Discours de clôture - Journées franco-roumaines de l'audiovisuel (19 octobre 2010)

Monsieur le Secrétaire d'Etat,
Mesdames et Messieurs, Chers Amis,

En clôture de cette troisième édition de ces rencontres de Bucarest, je voudrais remercier tous les participants roumains et français de leur présence, et adresser aussi nos communes félicitations aux équipes de l'Institut français pour leur disponibilité et leur efficacité.
Je vous avais dit en introduction que je souhaitais, non pas imiter ou égaler les rendez-vous de la profession, mais tout au moins m'en inspirer. Grâce à Thierry Frémaux et Cristian Mungiu, j'ose dire que nous faisons encore mieux, car nous avons eu, en plus des discussions techniques, la présence de grands réalisateurs roumains et français, mais aussi de grands films.
Car je voudrais revenir à ce qui nous amène tous ici. Ce n'est pas un rendez vous diplomatique mais un rendez vous professionnel, et d'une profession créative qui a le privilège de toucher, d'émouvoir et de convaincre le plus grand nombre, la profession de l'audiovisuel et du cinéma, une profession que l'on ne fait pas si l'on n'aime pas son métier et ceux pour qui on crée des oeuvres ou des programmes, le public.
Nous avons la chance, en France et en Roumanie, de compter de bons, de très bons professionnels. Je souhaite aider les professionnels roumains, qui font beaucoup pour la renommée et l'image de la Roumanie, je souhaite qu'ils puissent continuer à créer dans de bonnes conditions, car, comme l'a dit à plusieurs reprises notre hôte Thierry Frémaux, ce cinéma roumain est un excellent cinéma.
Alors quelles conclusions tirer de ces rencontres ?
La première , c'est, grande fierté pour nous, qu'elles se sont installées dans le paysage. Elles sont utiles et même nécessaires. La qualité des intervenants et des interventions l'a bien montré.
La seconde, et là j'aborde le fond des choses, c'est que sans l'intervention du régulateur, du législateur et de la commission européenne, le cinéma européen est en très grand danger.
Sur le plan européen, je constate un grand changement, et une conscience de plus en plus nette de la nécessité d'une intervention.
Grâce à la présidence belge, une déclaration a été adoptée par le dernier conseil informel des ministres de la culture les 7 et 8 octobre dernier, et adressée au président du conseil compétitivité et au président du conseil européen, visant à renforcer la place de la culture et de la créativité dans la mise en oeuvre de la stratégie Europe 2020.
A cette occasion, la France a placé son intervention autour de 4 axes :
- réaffirmation du principe de la juste rémunération de la création par les droits de propriété intellectuelle, garant de la diversité artistique et intellectuelle,
- nécessaire soutien aux projets innovants de diffusion légale des contenus culturels (le plan français de relance comporte 125 millions d'euros à cet effet),
- mise en place d'une fiscalité adaptée : nous pensons qu'il faut un même taux de TVA pour tous les supports de diffusion des biens et services culturels. Je rappelle qu'au Japon, comme aux USA dans la majorité des Etats, les contenus culturels en ligne bénéficient d'une TVA allégée,
- réaffirmation de la spécificité de l'ensemble du secteur culturel, et nécessité de sa prise en compte dans les règlementations européennes en matière de commerce, de concurrence, de marché intérieur ou de fiscalité. Pour nous, les biens culturels ne sont pas des biens comme les autres.
Nous souscrivons à l'idée qu'il faut développer une initiative européenne  en faveur des industries culturelles afin qu'elles bénéficient à plein du développement du numérique. L'innovation européenne passe par internet.
J'ai été heureux de constater que les professionnels roumains présents ont parfaitement intégré ces données et les soutiennent. J'appelle maintenant les pouvoirs publics roumains à soutenir énergiquement ces idées.

Pour ce qui est du cinéma, là encore les idées changent en Europe.
Les Etats membres sont désormais d'accord pour élargir le champ des aides. La prochaine communication de la commission sur le cinéma devra comprendre les aides régionales et les incitations fiscales, et permettre aux Etats de les accorder. La Commission a fait un pas en souscrivant à la nécessité d'aider aussi la distribution des oeuvres européennes, et en particulier les salles dans leur équipement numérique. C'est ce que fait la récente loi française, adoptée à l'unanimité.
La plupart des Etats ont désormais compris qu'il fallait soutenir et promouvoir leurs oeuvres en Europe et dans le monde pour compenser l'étroitesse de leurs sphères linguistiques ou pour parer à la concurrence des productions nord américaines. La numérisation des fonds est également visée par ces réflexions nouvelles. Je salue ces idées qui illustrent un véritable changement d'état d'esprit très prometteur. Nous pensons que toute oeuvre européenne doit être fortement soutenue et considérée comme culturelle.

Vos débats ont démontré d'importantes convergences de vues entre les professionnels roumains et français. Je souhaite, Monsieur le Ministre, que les pouvoirs publics s'inspirent de ces réflexions dans leur politique en faveur du cinéma que nous appelons tous de nos voeux, et que mérite la qualité du cinéma roumain.
J'espère que nous nous retrouverons l'an prochain pour une quatrième édition. Merci à tous.