11 novembre 2008

Mesdames et Messieurs,

Voici 90 ans que la grande guerre s’est terminée et que le son du canon et de la mitraille s’est tu sur l’un des conflits les plus meurtriers que l’Europe ait connu.

Le gouvernement français, à la demande du chef de l’Etat, Nicolas Sarkozy, a décidé de célébrer cet anniversaire de manière exceptionnelle. En ce moment même, au Fort de Douaumont, au cœur de la Lorraine qui fut elle-même au cœur des plus durs combats, le Président de la République préside une grande cérémonie du souvenir, à laquelle il a convié des représentants de tous les pays qui composent l’Union européenne d’aujourd’hui. Nicolas Sarkozy nous a demandé de faire de cette journée une journée de la mémoire, et c’est la raison pour laquelle, de manière exceptionnelle aussi, j’ai souhaité que notre cérémonie du 11 novembre ait lieu ici, au Parc Cismigiu, et non, comme d’habitude, au cimetière Belu, où se trouvent nos tombes.

Ici, au milieu de Bucarest, devant ce monument, parce qu’il fut sculpté dans l’amitié franco-roumaine, par un sculpteur roumain qui avait fait ses études à Paris, Ion Jalea, Chevalier de la Légion d’Honneur, et parce qu’il fut inauguré, en présence du Maréchal Foch, du Général Weygand et du Général Berthelot. Dans le cimetière de Dieuze, en Lorraine, reposent de nombreux soldats roumains morts dans les camps allemands, environ 2300, dont le cousin de Ion Jalea, Gheorghe Berbec.

Tzvetan Todorov a écrit une phrase que je trouve très belle : «  La vie a perdu contre la mort, mais la mémoire gagne dans son combat contre le néant ».

J’ai donc voulu très concrètement ressusciter le souvenir de la guerre et de la fin de la guerre, grâce aux images que nous avons conservées, en organisant au cinéma de l’Institut français une série de projections, et en vous conviant ici. Je remercie tous ceux qui ont bien voulu être là parmi nous, diplomates, officiers des forces armées roumaines, françaises et étrangères, ainsi que le ministre de la Défense, S.E. Teodor Melescanu, qui a autorisé la participation de la fanfare du 30ème Régiment de la Garde à cette journée de la Mémoire.

Alors, qu’est-ce que ce travail de la mémoire ? En pensant à Ion Jalea, à ce grand sculpteur qui a perdu un bras aux combats et à son cousin Gheorghe Berbec qui y a perdu la vie, en pensant à ces milliers de familles qui ont perdu un fils, un père, un cousin ou un ami, au moment où, si près de nous, en Géorgie, cette année-même, il y a  quatre mois à peine, a commencé un nouveau conflit, ne devons-nous pas ensemble nous remémorer toutes ces souffrances et tendre nos énergies vers la paix, et tout faire pour, comme le dit Henri Barbusse, « tuer la guerre dans le ventre de tous les pays » ?

Pour la Roumanie comme pour la France, l’exigence de paix et de sécurité est toujours aussi forte aujourd’hui. Elle passe par notre commune appartenance à l’Organisation du Traité d’Atlantique Nord et à l’Union européenne, et par la construction d’une politique européenne de sécurité et de défense, que la Présidence française de l’Union européenne a placée parmi ses premières priorités. La Roumanie comme la France ont payé un lourd tribut aux deux guerres mondiales, elles travaillent ensemble à cette œuvre de sécurité, au sein de l’Otan et de l’Union européenne.

Mesdames et Messieurs,

Je dédie cette cérémonie à la mémoire de deux soldats roumains, Ion Jalea et Gheorghe Berbec, pour que nous n’oublions pas leur travail et leurs sacrifices.