Exposition "Marianne, Egérie des créateurs" (25 mars 2011)

Madame la Directrice,
Messieurs les commissaires de l’exposition,
Cher Amis,

Je suis heureux d’inaugurer avec vous cette exposition originale, autour d'un des symboles que nous a légués notre héritage républicain, une figure féminine, MARIANNE.

Depuis 1792, c'est en effet une femme, Marianne, qui représente la République française. Et c'est une femme inconnue, car nous ne sommes même pas certains de l’origine de ce prénom : Marianne. Est-ce  parce que que le prénom Marie-Anne, très répandu au 18ème siècle, représentait le Peuple ? S’agit-il d'un hommage rendu aux "tricoteuses" de Paris, ces femmes qui participaient de la voix aux assemblées révolutionnaires ? Les historiens ne nous éclairent pas vraiment. 

Comme je l'écris dans le texte d'introduction de l'exposition, la tradition républicaine a apporté à la France un certain nombre d'autres symboles : le faisceau de licteurs qui orne les armoiries du Président de la République et des ambassades, le coq gaulois qu'on a retrouvé sur nos pièces de monnaie ou nos timbres à une certaine époque et qu'on retrouve sur le maillot des équipes de France de Football, le drapeau tricolore bleu-blanc-rouge, qui est notre emblème national. Des devises aussi, comme Liberté-Egalité-Fraternité, bien connue, mais aussi Honneur et Patrie, qui est inscrite sur les bateaux de guerre.

Revenons maintenant à cette effigie féminine, Marianne, qui incarne la République Française. Marianne est le symbole d’une nation mais aussi le symbole de la figure féminine.

Si on ne la trouve plus vraiment dans les Palais officiels à la place d'honneur, comme sous la Troisième République, elle est encore très présente dans les Mairies, généralement dans la salle des réceptions et des mariages. Elle orne encore nos timbres postes courants.

Il n’existe pas de modèle officiel de Marianne. La tradition républicaine a produit une image de Marianne qui a évolué au cours des temps, avec l'évolution des canons de la beauté féminine, plus plantureuse autrefois, plus mince et élégante aujourd'hui

L'Association des maires de France a choisi des Françaises célèbres pour prêter leur traits à Marianne pour les bustes qui ornent les mairies. En 1968 ce fut Brigitte Bardot, puis Catherine Deneuve, Inès de la Fressange, et plus récemment Laetitia Casta.

Nous sommes déjà un peu loin de la Journée internationale des Femmes, célébrée dans le monde le 8 mars, mais il me semble que cette exposition, dans le lieu prestigieux que nous propose le Musée d’Art National de Roumanie est un hommage renouvelé aux Femmes, à leur place dans l’histoire, la grande histoire et celle, plus quotidienne qui n’entre pas nécessairement dans les livres mais qui fait la force d’une Nation. La Roumanie a la chance de compter de grandes figures féminines historiques, comme par exemple Carmen Sylva ou la reine Marie, et le rôle des femmes dans la vie de ce pays est déterminant. Ce n’est pas Roxana Theodorescu, dont l’engagement pour la vie culturelle roumaine est un modèle, qui me démentira. 

C’est donc une belle idée qu’ont eue Didier Jovenet et Romain Leray de célébrer cette figure de Marianne, à la fois emblématique mais en permanente réinvention. Vous verrez notamment à travers les vingt-six maquettes gouachées, réalisées par Choubrac et Minon au début des années 1900, que Marianne est tantôt subversive tantôt conservatrice, mais toujours élégante.

Car Marianne est une femme et elle est bien entendu sensible à la mode. Elle a inspiré et continue d'inspirer de nombreux créateurs issus du théâtre, de l'opéra, du cinéma et de la mode. C’est peut-être parce que la France s’est donnée pour symbole une figure féminine que nous sommes devenus un pays d’excellence dans le domaine de la mode.

Nous avons voulu, en rendant hommage à la République, souligner aussi la vitalité de notre pays dans le domaine de la création. L’exposition s’inscrit en effet dans une série d’événements PASARELA, sous la direction artistique de Philippe GUILET, que je remercie une fois de plus de cette belle initiative. 

Les robes de six créateurs de talent – Lefranc Ferrant, Margareth & moi, Stéphanie Renoma, Katherine Pradeau, Edward Achour, Repetto – réinterprètent une Marianne contemporaine, à l'écoute des modes et de l'air du temps.

Et parce que l’esprit de Pasarela est de faire le lien, la passerelle entre nos deux pays et entre les créateurs français et roumains, nous avons demandé à des talents roumains de s'inspirer de la figure emblématique de Marianne et de présenter quelques pièces de leur création. Je voudrais ainsi remercier Lena CRIVEANU, Cristian SAMFIRA, Claudia CASTRASE, Kristina DRAGOMIR, Florin DOBRE, George NEAGU, Wilhelmina ARTZ, Iris SERBAN et Adelina IVAN qui se sont prêtés à cet exercice avec bonne grâce. Je remercie Ovidiu BUTA pour sa contribution. Je suis heureux de saluer leur travail et l’originalité de leur approche. 

En faisant entrer la mode et les talents roumains et français au Musée national d'art, nous soulignons, s’il le fallait, la place de la création de nos jours, et je suis très sincèrement heureux que ce soit sous les auspices de Marianne, figure universelle.

Je vous remercie.