Après le Sommet informel du 1er mars, l'Europe doit résister à la crise (Ziarul Financiar, 4 mars 2009)

Combien de temps durera la crise ? De quelle ampleur sera-t-elle en Roumanie ? Peu de certitudes nous environnent. Les mauvais chiffres s’accumulent et le moral se dégrade, mais personne ne sait réellement de  quoi demain sera fait.

Ce qui est sûr, c’est que la crise actuelle touche toute l’économie du Monde, à des degrés divers. Les Etats Unis sont particulièrement atteints, et la nouvelle administration américaine a fort à faire pour redresser son industrie, juguler le chômage, gérer les conséquences de l’éclatement de la bulle immobilière et financière, et particulièrement de ses conséquences sociales. En Europe, s’amorce une réponse coordonnée à la crise, non sans difficultés. Pendant la présidence française du Conseil de l’Union l’année dernière, des initiatives  ont été prises qui devraient déboucher sous la présidence tchèque : meilleure régulation financière, renforcement des institutions de surveillance, rôle accru du FMI et de la Banque mondiale, soutien au secteur bancaire notamment. Les pays européens attendent de la Commission de Bruxelles des propositions et des actions de soutien aux secteurs les plus touchés, l’industrie automobile notamment.
 
Mais le caractère inachevé de la construction européenne apparaît clairement : la zone euro résiste mieux que le reste des pays européens qui n’y sont pas entrés, et dont les monnaies souffrent. Et, même dans cette zone, continuent à persister des divergences entre politiques budgétaires (nationales et encore insuffisamment coordonnées) et politique monétaire (unifiée par la Banque centrale). Certaines solutions paraissent cependant devoir être écartées, comme le retour au protectionnisme ou la politique de « cavalier seul », qui ne sont plus concevables dans des économies aujourd’hui très largement ouvertes (« l’Europe sans barrières » de la Présidence tchèque) et interdépendantes.
En dépit des différences d’approche légitimes, le sommet informel du 1er mars a montré une véritable prise de conscience collective, et certains traits communs des plans anti-crise finissent par prévaloir :
Une prise de  conscience de la nécessité d’un développement durable, dans la lignée des recommandations du plan énergie-climat. A cet égard, les annonces du Président OBAMA sont apparues très positives.
Un suivi très fin de la situation du secteur bancaire, dont les difficultés sont loin d’être terminées, en particulier pour les banques très engagées dans des économies émergentes.
Un soutien aux secteurs industriels les plus touchés, comme l’automobile.
Un volet d’accompagnement social, et pour certains Etats très touchés, un soutien de la consommation.

Mais l’ensemble de ces mesures est financé par l’endettement, et le creusement des déficits ne laisse pas d’être très inquiétant, à une époque où la confiance n’est pas encore revenue, et où l’argent se fait plus rare.
Dans ce contexte, les projets d’investissement publics et privés qui sortiront des cartons seront donc plus rigoureusement sélectionnés et peut être mieux financés. L’argent ira là où son investissement sera le plus sûr et le plus profitable à moyen et long terme. En Europe, face à la raréfaction de l’argent privé, l’effet de redistribution et d’entraînement que joue le budget européen est essentiel, en complément des politiques nationales. Il en va de même pour les financements extérieurs que sont les interventions de la BERD, de la BEI, de la Banque mondiale, ou le soutien du FMI. Il n’est plus temps d’avoir par rapport à eux des préoccupations d’ordre politique ou idéologique, mais de coordonner leurs soutiens à des économies fragilisées par la crise, comme celles des pays de l’Est. A cet égard, la France soutient le retour de la BERD au soutien des banques de l’est de l’Europe.

L’urgence est aussi à la restauration de la crédibilité des politiques  publiques, ébranlées par les déficits et par l’ampleur de la crise. La simplification des structures administratives, l’allègement des procédures bureaucratiques, tels qu’annoncés par le nouveau Gouvernement roumain, sont des mesures efficaces.
 Dans ce contexte, la France reste aux côtés de la Roumanie, conformément au partenariat stratégique conclu entre les deux pays en février 2008, et apprécie son soutien, réaffirmé lors du sommet du 1er mars. Une délégation d’investisseurs français accompagnera les 5 et 6 avril prochains Madame Anne-Marie IDRAC,  Secrétaire d’Etat au Commerce extérieur, en visite de travail en Roumanie. Premier Ministre du Gouvernement français en visite à Bucarest depuis la formation du nouveau Gouvernement roumain, elle vient clôre un séminaire organisé par la Chambre de Commerce franco-roumaine sur le thème : « France-Roumanie : ensemble contre la crise ». C’est un bon signal donné aux milieux économiques de nos deux pays : la période actuelle, comme toutes les périodes difficiles, est propice aux rapprochements et aux réformes.