En souvenir d’Alex Leo Serban

Trois mois ont passé depuis le décès du critique de cinéma, écrivain et grand ami de l’Ambassade de France, Alex Leo ŞERBAN. Il y a encore un an, Alex Leo ŞERBAN fêtait à nos côtés le 14 juillet 2010. Aujourd’hui, nous ne l’oublions pas et souhaitons lui dédier ce 14 juillet 2011, ce « Jour de fête », qu’il aimait tant. 

Le 28 juin dernier, jour de naissance d’Alex Leo Şerban l’Institut français de Bucarest a organisé une soirée en sa mémoire. Une lecture extraite de deux de ses livres : La petite diététique (éditions Art) et Autres pièces, autres voix d'hier (éditions Pandora M), suivie d’une projection de son film de cœur, Jour de fête de Jacques Tati a permis au public ami, venu nombreux, de passer un moment sensible et chaleureux à ses côtés.

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Mots et choses

maintenant que le philosophe s'est endormi il est temps que nous parlions
franchement de ce qui nous tue, le baiser sauvage
au bout de notre existence. toi ou moi
dans l'hôtel aux jours identiques, hachurés
nous partons peut-être la mer malade entre nous.
même si nous connaissons chacun de nos ongles, nous regardons l'angle
d'une chose, le mot millimètre qui peut nous sauver
la minute d'après. Valises sacs à dos cintres
paquets solidement attachés  à la lumière précaire qui filtre
sur deux silhouettes immobiles étendues sur un lit, étrusques
voyant dans le silence une vertu d'étranger voyageur
notre conversation ainsi ne se cognera à aucun
meuble. nous serons nous-mêmes, sauvages dans le partage
du secret connu. (le philosophe, dans son sommeil, sourira)

Alex Leo Şerban (Autres pièces, autres voix d'hier, éditions Pandora M)

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Pour moi, Bucarest se termine au-delà des deux ou trois kilomètres carrés que je parcours à pied  autour de toi. Je ne sais pas ce que c'est de vivre ailleurs, parce que je n'ai pas essayé. A quoi bon? Ici je connais presque chacune de tes maisons, je peux dire les yeux fermés où chaque rue se ramifie et depuis presque un demi siècle, je sais que le parc Ioanid est ton coeur et le mien. Je ne vois pas les publicités agressives, ni la circulation impossible, ni les hordes de voyous qui t'envahissent le week end, parce que je sais qu'ils n'ont rien à voir avec toi – ils sont, comme le communisme d'autrefois, éphémères. Je préfère garder mon mouchoir imaginaire sur les yeux et rester avec ton image telle que je la rêve lorsque je suis loin.

Je suis peut-être naïf, mais je m'imagine que tout comme ton parc, Ioanid, a été notre abri en plein air cette nuit de mars 19771, toi et mon ombre ne ferez jamais qu'un dans cette ville. Au fond, tu me supportes, tu me protèges, tu me guides ; le minimum que je puisse faire c'est de t'aimer. 

La petite diététique d'Alex Leo Şerban – ed. Art

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Jardins parisiens

je me suis assis
sur une chaise longue en bois
au milieu du jardin
japonais

je suis heureux

autour de moi
une fille lit
un homme en chaise roulante
lit
une femme le dos tourné
lit probablement aussi

il n'y a que les papillons qui ne lisent pas
car ils écrivent

et tous ceux autour de moi
lisent
les poèmes dispersés par les papillons

et tous les papillons de ma tête
lisent en premier
ce que moi j'écris

puis ils dispersent

et les gens autour de moi
dans le jardin japonais
aux chaises longues en bois
lisent
ce que j'écris
et savent
que je suis heureux

Alex Leo Şerban (Autres pièces, autres voix d'hier, éditions Pandora M)

 








Photo: Mihai Grecea