Interview de l'Ambassadeur de France en Roumanie pour RFI

27 août 2010

L’Ambassadeur de France : Paris ne fait pas de lien entre l’adhésion de la Roumanie à Schengen et la question des Roms

Voilà ce que déclare l’Ambassadeur de France à Bucarest, Henri PAUL. Alors qu’il se trouvait en mission à Paris, l’Ambassadeur français a assisté à tous les entretiens qui ont eu lieu entre la délégation roumaine et les ministres français.

Henri Paul dit que les rencontres se sont déroulées dans un cadre amical et qu’il n’existe pas de tensions entre les deux pays.

D’autre part, l’Ambassadeur de France dit que le gouvernement français ne craint pas les critiques de Bruxelles, car il agit dans la plus parfaite légalité.

Voici l’interview de l’Ambassadeur de France, réalisée par Luca Niculescu : 


L.N. : Monsieur l’Ambassadeur, certaines voix, y compris des voix d’autorités roumaines, disent qu’il y a actuellement des tensions entre Paris et Bucarest. Partagez-vous cette opinion ?

H.P. : Pas du tout. Je suis actuellement à Paris, je viens d’entendre le premier ministre François Fillon, j’ai lu le communiqué de l’Elysée, j’ai assisté à tous les entretiens qui se sont tenus avec les autorités roumaines. Tous ont souligné le caractère amical de ces entretiens et la volonté commune de trouver une solution, on a parlé des difficultés, mais aussi de la volonté de conserver l’esprit du partenariat stratégique et celui de l’amitié historique qui existe entre la France et la Roumanie. Par conséquent, je pense que l’expression « tensions » est un peu excessive, même très excessive.
 
L.N. : D’un autre côté, le secrétaire d’Etat Valentin Mocanu, actuellement à Paris, a dit qu’il y a des personnes en Roumanie qui craignent une dérive raciste et xénophobe en France. Que répondez-vous ?

H.P. : Je ne vois pas de risques de racisme et de xénophobie. Je vois que la majorité de ceux qui rentrent en Roumanie arrivent dans le cadre de rapatriements volontaires. Il y a aussi quelques expulsions, mais comme vous le savez, la France n’expulse que des cas individuels de personnes se trouvant en situation illégale. Je ne vois donc pas les prémisses d’une guerre raciale ou de toute autre nature. Je crois qu’il s’agit plutôt encore d’un peu d’emballement médiatique.
 
L.N. : Qu’attend Paris de Bucarest sur ce sujet, suite aux entretiens que vous avez eus à Paris.

H.P. : Deux choses et d’ailleurs sur ce point de vue, il y a eu beaucoup d’avancée. La première signifie une meilleure coopération policière et judiciaire. De ce point de vue, la visite du secrétaire d’Etat Fătuloiu au ministère français des Affaires intérieures s’est bien déroulée. Des policiers roumains supplémentaires vont être envoyés en France afin d’aider à la découverte des réseaux de trafiquants. Un magistrat de liaison roumain va peut-être venir, avec le même objectif.

Le second objectif plus important mais aussi plus difficile est celui de l’intégration. Monsieur Mocanu est venu avec quelques propositions, mais maintenant elles doivent être mises en pratique, notamment dans le domaine de l’éducation, des logements et surtout dans celui de l’absorption des fonds européens. Le premier ministre français nous a dit avoir parlé au téléphone avec le président de la Commission Européenne, Monsieur Barosso, pour organiser une réunion à Bruxelles, sur ce sujet, afin de mobiliser des fonds européens en faveur des Roms d’Europe.

L.N. : Ne craignez-vous pas d’autre part les critiques entendues à Bruxelles, sur le thème de cette politique de renvoi des Roms en Roumanie ?

H.P. : La France ne craint pas les critiques de Bruxelles, parce que nous sommes dans la plus parfaite légalité. Il serait curieux que Bruxelles nous fasse des reproches, étant donné que ce que nous faisons aujourd’hui, nous l’avons aussi fait au cours des dernières années. Les rapatriements de Roms ne sont pas nouveaux, donc il n’y a aucune raison que nous soyons critiqués.

Ce que nous souhaitons en revanche est une plus grande attention de la Commission Européenne, pour soutenir les efforts de la Roumanie, afin d’intégrer les Roms. Aujourd’hui, seule une petite partie des fonds européens est consacrée à ce problème. Il faudrait peut-être mobiliser des crédits d’assistance technique ou des fonds structurels. Il faut aussi que les collectivités locales de Roumanie réalisent des projets avec les fonds structurels pour les Roms. Je pense ici à la construction de logements ou à la mise aux normes d’hygiène des espaces – ce sont des projets qui peuvent faire l’objet de fonds structurels.

L.N. : Une dernière question : l’adhésion de la Roumanie à l’espace Schengen soulève-t-elle un point d’interrogation, telle que le laissait entendre le secrétaire d’Etat Pierre Lellouche ?

H.P. : Ecoutez. Au cours de ces entretiens, nous n’avons absolument pas parlé de cela. Cette question n’a absolument pas été évoquée, ni dans le discours du premier ministre ni dans celui du président français. L’adhésion est prévue en mars 2011, et jusqu’à cette date, les deux pays travailleront ensemble. La France, de manière officielle, ne fait pas de lien entre l’adhésion à Schengen et la question des Roms. Ce n’est pas un sujet d’actualité. Aujourd’hui, la France et la Roumanie travaillent en commun pour améliorer la situation.


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