« La Francophonie en Roumanie » : tribune de l’Ambassadeur pour Bucarest Hebdo à l’occasion de la Journée de la Francophonie (20 mars 2008)
Depuis 1990, les francophones de tous les continents célèbrent le 20 mars la Journée internationale de la Francophonie. Cet événement est chaque année l’occasion d’affirmer, tout au long du mois de mars, la vitalité culturelle et linguistique de la Francophonie.
Je constate chaque jour que la francophonie s’appuie en Roumanie sur une tradition historique bien ancrée depuis le milieu du XIXème siècle avec l’attrait qu’ont exercé sur les élites politiques et intellectuelles les institutions, les réalisations, la culture et la langue française et qu’aujourd’hui encore, on l’évoque et s’y réfère.
Mais la Roumanie contemporaine a su également affirmer sa francophonie : sur le plan institutionnel dès le début des années 1990, en devant observateur, puis membre actif de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF), parmi 54 autres Etats et gouvernements. Elle s’intègre ainsi à une communauté de 800 millions d’habitants dont 25% sont effectivement francophones et fait partie des 14 membres de l’OIF sur 27 que compte l’Union européenne. La Roumanie a été le premier pays du continent européen à accueillir un Sommet de la Francophonie, le11ème Sommet en septembre 2006.
La Francophonie a le français en partage. La Roumanie est exemplaire en ce domaine, c’est le premier pays francophone d’Europe centrale et orientale : on estime à 18% le taux de la population qui parle le français et 1 876 000 élèves apprennent notre langue, soit l’effectif le plus important d’élèves apprenant le français dans l’UE, hors pays dont le français est une langue officielle – à titre de comparaison, 1 700 000 en Allemagne et 1 500 000 en Italie ; 40% des élèves apprennent le français en 1ère langue et 48% le prennent en 2ème langue. Le français est donc solidement implanté dans le cursus scolaire. Enfin, le lycée français de Bucarest permet la scolarisation de jeunes Roumains dans le système éducatif français.
Je suis loin de considérer la Francophonie comme un concept abstrait. Le dynamisme des entreprises françaises en Roumanie et le recrutement de personnels locaux, la progression des échanges commerciaux, les programmes universitaires et de bourses qui ont permis depuis plus de 15 ans de former plusieurs milliers de cadres francophones, l’offre de cours de l’Institut français de Bucarest, des 3 centres culturels et des 4 Alliances françaises, le Plan pluriannuel d’apprentissage du français lancé en 2003 en collaboration avec l’OIF qui chaque année forme 1000 fonctionnaires roumains travaillant dans le domaine des affaires européennes pour accompagner l’adhésion de la Roumanie à l’Union européenne, ce à quoi je suis particulièrement sensible, et enfin les possibilités nouvelles de mobilité qu’offrent les programmes européens et l’accès plus facile aux biens culturels et à la presse francophone sont des exemples concrets d’une Francophonie vivante.
Je saisis l’occasion pour souligner le rôle des médias francophones dans le rayonnement de notre langue en Roumanie. A cet égard, Bucarest Hebdo remplit un rôle très important que je voudrais saluer. Regard, TV5 et RFI, notamment, font également un travail tout à fait remarquable.
Si la Francophonie est encore bien présente en Roumanie, l’ouverture aux courants d’échanges mondiaux, la situation d’un pays européen en pleine mutation profitent également à d’autres langues. Je veillerai à faire de cette diversité un atout, notamment auprès des moins de 30 ans, en promouvant l’enrichissement linguistique et la diversité culturelle et la France s’y attachera particulièrement lors de la prochaine présidence de l’UE en mettant le multilinguisme à l’honneur.
En mars, plus d’une centaine d’évènements et manifestations de tout type mobilisent de très nombreux acteurs – établissements culturels et scolaires, ministères, administrations et associations - dans tout le pays pour célébrer la Francophonie. Spectacle de jeux littéraires « Des papous dans la tête » enregistré en direct et en public de Bucarest par France-Culture, tournée poétique du poète d’origine bretonne Yvon le Men, festival du film francophone à Iasi, Bucarest et Timisoara, concerts du chanteur sénégalais Jean Racine et de la chanteuse franco-roumaine Lola Laffon montrent la vitalité des expressions culturelles les plus diverses et affirment les valeurs spécifiques de la Francophonie : souci de l’Autre et respect de la différence. Quand je soutiens comme tout récemment la venue de Thierry Frémaux, Délégué général du festival de Cannes, ou d’Olivier Père, Délégué de la Quinzaine des réalisateurs, à Bucarest, ce sont des passerelles jetées entre pays francophones.
Passeur de culture, d’échanges, passeur de valeurs, telle est ma conception de la Francophonie.
