Le général Henri-Mathias Berthelot nait en 1861 à Feurs. Militaire de carrière dans l’infanterie, il fait campagne en Afrique et en Extrême-Orient. Au commencement de la première guerre mondiale, il est brigadier puis aide-major général du maréchal Joffre en août 1914. Trois mois plus tard, il est nommé commandant de la 53ème division de réserve. En 1915 il commande temporairement le 32ème corps d’armée.
Quelques mois plus tôt, la Roumanie avait proclamé sa neutralité en faisant valoir aux puisances centrales que l'accord secret de 1883 avec la Triplice ne devait jouer qu'en cas de guerre défensive. La classe politique est alors partagée mais l'opinion publique est plutôt francophile. Le 10 octobre 1914, le Roi Carol meurt et son neveu Ferdinand lui succède. Au même moment, la France et la Roumanie renouent des relations plus étroites qui se traduisent par l'envoi en France de la mission Rudeanu qui a pour objectif d'acheter des armes et des munitions. A mesure que les négociations avancent, le Président du Conseil, Aristide Briand, juge nécessaire d'étoffer les échanges militaires. A cette époque également, le Général Joffre permet aux Roumains comme aux autres alliés de se rendre dans la zone des opérations militaires. Mais d'autres Roumains sont déjà engagés dans les forces combattantes. Bon nombre d'entre eux vivant en France ont rejoint la Légion étrangère et ont livré bataille à l'ennemi austro-hongrois. Comme les Italiens de Garibaldi ou les Espagnols de Sacristan, sous les ordres d'officiers étrangers, comme eux, ils ont fait le choix de s'opposer au totalitarisme germanique.
Les Français pour leur part songent à envoyer une mission d'assistance en Roumanie et confient au Général Piarron de Montdésir le soin de mettre sur pied cette représentation. Avec l'aide de Philippe Berthelot, secrétaire général du ministère des Affaires étrangères, Piarron de Montdésir entre en contact avec le ministre plénipotentionnaire roumain à Paris, Alexandru Lahovari. Avec Aristide Briand, le courant passe tout de suite, les deux hommes se rencontrent souvent mais se heurtent au refus de Bratianu de poursuivre la collaboration car ce-dernier estime « qu ' accepter conduirait, à titre de réciprocité, à admettre une mission allemande de même nature ».
Après l'entrée en guerre de son pays, Ion Bratianu décide de renforcer la mission militaire roumaine en France. Un accord secret est signé à Bucarest entre la Roumanie et l'Entente le 17 août 1916. Ainsi la Roumanie se voit elle garantir la possession de la Transylvanie jusqu'à la ligne de la Tisza. Dix jours plus tard, elle déclare la guerre à la Monarchie Austro-Hongroise et les premiers soldats roumains franchissent les Carpathes. Les Roumains de Paris sortent dans la rue et éclatent de joie à cette annonce. Autour de l'église roumaine, rue St Jean de Beauvais, c'est la liesse. Un TE DEUM est spécialement organisé à cette occasion. Devant la Sorbonne, à l'appel d'artistes et d'écrivains comme le dramaturge Miffren, les étudiants déploient des drapeaux français et roumains. Le 9 septembre 1916, l'état-major roumain désigne le Général Georgescu comme son représentant auprès des grands quartiers généraux français et britanniques. La mission militaire et diplomatique est reçue au Quai d'Orsay le lendemain de la déclaration de guerre.
Mais les troupes roumaines subissent un désastre, les deux tiers du pays sont occupés par les troupes bulgares et austro-hongroises et le typhus frappe durement la capitale. « La France, dit Bratianu, doit considérer l'armée roumaine comme l'une de ses propres armées ». Une victoire en Roumanie peut entraîner la victoire générale des Alliés et l'ouverture du 2ème Front devient une nécessité.
Le 15 octobre le Général Berthelot arrive à Iasi à la tête d'une mission militaire. Il a été choisi en raison de son expérience et de son caractère placide. Dès son arrivée, il s'efforce de trouver un écho favorable auprès des militaires rouamins. Il n'aura pas beaucoup de mal à l'obtenir. Il est adopté d'emblée par l'armée qui l'affuble du surnom affecteux de PAPA BERTHELOT. Son rôle sera autant militaire que diplomatique. C'est lui qui accueille Albert Thomas, ministre des munitions lors de son voyage en Roumanie. C'est encore lui qui apprend à Albert Thomas, les usages traditionnels lorsqu'ils rencontrent le Roi Ferdinand 1er en Gare de Harlau. Avec lui, ils partagent le pain et le sel, signe d'une amitié indéfectible. Les efforts de Berthelot sont récompensés par la bonne tenue de l'armée roumaine qui effectue des tirs d'artillerie. Le roi en personne lui décerne l'ordre de Michel Le Brave. Les officiers des deux pays peuvent se congratuler; quand elle défile devant eux, l'armée roumaine est de nouveau prête pour la victoire.
Le général et les nombreux militaires français qui l’accompagnent accomplissent un travail important, dont un des résultats majeurs sera la reconstruction de l’armée roumaine pendant l’hiver 1916-1917. La bonne tenue des troupes roumaines pendant les dures batailles de l’été 1917 (Mărăşti et Mărăşeşti) est ainsi, pour une part notable, le fruit des efforts de la mission Berthelot. Mais la Révolution russe rend la poursuite de la lutte de plus en plus difficile. Berthelot, réduit à ses seules ressources, ne réussit pas à former en Russie de nouvelles armées capables de se ranger aux côtés d’une armée roumaine intacte. Son action multiforme, bien plus diplomatique que militaire à ce moment, contribue pourtant à prolonger l’existence du front oriental de plusieurs semaines, permettant ainsi aux Alliés de se préparer à affronter les offensives de Ludendorff à l’ouest.
Car c’est bien là l’explication de l’ampleur de cette mission: au-delà de la petite Roumanie, c’est l’immense Russie que Berthelot a reçu mandat de maintenir le plus longtemps possible en guerre. Il est expulsé de Roumanie sur ordre des Allemands qui satellisent le pays au printemps 1918 en l’obligeant à signer la paix de Bucarest le 7 mai 1918. Mais la Roumanie n’en reprend pas moins la lutte après l’effondrement de la Bulgarie et Berthelot rentre triomphalement dans Bucarest le 1er décembre suivant, au moment même où naît la Grande Roumanie, dont il peut être considéré comme le parrain. En effet, la réunion de la Bucovine, de la Bessarabie, du Banat et de la Transylvanie font du royaume danubien une puissance régionale.
