Colloque franco-roumain sur "Les Infrastructures de transport, les financements innovants et le developpement durable" (2 juillet 2009)
Monsieur le Ministre,
Messieurs les Présidents de conseils Départementaux,
Messieurs les Maires,
Mesdames, Messieurs,
Permettez-moi de vous accueillir ici chaleureusement, ainsi que de saluer la présence de nombreux experts, parmi lesquels, Mme Messori, représentante de la Banque Européenne d’investissement à Bucarest et de M. Gheivelis, responsable du bureau « Roumanie » des réseaux européens de transport au sein des services bruxellois de la Commission.
Leur intervention dans le cadre de ce colloque témoigne de toute l’attention que l’Union européenne porte, et doit porter, au développement des infrastructures de transport en Roumanie.
Il me revient aussi d’excuser l’absence de Dominique BUSSEREAU, Secrétaire d’Etat aux Transports, qui a du renoncer à sa participation à nos travaux en raison d’un débat qui l’appelle à l’Assemblée nationale en ce moment même. Il le regrette d’autant plus qu’il a déjà eu l’occasion de vous rencontrer, Monsieur le Ministre, et de nouer des liens étroits avec la Roumanie.
introduction : développement des infrastructures de transport et lutte contre la crise
Nous savons tous, et vous l’avez affirmé le premier, Monsieur le Ministre, que le développement des infrastructures de transport constitue un enjeu crucial pour la Roumanie, tant à moyen terme afin d’assurer la compétitivité du pays et maintenir son attractivité vis-à-vis des investisseurs étrangers, qu’à court terme -sur 2009 et 2010- afin de lutter contre la crise et la récession. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle le partenariat stratégique entre nos deux pays prévoit une coopération approfondie sur ce sujet, dont notre séminaire d’aujourd’hui est une des applications.
Permettez moi d’insister un instant sur les enjeux considérables liés à l’effet positif du secteur des travaux publics dans la lutte contre la crise.
A titre d’illustration, dans le cadre de son plan de relance national, la France a décidé d’accélérer la réalisation de grands projets d’infrastructures de transports, sachant que le secteur « transports-logistique » est l’un des tout premiers employeurs avec 720 000 personnes, loin devant les plus grands secteurs industriels.
En accélérant le lancement des grands travaux publics, l’Etat français se fixe notamment, pour soulager la trésorerie des entreprises de construction, de faire passer l’avance aux sociétés dès 2009, à 20% de la valeur du contrat, au lieu de 5% précédemment. D’autres mesures seront exposées au cours du séminaire. Il nous suffit de retenir que dans notre plan de relance, qui est de 26 Milliards d’euros, plus de la moitié va sur des investissements financés par l’Etat et sur des mesures de soutien à la trésorerie des entreprises. C’est donc un facteur clé. En effet, la crise rend l’accès au crédit plus difficile et pénalise les outils de travail.
1. contraintes financieres et ppp
Je crois qu’elle va conduire aussi les financeurs à être plus sélectifs et à ne retenir que les projets d’infrastructures fondés sur des études économiques solides et correspondant à de vrais besoins économiques. C’est bien le cas des projets majeurs dont j’ai connaissance en Roumanie.
Dans ce contexte, le Partenariat Public Privé demeure une solution intéressante pour les projets répondant à de réelles nécessités de trafic. Face aux hésitations de certains, des exemples récents montrent que le PPP peut être une bonne solution pourvu que les projets financés ainsi puissent être rentables : ainsi le célèbre viaduc de Millau s’est construit en 3 ans et sans argent public grâce au PPP.
Les PPP représentent à ce jour en Europe plus de 200 milliards d’euros d’investissement. 100 milliards d’euros devraient, selon la Banque Européenne d’Investissement, être investis au travers de PPP dans les 5 prochaines années. Signalons que 80% des financements sur PPP de la BEI portent sur le secteur des transports.
La présence parmi nous de la Banque Européenne d’investissement, qui propose des instruments de garantie, témoigne de la solidarité financière de l’Union européenne. Cette solidarité s’est exprimée grâce au paquet négocié avec l’UE et le FMI, qui vient en aide à la Roumanie, et dont une première tranche a déjà été tirée. Elle s’exprime aussi à travers les 4 milliards d’euros de financements directs sur fonds de cohésion et sur fonds structurels alloués à la Roumanie sur la période 2007-2013 pour les infrastructures de transport. Un exposé d’un expert du Ministère roumain des transports et des infrastructures sera consacré à ce sujet prioritaire.
2. necessaire prise en compte du développement durable
Comme vous le savez, le secteur des transports est à lui seul responsable d’une part croissante des émissions de CO2 produites par les énergies combustibles. La Présidence suédoise de l’UE a mis ce dossier au cœur de ses priorités stratégiques, à la suite de la présidence française qui avait obtenu un accord sur le paquet énergie-climat en décembre dernier.
La crise économique est l’occasion de mieux maîtriser cette source de coûts et de renforcer nos politiques de lutte contre le réchauffement de la planète. Je note que la nouvelle administration américaine est, elle aussi, très soucieuse de mettre l’accent sur l’environnement.
Du côté du secteur privé :
- Plus sélectifs, les bailleurs de fonds portent une plus grande attention à l’impact environnemental des projets, sachant que la pertinence de leurs prêts doit être jugée sur une durée de 20 à 25 ans et répondre aux exigences du développement durable.
- La prise en compte des objectifs de développement durable constitue aussi un aiguillon utile à la recherche de solutions innovantes et au développement industriel du secteur. L’exposé du représentant du 1er pôle de compétitivité français de l’industrie ferroviaire - I-Trans, basé dans le Nord de la France- illustrera cet intérêt scientifique et industriel. Désormais, le gain d’efficacité énergétique constitue un argument technologique et concurrentiel décisif pour les entreprises.
Du côté du secteur public, la prise en compte du développement durable concerne tous les niveaux de décision, qu’il s’agisse :
de l’Union européenne avec la construction d’un réseau de transport européen intégré et interconnecté, dont le responsable « Roumanie » de ce réseau au sein des services de la Commission, M. Gheivelis, nous présentera un état des lieux ;
des Etats responsables de schémas nationaux établis en cohérence avec le réseau européen, et des échelons régionaux déconcentrés, par exemple en ce qui concerne le transport des passagers, question souvent cruciale pour les industriels en régions ;
des collectivités locales responsables de plans de transport urbain qui doivent tenir compte de l’extension du périmètre des villes et des demandes des investisseurs.
3. crise économique et optimisation de l’organisation des transports
Loin d’être uniquement une contrainte, la prise en compte du développement durable peut constituer une source de revenus supplémentaires.
Economie et écologie se rejoignent, par exemple, dans la gestion des flux de marchandises : toutes deux poussent à faire des économies de CO2, d’énergies, de kilomètres, etc. Les chaînes logistiques sont repensées, avec une « chasse au gaspillage » des stocks trop importants, des transports et des mouvements inutiles, des temps d’attente trop longs.
Dans ce cadre, les « nœuds de transports » -ports, aéroports- et les connexions intermodales revêtent une importance stratégique. Un expert du Ministère roumain des transports et des infrastructures, M. Dumitrescu, nous présentera les enjeux et les atouts du transport multimodal en Roumanie, marché où investissent actuellement d’importants opérateurs intégrés privés
Enfin, permettez-moi de rappeler que l’une des meilleures réponses organisationnelles à la crise réside dans la formation des hommes et dans leur adaptation continue aux nouveaux défis.
A cet égard, le lancement d’un master conjoint « Logistique : Management et économie des réseaux » entre l’Académie d’Etudes Economiques de Bucarest et L’Université Paris-Dauphine –destiné aux professionnels en formation continue- constitue une initiative que je tiens à saluer, et qui devrait intéresser nombre d’opérateurs économiques ici présents.
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L’objectif des experts présents est de faire part, en toute objectivité, d’expériences, positives comme négatives, sur ces sujets, et d’en dégager des conclusions concrètes.
En dépit du contexte économique et financier difficile qui affecte le secteur, vingt cinq entreprises françaises, dotées d’expériences reconnues en Europe dans leur domaine, soutiennent ce colloque et feront part cet après midi de leur témoignage, au cours de trois ateliers sectoriels consacrés aux thèmes suivants :
« Gestion et sécurité des flux », animé par M. Roseanu, associé de l’excellent « Club feroviar »,
« Modes de transport et équipements économes en CO2 », animé par M. Doinea Président Exécutif de l’Union des régies de Transport Urbain de Roumanie, elle-même membre de la fédération européenne du secteur,
- « Modes de gestion et de financements innovants des infrastructures », animé par M. Gacon, expert de la Mission d’appui au Partenariat Public Privé du Ministère français des finances, de l’industrie et de l’emploi, cette Mission étant elle-même membre du réseau d’expertise mis en place sur le sujet par la BEI.
Au cours de ce colloque, les représentants des collectivités locales, des entreprises -publiques et privées- des administrations, des universités et des medias, sont invités à dialoguer avec les experts, et à leur poser toutes questions voulues.
Je suis sûr que vos débats vous seront utiles et vous permettront de faire avancer vos projets et je vous remercie de votre attention.
