L’Ambassadeur de France s’exprime sur le poste de commissaire européen : « La Roumanie ne doit plus recevoir un prix de consolation » (interview pour RFI

Dans une interview à RFI Roumanie, Henri PAUL a estimé que le poste de commissaire européen pour le multilinguisme avait été un « prix de consolation » pour la Roumanie et qu’il espérait que dans la future Commission, la Roumanie serait « mieux traitée ». Pour l’Ambassadeur de France, le fait que la Roumanie ait annoncé déjà le portefeuille qu’elle briguait à la commission et ait désigné un candidat était « positif ». Il a affirmé aussi que la relation entre la France et la Roumanie était aujourd’hui la meilleure possible, car les deux hommes d’Etat, Traian BĂSESCU et Nicolas SARKOZY avaient des relations personnelles, avaient des styles et opinions similaires en ce qui concernait le futur de l’Europe.

RFI : Il y a quelque jours, le Président roumain Traian BĂSESCU a fait un discours où il a parlé à plusieurs reprises de la France, qui est devenue le partenaire le plus solide de la Roumanie au sein de l’UE. Comment la relation franco-roumain est vue depuis Paris?

H.P. : Tout d’abord, il s’agit d’une relation personnelle entre Traian BĂSESCU et Nicolas SARKOZY, une relation très bonne. Les deux présidents s’entendent très bien, ont des styles très proches. Egalement, ils ont des vues très similaires en ce qui concerne le futur de l’Europe. Comme l’a  déclaré Traian BĂSESCU , à  l’Ambassade de France, lors du 14 juillet, la relation entre la France et la Roumanie est la meilleure relation possible.

RFI : Vous parlez d’une relation très bonne entre les deux présidents, mais quels sont les domaines où la France et la Roumanie ont des intérêts communs?


H.P. : Il me semble que le plus important est l’agriculture. Nous avons des intérêts communs dans la réforme de la Politique Agricole Commune qui sera bientôt discutée. Egalement, il y a des intérêts français pour l’agriculture roumaine. Nous avons aussi une coopération bilatérale très forte.

Le deuxième domaine est celui de l’énergie. Comme vous le savez, la Roumanie a choisi de construire la future centrale nucléaire avec une technologie européenne, d’inspiration française. Il y a aussi d’autres sujets : le gaz et le pétrole, les centrales thermiques et un modèle énergétique qui est très rapproché.

Au-delà des questions d’actualité, il y a l’ancienne amitié entre la France et la Roumanie. Il y a la langue française qui continue de  nous rapprocher et nous aider.

RFI : Vous parliez de la meilleure relation possible entre la France et la Roumanie. Quels sont les domaines qui pourraient fonctionner mieux ?

 H.P. : Je crois qu’on pourrait avoir plus de PME française en Roumanie. C’est l’une des raisons pour lesquelles nous avons réformé le dispositif censé aider les entreprises qui veulent s’installer en Roumanie. Nous avons créé une agence indépendante, UBIFRANCE, qui a commencé à fonctionner. Il y a aussi le domaine des télécommunications, et là-aussi nous allons prendre quelques initiatives. Nous allons organiser, en octobre, une manifestation des réseaux de communications, Global Forum. Nous avons l’intention, avec le secrétaire d’Etat français pour la technologie numérique de mettre l’accent sur les technologies du futur. Il nous faut penser à ce qui se passera après la crise. Je crois que l’Europe réussira à sortir de la crise à l’aide des nouvelles technologies. Nous pouvons être présents aussi dans les domaines de la mode, du luxe, de l’artisanat et il y en a d’autres. La Roumanie est un pays d’avenir, et non pas un pays ancré dans le passé, c’est un pays qui saura sortir de la crise.

RFI : En Roumanie, une discussion sur le futur commissaire roumain de la Commission européenne a commencé. Il y a un portefeuille visé et un nom. Dacian CIOLOŞ. Nous savons que la Roumanie bénéficie du soutien de la France. Cependant, la Roumanie est un pays qui se trouve encore sous le monitoring de la Commission européenne pour les dossiers de corruption, il y a encore des fonds gelés pour l’agriculture. Pourquoi donner à la Roumanie ce portefeuille ?

H.P. : La négociation pour tout poste important et surtout pour un poste de commissaire européen est très sérieuse, compliquée et difficile. Pour bien négocier il faut tout d’abord être d’accord avec soi-même. Je crois que le fait qu’en Roumanie, on est tombé d’accord sur un nom est une chose positive. Je ne me prononce pas sur ce nom, parce que cela ne relève pas de mes compétences. Je suis, cependant, sûr que les autorités françaises accorderont tout le soutien au candidat désigné par la Roumanie, d’autant plus que, heureusement, en Roumanie, il y a un consensus sur ce candidat.

Dans cette négociation, la Roumanie doit être ferme et doit avoir de bons alliés. Le soutien de la France existe déjà, mais il doit y en avoir encore d’autres, parce qu’il s’agit d’une négociation à 27 et on doit assurer une majorité.

Je crois que la manière dont la Roumanie a été traitée lors du poste précédent de commissaire n’est pas très bonne. Cette fois, il n’y plus de raison que la Roumanie soit mal traitée.

RFI : Vouss croyez que le portefeuille du multilinguisme n’est pas bon ?

H.P. : Je crois qu’il n’était pas le plus convenable. Vous savez ce qui s’est passé. Le portefeuille du multilinguisme n’était pas prévu au début. Il a été donné à la Roumanie comme une sorte de prix de consolation. Pourquoi la Roumanie devrait recevoir un prix de consolation ? Je ne crois pas qu’on doive exagérer. La Roumanie est un pays européen comme tous les autres et, comme l’a dit le président Sarkozy, en Europe il n’y a pas de grands et petits pays. Je dirais même que pour nous, la Roumanie est un grand pays. Un grand pays et un pays allié. Je crois qu’il y a toutes les raison pour que la Roumanie soit bien traitée.

RFI : Tout de même, la semaine dernière, il y a eu un incident diplomatique entre la Roumanie et les Pays-Bas. Le Ministre de l’Extérieur a annulé initialement sa visite aux Pays-Bas et puis il est allé tout de même dans ce pays. Il était fâché à cause d’un document très critique à l’adresse de la Roumanie élaboré par le Gouvernement néerlandais où l’on parlait du ralentissement des reformes de la justice. La Roumanie est suivie aussi par la Commission européenne pour les problèmes de la justice. On parle beaucoup de la corruption d’ici. Ce ne sont pas des questions qui vous dérangent ?

H.P. : Je ne sais pas si je suis le baromètre le mieux placé pour parler de la corruption. Cependant, je regarde ce qui se passe. Et je regarde tout d’abord les rapports de la Commission européenne et les critères que la Roumanie doit remplir pour échapper au monitoring. Les rapports constatent qu’il y a des améliorations de la lutte contre la corruption. Je fais confiance à ces rapports.

(Hotnews, 6 septembre 2009)