Interview accordée par l'Ambassadeur de France en Roumanie au quotidien Nine O'Clock (9 mai 2003)

Au sein de l'Europe, certaines nations ont des relations privilégiées, reposant sur des liens anciens et profonds. C'est le cas de la Roumanie et de la France.

Leur coopération traditionnelle est appelée à encore se renforcer dans l'Europe de demain, qui est leur perspective commune.

L'élargissement est, pour nous tous européens, une grande ambition et une chance immense. C'est l'occasion de " refaire la preuve de l'Europe ", comme l'a dit Michel BARNIER, Commissaire européen, de montrer aux jeunes générations que ce formidable projet, qui a garanti depuis 1945 la paix et la prospérité de la partie occidentale de notre continent, est toujours d'actualité au moment où les pays privés de liberté pendant 50 ans nous rejoignent. C'est l'occasion, aussi, pour l'Union européenne de refonder son projet, sa légitimité en recevant le sang neuf de nouveaux membres qui ont payé au prix fort l'accès à la démocratie.

Depuis 7 mois j'ai parcouru les régions de Roumanie, je rencontre la jeunesse de Roumanie. J'ai la conviction que ce pays a un potentiel extraordinaire, qu'il représente un atout pour la nouvelle Europe que nous construisons tous ensemble, qu'il peut être et qu'il doit être un important Etat membre de demain.

Mais poser la question de l'adhésion de la Roumanie à l'Union européenne, c'est poser deux autres question : quelle Roumanie ? quelle Union européenne ?

Nul autre que les Roumains eux-mêmes ne mènera les réformes indispensables. Ces réformes ne réussiront que si les Roumains sont convaincus que leur pays en a besoin pour ses enfants. Il ne s'agit pas de faire plaisir à quiconque, ou de céder à je ne sais quelles pressions extérieures. La réforme de l'Administration publique, celle de la Justice sont des conditions essentielles de la réussite de l'adhésion de la Roumanie, mais aussi de son développement harmonieux.

Quant à l'avenir de l'Europe : quel intérêt aurait la Roumanie à entrer dans une Union, certes élargie, mais réduite à un acquis très affaibli ? Les nouveaux adhérents ont, comme les anciens Etats-membres, besoin d'une Europe forte, qui, dans le respect du lien transatlantique, sache construire une véritable union de sécurité et de défense ; d'une Europe qui lutte avec efficacité contre tous les réseaux criminels, depuis la traite des êtres humains jusqu'au blanchiment d'argent sale en passant par le trafic de drogue.

C'est cette Europe que la France souhaite faire avancer avec la Roumanie et tous les Etats-membres de l'Union élargie

Lors des rencontres les plus récentes, celle de M. GEOANA et de M. DE VILLEPIN à Paris ou du Président Jacques CHIRAC avec le Président Ion ILIESCU et le Premier Ministre Adrian NASTASE à Athènes, le soutien de la France à la Roumanie sur la voie de l'intégration européenne a été à nouveau réaffirmé. Ce soutien continuera à s'exprimer au plan politique comme dans de multiples domaines de l'assistance technique ; les grandes réformes de l'Etat, l'émergence indispensable de la société civile, la protection de l'enfance et la définition de nouvelles solidarités sociales, la modernisation de l'économie roumaine à laquelle de nombreux entreprises françaises contribuent déjà et qui exige un cadre réglementaire fiable et stable afin de pouvoir attirer de nouveaux investissements étrangers, la lutte contre les réseaux criminels qui abusent de la liberté de circulation.

La France est fière d'être aux côtés de la Roumanie et fera tout ce qui est en son pouvoir pour l'aider dans les efforts importants qu'elle va certainement continuer à déployer afin de conclure le plus vite possible les négociations d'adhésion, et afin de réussir en 2007 son adhésion à l'Union européenne.