Discours de clôture de l’Ambassadeur de France à l'occasion des Rencontres de CLUJ – Patrimoine alimentaire (9 octobre 2009)
Monsieur le président du conseil judetan,
Monsieur le maire,
Monsieur le préfet,
Monsieur le recteur de l’Université,
Mesdames et messieurs les directeurs,
Mesdames, messieurs,
C’est pour moi un grand plaisir de clôturer cette deuxième édition des rencontres de CLUJ sur le patrimoine alimentaire, rencontres que nous avions portées sur les fonds baptismaux en novembre 2008 dans le cadre de la présidence française de l’Union européenne.
Presque un an après, le thème du patrimoine alimentaire et de la valorisation des produits traditionnels reste, plus que jamais, d’actualité dans le contexte de crise que nous connaissons et qui n’a pas épargné le secteur agricole.
Vous avez certainement tous suivi l’effondrement des cours dans certaines filières – comme le lait, le porc ou les céréales – et les difficultés à exporter qu’ont rencontré un bon nombre d’opérateurs.
Dans ce contexte rendu difficile par la mondialisation, le retour au local, au terroir, à la tradition peut représenter une solution pour rapprocher les producteurs et les consommateurs, dont une partie est, de plus en plus, à la recherche d’une plus grande qualité et typicité des produits. Il n’est pas raisonnable de penser que ce retour au local et aux produits traditionnels est une solution universelle face aux défis posés à l’agriculture européenne mais il peut constituer une opportunité pour un certain nombre de produits, un certain nombre de territoires, et surtout un certain nombre de producteurs qui souhaitent continuer à en vivre. Les présentations et témoignages auxquels vous avez assisté pendant ces deux jours ont certainement abondamment illustré ces propos.
Je tiens donc tout particulièrement à remercier le recteur de l’Université des sciences agronomiques de Cluj pour avoir accueilli pour la deuxième fois ces rencontres dans ces prestigieux locaux, ainsi que l’équipe du centre culturel français de Cluj qui les a organisées.
Je remercie également les principaux partenaires privés (BRD Groupe Société générale – GROUPAMA) qui ont soutenu la réalisation de ces rencontres mais aussi les nombreuses institutions partenaires et participants venant de Roumanie, mais aussi de toute l’Europe : de France, d’Italie, de Wallonie ou de Hongrie, qui ont permis d’enrichir les débats qui se sont tenus.
Les dates retenues pour l’organisation de ces rencontres de CLUJ coïncident aussi avec le mois de l'origine et de la qualité du 1er au 31 octobre 2009, souhaité en France pour la deuxième année consécutive par le ministère de l’alimentation, de l’agriculture et de la pêche et l’Institut national de l’origine et de la qualité (INAO) pour redécouvrir les produits sous signe officiel d'origine et de qualité.
Cet événement a pour objectif de promouvoir les produits sous signe d’identification, de la qualité et de l’origine en créant un rendez-vous annuel avec les consommateurs au moment de leurs achats. Ainsi, l’origine et la qualité constituent des piliers importants de la politique de l’alimentation portée par le ministère, dont l’un des objectifs est de garantir au consommateur la diversité et la qualité de l’offre alimentaire.
La foire des produits traditionnels que nous allons inaugurer dans un instant témoigne de la diversité et du dynamisme de cette forme d’agriculture en Roumanie. Pains paysans et pains anciens d’Arad ou encore d’Oradea, produits laitiers de Mures, de Brasov, saucisses d’Alba ou de Salaj, miel de Cluj, légumes des Maramures, palinca de Bihor ou de Zalau, c’est toute la Roumanie qui s’invite à notre table. « Savoureuse Roumanie » titrait en 2001 Radu Anton Roman dans son non moins savoureux recueil de 358 recettes culinaires et de leur histoire. Cet ouvrage est un riche aperçu de la gastronomie et de la table roumaine, révélant la signification spirituelle de certains plats, de mets rituels chargés d’une tradition multimillénaire, ou décrivant les traditions paysannes des repas de cérémonie. Ce patrimoine riche et varié, auquel les producteurs et consommateurs roumains sont attachés, doit être préservé et la production de ces produits doit être encouragée et développée.
C’est dans cet objectif que la France et la Roumanie ont mis en œuvre de janvier à juin 2009 un jumelage institutionnel sur les produits de qualité qui a réuni le ministère roumain de l’agriculture et du développement rural et l’Institut National des Appellations d’Origine en France. Une quinzaine d’experts français ont ainsi animé une vingtaine d’ateliers auxquels ont participé de nombreux experts roumains du ministère de l’agriculture, de l’ONPTER (Office National des Produits Traditionnels et Ecologiques de Roumanie, qui a vu le jour en mai 2008), ou encore des organismes de certification.
L’objectif du jumelage était de renforcer le système de qualité alimentaire et de protection des produits de qualité (appellation d’origine protégée, indication géographique de provenance, spécialité traditionnelle garantie). Ce jumelage, dont le rapport final vient d’être remis, a permis de faire le point sur les procédures mises en place en Roumanie, mais aussi de constater les efforts encore nécessaires pour communiquer et faire connaître les outils mis en place au niveau des structures déconcentrées et des structures professionnelles. Il m’apparaît essentiel que les efforts soient poursuivis pour que les produits roumains de qualité soient non seulement protégés mais aussi valorisés.
Les signes de qualité distinguent les meilleurs des produits agricoles et agroalimentaires. Ils sont synonymes de goût, de savoir-faire, de terroir, de plaisir et de convivialité. Ils permettent de mobiliser des producteurs autour d’actions collectives d’amélioration de la qualité, de transformation des produits, de commercialisation ou de marketing en commun. Ils permettent de dynamiser des zones rurales en maintenant à la fois les hommes et les femmes qui les produisent, mais aussi les paysages dans lesquels les productions s’intègrent. Ils sont souvent à l’origine de développement touristique rural, comme par exemple les nombreux exemples réussis de « routes du vin ».
Les signes de qualité sont aussi emblématiques de l’agriculture ou plutôt des agricultures européennes que nous voulons défendre, pour lesquelles les enjeux riment avec diversité, qualité, respect de l’environnement, gestion raisonnée de l’espace rural.
Permettez-moi de quelques mots de conclure sur les échéances qui s’ouvrent à nous dans le cadre du futur de la politique agricole commune.
La France, première puissance agricole d’Europe, doit montrer le chemin. C’est ce qu’elle a fait récemment avec l’Allemagne en faisant des propositions concrètes à l’Union européenne pour sortir de la crise du lait, propositions qui sont en passe d’aboutir à l’occasion du prochain conseil agriculture.
Mais elle ne pourra pas construire ce chemin sans le construire avec ses alliés au sein de l’Europe. La Roumanie fait, bien entendu, partie de ses alliés.
Afin d’enclencher la réflexion sur l’avenir de l’agriculture française et plus généralement européenne, le ministre de l’alimentation, de l’agriculture et de la pêche Bruno LE MAIRE a lancé en France, il y a quelques semaines, le Grand Débat sur l’avenir de l’agriculture et de la pêche. Ce débat fixera de grandes orientations qui seront reprises dans une Loi de Modernisation de l’Agriculture. Il déterminera le cap sur les grands enjeux de demain que sont la sécurité et l’indépendance alimentaire, la préservation du foncier agricole et l’aménagement du territoire, le maintien du revenu des agriculteurs, la préservation de l’environnement.
Au niveau européen, la crise que nous traversons, notamment dans le domaine du lait, a démontré, s’il en était besoin, que nous avons besoin d’une nouvelle régulation des marchés agricoles. L’ancienne régulation ne marche plus. Ce n’est pas une raison pour aller vers la dérégulation à tout va. C’est le message qui a été porté en début de semaine à l’occasion du conseil informel qui s’est tenu à Bruxelles.
Il faut aussi une nouvelle ligne directrice à la PAC. Le ministre français de l’agriculture propose que l’alimentation des 500 millions d’Européens soit cette nouvelle ligne directrice et que par conséquent, on ne parle plus de PAC, mais de politique agricole et alimentaire européenne.
L’objectif est simple : nourrir correctement les 500 millions de citoyens européens dont 33 millions aujourd’hui ne mangent pas à leur faim.
C’est sur cette voie difficile et courageuse que la France entend continuer d’avancer avec ses partenaires européens. Les moyens pour y parvenir demanderont de l’audace, de l’imagination, la capacité de remettre en cause les certitudes établies. C’est précisément ce qui fera la valeur du travail à 27 Etats-Membres. Il n’y a pas d’autre voie que celle d’une refondation collective d’une nouvelle PAAC.
Les produits traditionnels ont donc toute leur place au sein de cette future politique agricole et alimentaire européenne. Je ne doute pas que les travaux de ces rencontres de CLUJ vont contribuer à alimenter nos réflexions dans cette perspective.
En attendant, place à la foire aux produits traditionnels.
Je vous remercie pour votre attention.
