Discours de Remise des insignes de Chevalier de la Légion d’honneur à M. Aristide ROIBU (5 février 2010)
Monsieur le Président du Sénat, Cher Mircea, Messieurs les Ministres, Mesdames et Messieurs les Sénateurs, Mesdames et Messieurs les Députés, Mesdames et Messieurs, Cher Aristide Roibu, Chers Amis,
C’est une joie pour moi de vous accueillir ce soir à la résidence de France pour participer à cette cérémonie en l’honneur d’Aristide Roibu, qui fut l’une des premières personnes que j’ai rencontrées à mon arrivée en Roumanie. Pour l'Ambassadeur que je suis, attaché depuis le début de sa carrière au rôle des institutions parlementaires dans l'exercice de la démocratie, le rôle des groupes d’amitiés parlementaires est particulièrement précieux. Bien entendu, certains sont plus actifs que d'autres, mais toujours ils permettent d'emblée à l’ambassadeur de mieux connaître le pays auprès duquel il est accrédité et assurent une mission indispensable. Ils lui facilitent des accès, l'informent et lui donnent des clés du monde politique, sans lequel aucune démocratie n'est vivante. Dans le cas des relations franco-roumaines, ce beau mot d'amitié prend tout son sens. Le groupe d'amitié France-Roumanie du Sénat a joué et joue un rôle précieux pour la coopération franco-roumaine et j’en salue l’actuel Président Monsieur Cristian Radulescu que mon pays avait déjà la chance de compter parmi ses amis à l'Assemblée nationale. C'est un club d'amis de la France. Monsieur le Sénateur, cher Amis,
Une cérémonie de remise de Légion d’Honneur a le bénéfice d’être à la fois chaleureuse, à l’image de l’ensemble des proches qu’elle réunit autour de celui auquel il est rendu hommage, et solennelle par respect pour la grandeur de l’ordre dans lequel elle lui permet d’accéder. La Légion d’Honneur est la plus haute récompense de la République française, saluant les parcours d’exception, les actions capitales et les services majeurs rendus au bien commun.
Permettez-moi donc d’éclairer en quelques traits, non pas tous vos mérites, Monsieur le Sénateur, mais au moins ceux dont je peux directement témoigner et qui font de vous un grand ami de la France.
Au mois de décembre dernier, j’ai présidé la réunion annuelle des volontaires internationaux en entreprises, ces jeunes français qui choisissent d’enrichir leur formation par une année de volontariat dans une entreprise française à l’étranger. Vous vous y seriez, Monsieur le Sénateur, senti dans votre élément naturel, et cela à double titre. Tout d’abord parce que, pour encourager l’activité de ces diplômés, vous avez eu l’idée, en coopération avec l’agence française UBIFRANCE, de faire harmoniser les lois françaises et roumaines sur le volontariat civil. Ensuite car, sachez-le, cette formule rencontre en Roumanie un succès tout particulier et réunit aujourd’hui 130 jeunes actifs, à Bucarest et dans tout le pays, qui participent au développement des entreprises françaises, à la vie économique roumaine, et, nous y comptons bien, se préparent à prolonger cette première expérience et à développer des ponts toujours renouvelés entre les milieux économiques français et roumains.
Cette perspective est loin d’être un vœu pieux tant ils peuvent espérer bénéficier d’un environnement favorable. Il y a aujourd’hui entre 4000 et 5000 entreprises d’origine française implantées en Roumanie, ainsi que 1000 filiales de sociétés françaises. Pourquoi ? et j’en viens là, Monsieur le Sénateur, à un second volet de votre action : parce que de très nombreux roumains parlent français et que cela, en plus d’être à l’origine d’une richesse culturelle inégalable et de participer à l’excellence d’une instruction ouverte sur le monde, oui, en plus cela intéresse très directement les employeurs.
Or, il n’est rien de dire, cher ami, que vous avez eu à cœur de traduire dans les faits la déclaration du 11ème Sommet de la Francophonie qui s’est tenu à Bucarest en 2006. Montrant à cette occasion le poids spécifique des francophones roumains, vous êtes à l’initiative du complément à la loi roumaine sur l’audiovisuel qui contraint les distributeurs de bouquets télévisés à inclure la chaîne TV5 dans leur offre, alors que l’on connaît le rôle capital que jouent les médias de masse dans la diffusion des langues et des cultures. Cette loi est une base juridique particulièrement solide pour le rayonnement culturel de la francophonie, cette francophonie à laquelle nous sommes tous attachés, mais qu'il faut sans cesse faire vivre au quotidien, car elle est réellement menacée.
Permettez moi plus largement de saluer la remarquable densité de vos activités, j’aurais envie de dire activisme, pendant deux législatures à la tête du groupe d’amitié Roumanie-France du Sénat, elle constitue le témoignage exemplaire de l’importance croissante de la diplomatie parlementaire, dans cette période de globalisation et, pour la Roumanie, d’entrée dans l’Union européenne, où les échanges de vue directs entre élus et les coopérations directes sont une voie nécessaire de rapprochement des politiques.
J’aimerais aussi vous remercier tout particulièrement pour votre participation en 2008 à la création du prix des droits de l’Homme de cette ambassade qu’avait remis alors Madame Rama Yade, Secrétaire d’Etat chargée des Affaires étrangères et des droits de l’Homme, ce prix qui se veut un hommage aux actions de terrain participant à la protection et la promotion des droits et une contribution de cette ambassade au débat d’idées au sein de la société roumaine.
Enfin, je crois savoir, Monsieur le Sénateur, que la France reste au cœur de vos préoccupations bien au delà des murs du Sénat et que vous initiez dans le secteur associatif des actions de promotion des échanges culturels, éducatifs, et économiques roumain-français. Vous travaillez maintenant au rayonnement des entreprises françaises en Roumanie, dans votre métier d'avocat que vous aviez mis en sommeil pendant vos mandats parlementaires, et dans lequel vous réussissez aussi bien.
Vos qualités de négociateur et votre sens de l'amitié, qui dépasse même les clivages politiques, font de vous un citoyen respecté, dont témoigne la qualité de ceux que vous avez invités à la cérémonie qui nous réunit ce soir, et que j'ai plaisir à saluer.
Un mot enfin pour rendre hommage à deux absents, qui ont voulu par ma voix ce soir vous faire un signe d'amitié : le Président Christian Poncelet, ancien Président du Sénat, que vous avez accueilli ici souvent, avec le Président Vacaroiu, et qui a eu l'idée de solliciter cette décoration pour vous, et le Sénateur Henri Revol, votre homologue du Groupe France-Roumanie du Sénat français, qui m'a prié lui aussi de vous féliciter.
C’est dire combien vous êtes un francophone investi, un roumain passionné, un citoyen du monde et pour mon pays un ami cher. Pour vous rendre ce témoignage, ce soir, au nom du Président de la République, je vous remets les insignes de chevalier dans l’ordre de la Légion d’Honneur.
