L'Ambassadeur de France répond au quotidien GÂNDUL
« Je souhaite préciser la position française sur la Lybie, largement caricaturée dans vos colonnes par Bogdan Munteanu.
Cette position est d'abord inspirée par le sort des populations civiles, dont votre journaliste ne dit pas un mot, si ce n'est qu'il qualifie le Conseil national de transition de "groupement de rebelles". Or les positions de la France ont toujours été les mêmes : pays des Droits de l'Homme, nous ne tolérons pas les attaques systématiques et généralisées perpétrées par le régime du colonel Kadhafi contre les populations civiles. Aussi bien la Ligue arabe que le Conseil européen ont condamné ces actions et estimé que le colonel Kadhafi devait partir.
Le Conseil européen a précisé de manière unanime qu'en aucun cas, le colonel Kadhafi n'était un interlocuteur pour l'Europe, et a décidé de saluer et d'encourager les efforts du Conseil national de transition, qu'il considère au contraire comme un interlocuteur politique.
La France, il est vrai, de concert avec la Grande-Bretagne, examine toutes les options collectives, y compris militaires, puisque le colonel Kadhafi s'est lancé dans une campagne militaire de reconquête de son pouvoir, pour l'empêcher de continuer sa guerre.
Des discussions ont lieu en ce moment même, à l'ONU, pour donner une base juridique à ces interventions. Nous sommes bien entendu d'accord pour estimer cette base juridique nécessaire. Nous pouvons compter sur le soutien des Etats Unis et des Etats de la Ligue arabe pour nous venir en aide dans cette négociation, qui s'annonce difficile.
Deux points m'ont particulièrement choqué dans le point de vue de votre journaliste : d'abord la critique de la reconnaissance du Conseil de transition par la France, comme s’il ne fallait pas aider par tous les moyens la naissance d’une transition démocratique ; d'autre part, et c'est encore plus grave, le manque de vision.
En effet, lorsque votre journaliste estime "qu'il faut éviter d' internationaliser la crise de Lybie", comment peut il ignorer à ce point les appels lancés par la Ligue arabe et les Etats de la région ? L'Europe est le grand voisin de la Lybie, et la Méditerranée est notre frontière commune. Il serait temps de s'en souvenir.”
Henri PAUL
Ambassadeur de France en Roumanie
