Inauguration du vernissage de l'exposition "Opéras russes, à l’aube des ballets russes"

Inauguration de l'exposition "Opéras russes à l'aube des ballets russes 1901-1913"

Discours de l'Ambassadeur
Musée national d'art de Roumanie
10 novembre 2010


Madame la Directrice générale, Chère Roxana,
Madame la Directrice déléguée, Chère Delphine,
Monsieur l'Ambassadeur, Cher Alexander,
Messieurs les Ambassadeurs, Chers collègues,
Mesdames et Messieurs,

Je suis heureux d'inaugurer avec vous l’exposition qui fait revivre la splendeur des opéras russes présentés sur les grandes scènes françaises de 1901 à 1913. Cette exposition, présentée par le Centre national du costume de scène, a été l'un des temps forts de l'année France-Russie et de la saison russe qui ont lieu en France cette année 2010. Elle doit beaucoup au talent de Giuliano SPINELLI, scénographe, des équipes du Centre, Martine KAHANE, Delphine PINASA et Suzanne DAUGEL, et du Musée national d’Art de Roumanie, que je remercie très vivement.
Cette inauguration m’offre le grand plaisir et l’honneur d'accueillir aussi mon ami Alexander CHURILIN, ambassadeur de Russie en Roumanie, qui nous dira quelques mots tout à l'heure, et qui a eu la gentillesse de nous offrir quelques verres de vodka, pour réchauffer l'ambiance, s'il est besoin !
Nous fêtons en effet cette année en France l'amitié franco-russe, et il m'a paru intéressant de présenter en Roumanie cette merveilleuse collection de costumes qui nous replonge dans l'univers extraordinaire des opéras et des ballets russes, dont l'irruption sur les scènes françaises il y a plus de 100 ans a marqué si fortement les esprits et les coeurs.
Dans son journal de l'année 1941, André Gide écrit :
"Je comprenais à peine Rosenberg lorsqu'il me disait " En Russie nous aimons les couleurs fraîches, franches, les tons hardis, les oppositions joyeuses. Chez vous, tout paraît gris, terne, les vêtements, les étoffes des tentures, les décors de théâtre et de la vie. Rien que des chuchotements, des délicatesses raffinées, des allusions discrètes ; au milieu de quoi, avec nos goûts violents, nous faisons l'effet de sauvages de bonne humeur." Peu de temps après cette conversation, vinrent à Paris les ballets russes qui apportèrent l'élan et le renouveau que l'on sait".
Tout est dit sur cette relation franco-russe, et tout est dit sur cette exposition.
"La Russie est fille de Byzance", écrivait mon cher Paul Morand. Avec cette exposition magnifique, nous comprenons mieux combien le charme slave, tout entier hérité des fastes de Byzance, capitale du monde romain d'Orient, a pu fortement impressionner le réalisme français, et son goût bourgeois du début du XXème siècle, et le changer aussi.
L'irruption de la musique et de la sensibilité russes disais-je.
En France, comme en Russie, ces années 1890-1900 sont marquées par une création très forte et très novatrice : qu'on en juge par les noms du groupe des 5, dont Moussorgski ou Rimski-Korsakov, de Tchaikovski bien sûr, et par des interprètes comme Chaliapine ou Nijinski, des génies de la scène comme Léon Bakst et bien sûr Diaghilev. Tous ces artistes étaient suivis et accompagnés par toute une intelligentsia et une aristocratie russes qui, je le rappelle, parlaient français, et pour qui Paris était une seconde capitale, et qui le leur a bien rendu, en admirant leurs oeuvres et en les accueillant avec plaisir et avec enthousiasme.
La Russie fut mise à l'honneur à l'occasion de l'exposition universelle de 1900, qui a vu aussi l'inauguration du pont Alexandre III, l'un des plus beaux ponts de Paris, et les superbes pavillons russes dont cette exposition s'enorgueillissait.
Comme l'écrit Dostoievski dans son journal de 1877, "Quel est le vrai Russe qui ne pense pas d'abord à l'Europe ?", et il ajoute cette phrase hardie et prémonitoire, et que je crois très juste : "Il n'y a que la Russie, à notre époque, qui ait reçu la faculté de demeurer d'autant plus russe qu'elle se fait européenne".
Les opéras russes et les ballets russes ont marqué le début du siècle dernier en Europe. Au siècle d'aujourd'hui, les grands artistes d'opéra russe, je pense par exemple au grand Rudolf Noureïev, à Valeri Gergiev ou à Anna Netrebko, ont dominé ou dominent les scènes des opéras du monde, et la réouverture du Bolchoï en 2011 est attendue par les amateurs du monde entier, Cher Collègue.
Une telle manifestation nous permet de célébrer un moment particulièrement fort de l'histoire des relations de nos pays, et je suis sûr que les Roumains trouveront plaisir et intérêt à la visiter, et qu'elle fera retentir en eux la musique slave que l'on retrouve parfois dans leur langue, et qui ne les a jamais quittés.
Je vous remercie.