Colloque "La Laïcité entre le politique et le religieux" (5 octobre 2010)
Monsieur le Ministre, Mesdames et Messieurs les représentants du Corps diplomatique, Mesdames et Messieurs, Chers Amis, Je suis très heureux d’ouvrir notre colloque ce matin, en cette période de rentrée universitaire : il symbolise en effet le travail que l’Ambassade de France en Roumanie et son partenaire, le New Europe College, conduisent ensemble pour promouvoir le débat d’idées européen en sciences humaines et sociales.
Parmi ses nombreuses tâches, et pour nourrir "intellectuellement" la relation franco-roumaine, l’Ambassade de France, et c'est sa mission selon moi, s'attache en effet à apporter sa pierre au débat d'idées. Et il me semble que le sujet d'aujourd'hui, s'il n'est pas aisé à traiter, car il touche à notre rapport à la société, à l'état de droit, à notre vie intime, et à notre vie en société, est un sujet actuel et bien vivace en Roumanie, comme il l'est toujours en France, même s'il est moins passionné qu'autrefois. Il ne pouvait y avoir qu'un lieu pour tenir ce colloque, au meilleur niveau, le New Europe College. Je remercie donc Andrei Plesu et Anca Oroveanu d’avoir accepté de porter avec moi ce sujet de la laïcité, car il me tenait à cœur, depuis mon arrivée en Roumanie, que s’ouvrent sur ce thème des perspectives communes de réflexion. Tout d’abord, bien sûr, parce que les questions touchant à la religion, et aux rapports entre la politique et la religion, ont toujours débordé le seul cadre national. L’adhésion prochaine de l’Union européenne à la Convention européenne des droits de l’Homme pourrait d’ailleurs amener les institutions européennes à devoir traiter directement de questions de société à forte connotation religieuse et suscitant des contentieux : le voile islamique, la construction de mosquées, l'apposition de crucifix dans des lieux publics , par exemple.
Ensuite parce qu’en Roumanie, on ne peut qu’être marqué par la présence très visible de la religion dans l’espace public, et même à certains moments dans la vie politique, présence qui n’a pas été sans débats et qui ne le restera probablement pas non plus, comme cela l'est en France. L’existence d’une religion fortement majoritaire et si étroitement liée à la construction-même du pays ne va pas non plus sans provoquer des heurts, comme le montrent avec acuité les différends patrimoniaux entre Eglise orthodoxe et l'Eglise gréco-catholique, sur lesquels mon attention, comme celle de plusieurs ambassadeurs, a été appelée.
Enfin, parce que regarder les sociétés roumaine et française sous l’angle de ce que nous appelons en France " la laïcité" me semblait de nature à ouvrir des pistes intéressantes, sur le plan intellectuel et juridique. La notion-même de laïcité n’existe pas dans l’ordre juridique roumain, mais la pratique cultuelle fait pour autant l’objet de régulations, juridiques, administratives et sociales.
Or, si la laïcité est au cœur de l’identité républicaine de la France et si elle imprègne nos traditions et nos consciences individuelles, c’est parce qu’elle est aussi à la source d’un droit positif sur toutes les questions très concrètes qui protègent au quotidien la liberté de croire ou de ne pas croire et d’exprimer et pratiquer paisiblement sa foi. De même, si la laïcité est associée à la cohésion même de la société française, à l’aptitude à vivre ensemble des Français, c’est parce qu’en garantissant la neutralité de l’espace public, elle permet la coexistence harmonieuse des différentes religions ainsi que des croyants et des non croyants.
Plus généralement, la place et l'influence des religions dans le Monde est finalement un débat extrêmement actuel qu'il est à mon sens possible et même nécessaire d'aborder aujourd'hui, dans le respect des consciences et des croyances de chacun. Je remercie donc vivement les philosophes, historiens, théologiens, juristes et diplomates qui s’attacheront tout au long des travaux de cette journée à apporter leurs analyses et leurs regards croisés sur des questions que soulèvent en France et en Roumanie la protection de la liberté de culte ainsi que les rapports entre religions et pouvoir, et religions et Etat. Je souhaite plein succès à nos travaux.
