Interview Rompress (2 février 2008)
1. Monsieur l’Ambassadeur, les autorités roumaines ont déclaré qu’elles souhaitaient que le partenariat spécial de la Roumanie avec la France conclu en 1997 soit élevé à un niveau supérieur de coopération à l’occasion de la visite du Président Nicolas SARKOZY à Bucarest, le 4 février. De quelle façon cette idée sera mise en œuvre, un nouvel accord de partenariat sera-t-il signé ?
La déclaration politique qui sera signée à Bucarest lundi ouvrira une nouvelle ère des relations franco-roumaine, car elle leur donnera un cadre précis, celui d’un partenariat stratégique entre nos deux pays dans le cadre de l’UE. Nous travaillons avec le Gouvernement roumain sur une feuille de route, comportant des actions concrètes dans les domaines de l’énergie, de l’agriculture, du développement durable, de la coopération en matière de recherche ou d’éducation , qui ouvrent des voies d’avenir.
2. En Roumanie, certains analystes politiques et journalistes ont évoqué les ressemblances de style politique des Présidents SARKOZY et BASESCU. Une bonne relation entre les deux, pourrait-elle influencer les relations entre les deux pays ? Pourrions-nous parler d’une relation personnelle entre les deux Présidents ? Après l’axe Bucarest-Londres-Washington, pourrait-on parler d’un axe Bucarest-Paris ?
Connaissant les deux présidents, je suis sûr qu’ils vont bien s’entendre. Ils ont la même approche pragmatique des problèmes. En outre, le Président Basescu, comme le Président Sarkozy, mettent en pratique leurs convictions européennes. J’ai noté par exemple, les récents propos du Président Basescu à Belgrade. Le président Sarkozy aurait pu tenir les mêmes.
3. La France reprendra la présidence du Conseil européen au cours de la deuxième moitié de 2008. Y aura-t-il dans ce sens, des discussions du Président SARKOZY à Bucarest, sur des thèmes d’intérêt de la présidence française ? Quel est l’avis de la France sur l’approche roumaine à l’égard de la politique énergétique commune de l’UE et de la croissance de la présence de l’UE dans la zone de la mer Noire ?
Un des motifs de la visite du Président français est précisément d’échanger avec son homologue sur les priorités de la présidence française, afin de mieux comprendre les attentes de la Roumanie. Parmi elles, il y a la sécurité énergétique, et la nécessité d’une approche commune, européenne, de l’énergie fait partie des priorités françaises. Quant à la mer Noire, l’adhésion de la Roumanie et de la Bulgarie en a fait un nouvel espace voisin de l’UE et c’est donc tout naturellement que les 27 doivent d’efforcer d’y développer l’influence stabilisante de l’UE et d’y promouvoir ses valeurs.
4. La France est l’un des principaux investisseurs dans l’économie roumaine. La visite du Président SARKOZY en Roumanie représentera-t-elle un signal positif pour d’autres sociétés françaises à l’égard des opportunités en Roumanie ? De quelle façon les sociétés françaises perçoivent-elles l’environnement des affaires actuel en Roumanie ?
La Roumanie est un marché très intéressant, et nos entreprises se développent très bien ici et y ont beaucoup de projets. On peut regretter que, dans certains domaines, les infrastructures ou le matériel de transport, par exemple, nos entreprises soient encore trop peu présentes, alors que les besoins sont là. Dans l’énergie, nous avons beaucoup de savoir faire, qui ne demande qu’à être employé dans ce pays.
5. Quel est l’agenda politique de la France pour le Sommet de l’OTAN de Bucarest, surtout en ce qui concerne l’élargissement de l’Alliance aux trois pays candidats des Balkans Occidentaux et des plans d’action (MAP) en vue de l’adhésion de la Géorgie et de l’Ukraine ?
La France n’a pas encore pris de position sur ce sujet. Les discussions sont en cours à Bruxelles.
6. La Roumanie et la France ont des positions différentes à l’égard du statut du Kosovo. Ce sujet sera-t-il atteint à l’occasion de la visite du président SARKOZY ?
Je suis sûr que le sujet sera abordé. Les positions sont moins éloignées qu’il n’y paraît. La Roumanie comme la France souhaitent une approche européenne de ce dossier et feront tout pour éviter des répercussions qui menacent la stabilité de la zone. Mais, une fois encore, la réponse doit être avant tout européenne. Comme l’a dit le Président BASESCU à Belgrade, le peuple serbe doit comprendre que son avenir est dans l’UE, à condition qu’il fasse les choix nécessaires.
7. Comment pourriez-vous caractériser le climat politique et économique en Roumanie ?
Je n’ai pas à caractériser le climat politique. Chacun se fait son opinion, et les élections qui approchent permettront à la population, à la fin de l’année, de se déterminer. Le climat des affaires est bon, et j’ai confiance dans les pouvoirs publics pour mener les actions de correction nécessaires.
8. La presse roumaine évoque fréquemment les rapatriements des citoyens roumains de France, la plupart d’ethnie rom. Les autorités roumaines ont déclaré qu’à l’intérieur de l’UE il n’y a pas de migration, et que le problème des Roms après l’adhésion de la Roumanie à l’UE est devenu un problème européen. Quelle est la position de la France à ce sujet ?
Je vous renvoie à mes déclarations à la presse : la France pense qu’il doit y avoir une politique européenne des migrations, et en fera un des thèmes de sa présidence. La France est également attachée à la liberté de circulation pour les citoyens européens. Cela ne concerne pas que les Roms, mais va bien au-delà. Pour les Roms, nous menons en France des actions d’intégration, au niveau national et local. Je suis satisfait que le Gouvernement roumain ait pris des iniatives sur ce sujet, et j’ai de fréquents contacts avec l’Agence Nationale pour les Roms.
9. Les autorités de Bucarest ont déclaré leur soutien inconditionnel au rapprochement de la République de Moldavie avec Bruxelles. Comment envisagez-vous l’avenir européen de ce pays, où la langue officielle est d’origine latine ?
Pour le moment, le Moldavie n’a pas encore, satisfait les exigences de réforme qui lui permettent d’espérer une entrée rapide dans l’Union européenne. Mais nous sommes proches par le cœur de la Moldavie, qui fait partie de la Francophonie.
