Interview de l'Ambassadeur à Gazeta Sporturilor (4 juin 2008)

- Monsieur l’Ambassadeur, vous serez présent au match Roumanie - France. Avez-vous l'habitude d'aller au stade en France, en tant que supporter?

Je ne me rends que rarement au stade, faute de temps, mais j’ai toujours eu du plaisir à suivre les matchs auxquels j’ai assisté. Je serai d’ailleurs présent au match Roumanie-France qui aura lieu à Zürich le 9 juin.

- Depuis combien de temps représentez-vous la France à Bucarest?

Je suis arrivé en poste en août 2007 et j’ai pu rapidement me rendre compte de la passion et de l’engouement que suscitait le football en Roumanie, au moins autant qu’en France. 

- Est-ce que vous avez eu l'occasion de voir un match sur les stades roumains? Racontez-nous vos impressions.

Non, à ce jour malheureusement pas. Il est vrai que je n’ai pas été invité.

- Que savez-vous sur le football de chez nous? Connaissez-vous des joueurs ou des équipes-emblématiques de Roumanie?

J’ai beaucoup entendu parler des clubs de Bucarest. Je sais aussi que la Roumanie reste le seul pays d’Europe centrale et orientale à avoir un club de football ayant remporté la plus prestigieuse des coupes en football, la coupe d’Europe des clubs champions, ancêtre de la Champions League. Il y a aussi des joueurs roumains qui jouent dans des clubs, comme Daniel Niculae, le formidable buteur d’Auxerre.

- Dans les années 90, l'équipe de France a connu une croissance rapide. Quelle est la clef du succès "des bleus? »

Les progrès de l’équipe de France ont commencé dans la fin des années 70. Ils s’expliquent avant tout par une politique de formation intelligente pratiquée par les clubs français auprès des jeunes.
Les années 90 ont été les années de l’expatriation des meilleurs joueurs français à l’étranger (Angleterre, Italie, Allemagne, Espagne), ce qui leur a permis de s’aguerrir au sein de championnats particulièrement renommés et difficiles.

- D’après vous, quels sont les points forts et les points faibles de l'équipe de France?

Le principal point fort de l’équipe de France vient de cette osmose entre joueurs anciens et expérimentés et joueurs jeunes.
Si l’attaque française et la densité de son milieu de terrain sont les principaux points forts de notre sélection, nous avons plus à craindre me semble t-il de notre défense.
Mai pour moi, ce qui compte c’est la motivation.

 - Le surnom de "Groupe de la Mort" est-il juste ou il s'agit simplement d'une figure de style?

Le nom de Groupe de la Mort est bien mal choisi à mon avis. C’est le meilleur groupe, le plus intéressant, avec les matchs les plus côtés et des équipes qui pratiquent toutes les quatre un très bon football. En tout état de cause, cela sera très serré.

- Le football a créé autour de lui une industrie gigantesque. Que pensez-vous du football-business? Trop d’argent pour peu de spectacle? Ou l’argent est-il bien mérité par les joueurs-stars?

Je ne suis pas favorable au football-business, s’il s’écarte du terrain des valeurs morales comme le sens de l’honneur, du jeu, de l’équipe. Il ne faut pas systématiquement critiquer le football professionnel de haut niveau. Le football a toujours été et sera toujours un spectacle, même si l’argent est une donnée avec laquelle il faut compter.

- Quelle est la politique du Gouvernement français en ce qui concerne le sport?

Le gouvernement français soutient de façon importante le sport dans sa globalité, sous tous ses aspects et dans toutes ses pratiques : bénéficient de ce soutien aussi bien le sport amateur que le sport professionnel.
Le sport est perçu en France depuis très longtemps comme un puissant vecteur d’intégration sociale : le soutien à des sports tels que le hand-ball, le basket, le judo, les arts martiaux participe de cette volonté d’utiliser le sport comme un important levier d’intégration.

- En Roumanie, les cas de corruption parmi les dirigeants de clubs sont de plus en plus nombreux. Quelle a été la solution française en ce qui concerne ce genre d'infraction ?

Un contrôle de gestion très strict a été mis en place par la ligue nationale de football, contrôle qui permet d’éviter un certain nombre de dérives ou infractions.  La mise en place d’une réglementation précise sur les agents de joueur permettra également d’éviter les malversations qui ont eu lieu en France jusqu’au début des années 2000. Et les fédérations sportives sont contrôlées par la Cour des Comptes.

- Racontez-nous sur le modèle français en ce qui concerne la lutte contre la violence dans les stades. C'est plutôt un problème de la société ou un problème du football ?

C’est malheureusement vrai : la violence et le racisme dans les stades et à l’extérieur des stades constituent un problème qui n’est pas encore totalement résolu en France, comme le montrent les derniers incidents du stade de France lors de la finale de la coupe de la ligue, le 30 mars.
Le gouvernement réfléchit actuellement à un durcissement des sanctions administratives ou des peines contre les supporters violents et les clubs de supporters qui troublent l’ordre public.
L’augmentation de la période d’interdiction d’accès aux stades pour les supporters dangereux (de trois mois à un an) et une politique de diversification du public dans les stades de football sont les instruments de cette réflexion.

- Pour la finale, quel est votre message pour les supporters roumains? Et aussi, quel est votre pronostic pour le match du 9 juin ?

Je souhaite bonne chance à la Roumanie et à tous ses fidèles supporters, et surtout que le meilleur gagne.
Je souhaite que le match soit de très bonne qualité et placé sous le signe du fair-play. Je n’aime pas les pronostics, mais comme le Président Basescu –que j’aurai le plaisir de voir à Zürich- a annoncé un score de 1 à 0 en faveur de la Roumanie, je me permettrai de le contredire en pronostiquant une courte victoire de la France sur le même score. Il est vrai que cela sera très serré car les Roumains pratiquent un très bon football, comme le prouve leur excellent parcours lors de la phase de qualification.