Remise du prix des Droits de l’Homme de l’Ambassade de France en Roumanie à Mme Mariana Petersel,Présidente de l’association Generatie Tânara (9 iunie 2011)
Discours à l’occasion de la remise du prix des Droits de l’Homme de l’Ambassade de France en Roumanie à Madame Mariana Petersel,Présidente de l’association Generaţie Tânără (9 juin 2011)
Mesdames et messieurs les Parlementaires,
Mesdames et messieurs les ambassadeurs et représentants d’organisations internationales,
Mesdames et Messieurs les responsables d’association,
Mesdames, messieurs,
Chers amis,
Je suis heureux de réunir à la Résidence de France aujourd’hui, des représentants du Monde diplomatique et de tous les horizons professionnels, en même temps que ceux de la Presse, autour d’un sujet qui nous rassemble.
Il y a trois ans, j’ai voulu créer le prix des droits de l’homme de l’ambassade, à l’occasion du 60ème anniversaire de la déclaration universelle des droits de l’homme, et nous donner l'occasion de saluer au nom de la Patrie des Droits de l'Homme les actions qui renforcent l’exercice de ces droits en Roumanie. Il a pu voir le jour grâce au soutien de Cristian Radulescu et de Cristian Dumitrescu, en leur qualité de présidents des groupes d’amitiés Roumanie-France du Sénat et de la Chambre des députés, des professeurs Zoé Pétré et Cristian Parvulescu et de Luca Niculescu, rédacteur en chef de RFI Roumanie, tous ayant accepté de constituer avec moi-même le jury de ce prix.
Nous en sommes maintenant à la troisième édition, et c'est l'occasion de rendre hommage à l’action de Madame Mariana Petersel et de l’association qu’elle dirige avec énergie et courage, Generatie Tanara.
Nous avons en effet souhaité mettre en lumière le travail que Generatie Tanara fait, sous l'impulsion de Madame Petersel, en matière de prévention de la traite des êtres humains, et d’aide à ses victimes, car le trafic des êtres humains représente tout à la fois une négation de la liberté, de la dignité et de l’intégrité des êtres humains. Loin d'être aboli ou d'être le propre de sociétés primitives, il est présent parmi nous, et, parfois, nous ne nous en rendons pas compte.
Selon l’organisation internationale du travail, au moins 12 millions de personnes seraient soumises au travail forcé parmi lesquelles au moins 2,4 millions de personnes seraient victimes de la traite. Les femmes et les filles représentent l’immense majorité (98%) des victimes de trafics aux fins d’exploitation sexuelle, alors que les hommes sont plus représentés dans l’exploitation économique.
Le phénomène est en augmentation à l’échelle mondiale et il touche tous les pays. Les gains se comptent pour les trafiquants en dizaines de milliards d’euros alors que les risques peuvent rester assez mesurés, lorsque font défaut la volonté de réprimer, les législations et les dispositifs judiciaires spécifiques et suffisamment efficaces.
Cette situation a conduit à l’adoption de nouvelles normes internationales, et de nouveaux programmes, pour lesquels la France s’est fortement engagée, tout comme, j’aurai l’occasion d’y revenir, elle s’engage localement ici en Roumanie.
Des instruments à vocation universelle ont été mis en place dans le cadre des Nations Unies, associant l’Organisation internationale du travail, l’Office contre la drogue et le crime, l’Organisation internationale des migrations, l’UNICEF bien entendu, ainsi que le HCR. Je remercie le représentant du HCR d’être présent aujourd’hui, il connaît bien le travail de Generatie Tanara puisque l’assistance aux demandeurs d’asile et aux réfugiés est un autre volet de l’action de l’association pour venir en aide aux personnes en danger, et que Le centre de Timisoara travaille très bien avec elle. J'ai eu l'occasion de m'en rendre compte en le visitant.
Le cadre juridique européen a également été renforcé, avec la convention du Conseil de l’Europe de 2005 ou, s’agissant de l’Union européenne, avec l'adoption toute récente, au début du mois d’avril, d’une nouvelle directive sur la prévention et la lutte contre le trafic des êtres humains.
Les chiffres effrayants que j’ai cités plus haut, et qui ne sont pas suffisamment connus, recouvrent des vies brisées : femmes, enfants et hommes transformés en véritables esclaves. Conditions de vie très dures, misère, violences, contrainte pour mendier, voler, se prostituer ou travailler dans des conditions inadmissibles.
Le combat contre la traite est de la responsabilité de tous : de la justice, de la police, des services d’action sociale, des services médicaux et, donc, des partenaires associatifs des pouvoirs publics.
Il s’agit en effet tout d’abord de lutter contre une activité criminelle, par l’action de la police et de la justice. Il s’agit aussi de coopération internationale pour un phénomène qui, par définition, n'a pas de frontières, et dépasse les frontières. Il s’agit ensuite de prévention en amont auprès des personnes les plus fragiles, et il s’agit enfin d’aide aux victimes qui doivent être écoutées et accueillies, protégées pour éviter les représailles, soutenues pour retrouver le chemin d’une vie normale.
Il faut du courage pour fuir un réseau de prostitution ou s’échapper de l’emprise d’une bande criminelle. Il faut aussi une grande force pour trouver les moyens d’aider : c’est pour cela que le prix des droits de l’homme de l’ambassade veut apporter sa pierre à l’édifice bâti par Mme Petersel.
Dans le domaine judiciaire, la coopération franco-roumaine est particulièrement dense et il m'est agréable de la saluer aussi. 3 enquêtes concernant des cas de trafics d’êtres humains ont été réalisées cette année en Roumanie à la demande de magistrats français et les demandes simples d’informations sont, quant à elles, très nombreuses, bénéficiant d’échanges remarquablement fluides entre services français et roumains. La coopération en matière de police va être encore renforcée, dans la suite de la visite à Bucarest au mois d’avril dernier du ministre de l’intérieur Monsieur Claude Guéant, par des missions sur le territoire roumain de 5 nouveaux officiers de liaison français, alors que 14 policiers roumains sont déjà détachés sur le territoire français. Nous allons très vite réactiver notre coopération sur la prise en charge des mineurs isolés.
Notre dispositif s’appuie ensuite sur deux piliers que sont les deux conseillers régionaux. L'un est basé à Vienne, le conseiller technique pour l’Europe du sud-est pour la lutte contre le trafic des êtres humains, qui aide à la constitution d’un réseau d’ONG de prise en charge des victimes. Le second est basé à Bucarest, et compétent également pour la Bulgarie, en la personne de Marie-Colette Lalire, attachée de coopération pour les droits de l’enfant, dont l’action se concentre donc sur des actions de prévention en direction des plus jeunes. Je saisis là encore cette occasion pour les remercier et saluer leur travail.
Les programmes développés par les ONG ont en effet terriblement besoin d’appuis et de financements. C'est le cas de Generatie Tanara. Et c'est une partie importante de la vie de Mariana Petersel qui se passe à chercher de nouveaux financements.
Dans le cas de Generatie Tanara, j’aimerais apporter un témoignage direct puisque j’ai eu la chance de me rendre, chère Madame Petersel, sur votre site à Timisoara : grâce à votre expérience, votre savoir-faire et votre expertise, vous avez pu créer un réseau de partenariats au sein des institutions roumaines et internationales ainsi que dans les communautés locales, qui vous permet d’aider de bout en bout les personnes qui vous sont confiées. Certains de mes collaborateurs ici présents, policiers notamment, ont eu à partager avec vous le témoignage et une partie du parcours de certaines d’entre-elles.
Le savoir-faire de Generatie Tanara en matière d’insertion sociale et d’aide aux familles vous a amenée, par ailleurs à travailler avec les services français pour l’accueil de migrants rentrant de France.
Madame Petersel, en vous décernant ce prix, nous espérons mettre en avant l’enjeu fondamental de justice auquel vous dédiez votre action. Nous espérons aussi pouvoir vous aider en vous citant en exemple, et c’est donc avec beaucoup de reconnaissance que je vous remets aujourd'hui le prix 2011 des droits de l’Homme de l’ambassade de France en Roumanie.
