Lancement de la PFUE à Bucarest (3 juillet 2008)

Monsieur le Ministre,
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
Mesdames et Messieurs,

Je me réjouis de vous accueillir aujourd’hui dans cette belle Bibliothèque Centrale Universitaire « Carol Ier ».

Je me félicite que vous soyez venus nombreux assister à cette présentation des priorités de la Présidence française du Conseil de l’Union européenne, qui a débuté le mardi 1er juillet.

Votre présence ici, ce jour, démontre votre intérêt pour l’Europe, ce dont elle a plus que jamais besoin, après l’échec du référendum irlandais sur le Traité de Lisbonne, le 12 juin dernier.

Je me réjouis, à cet égard, que l’adhésion des Roumains à l’idée européenne ne se démente pas, 18 mois après l’entrée de votre pays dans l’Union, si j’en crois tous les sondages d’opinion. Alors que l’Union européenne s’efforce d’agir au quotidien pour façonner une société européenne innovante et juste, la Roumanie participe désormais de cette dynamique, et je souhaiterais tout d’abord en dire quelques mots.

Bilan d’étape de l’adhésion de la Roumanie à l’UE

Je constate avec plaisir que son adhésion à l’Union européenne a, pour la Roumanie, des retombées économiques positives. Son taux de croissance au premier trimestre 2008, qui s’élève à 8,2%, ferait pâlir d’envie plus d’un Etat membre. Sa production industrielle ou ses exportations bénéficient de cette même dynamique. Si, en dépit des efforts de la Banque centrale, l’inflation reste plus forte que dans la zone Euro, la hausse des salaires permet la croissance du pouvoir d’achat des Roumains. Le rattrapage socio-économique de la Roumanie par rapport aux autre Etats membres est en cours, je dirais même qu’il bat son plein, et je m’en réjouis.

Ce rattrapage est évident dans les grandes villes. Mais il commence aussi à se diffuser à l’ensemble du pays, et c’est là une condition évidente du succès de l’intégration européenne de la Roumanie. Ainsi, le milieu rural, où vivent encore plus de 40% des Roumains, est devenu l’objet de politiques de développement qui commencent à contribuer à sa dynamisation. Déjà, au cours de la période 2000-2006, plus d’un milliard d’euros ont été alloués à des projets de développement agricole et rural dans le cadre du programme européen SAPARD. Alors que votre pays bénéficiera d’un total de 8 milliards d’euros au titre de la politique de développement rural au cours de la période 2007-2013, ces fonds européens ont commencé au printemps d’être versés, pour financer des projets de développement et de cohésion en milieu rural. Par ailleurs, devenue également bénéficiaire de la Politique agricole commune, la Roumanie recevra, rien qu’en 2008, 735 millions d’euros au titre des aides directes européennes à ses agriculteurs.

Cependant, comme l’ont souligné en maintes occasions tant le Président de la Roumanie que son Premier Ministre, si votre pays a réussi le 1er janvier 2007 à adhérer à l'Union européenne, il doit encore faire face à plusieurs défis. Ces défis concentrent tout à la fois les attentes de l’opinion publique roumaine, les efforts de vos autorités et l’attention de vos partenaires européens. Je me limiterai à en citer deux.
Tout d’abord, sa capacité d’absorption des fonds européens constituera une condition décisive de la modernisation de la Roumanie, alors qu’il y a un énorme besoin de construction ou de rénovation d’infrastructures dans votre pays.
Par ailleurs, la Commission européenne adoptera le 23 juillet prochain son rapport annuel sur les progrès de la Roumanie dans le domaine de la justice et des affaires intérieures : les deux objectifs fixés à la Roumanie dans le cadre du mécanisme européen de coopération et de vérification, à savoir la poursuite de la réforme de son système judiciaire et la lutte contre la corruption, feront l’objet d’une nouvelle évaluation, un an et demi après l’adhésion. Alors que des progrès ont incontestablement été réalisés, comme la mise en place de l’Agence Nationale de l’Intégrité, structure sans équivalent dans de nombreux Etats membres, nous attendons avec intérêt l’analyse de la Commission européenne sur les progrès restant encore à réaliser.

La méthode de la PFUE

Depuis le 1er juillet dernier, la France préside le Conseil de l’Union européenne. Nous avons pris le relais de la Slovénie, que nous félicitons pour l’excellent travail qu’elle a réalisé pendant son mandat. Six mois durant, la France assumera à son tour la lourde tâche de conduire l’agenda européen, dans un contexte compliqué par le rejet du Traité de Lisbonne par une majorité des électeurs irlandais le 12 juin dernier. Mais nous saurons faire face ensemble, et en particulier avec l’appui de la Roumanie, à ces difficultés.

Pour cela, la Présidence Française de l’UE a défini des priorités, sur lesquelles je vais revenir plus en détail. Elle ambitionne aussi de se caractériser par sa méthode : celle de l’écoute, celle de la concertation, celle de la transparence et de l’équité, au service de l’intérêt commun de tous les Etats membres et de tous les citoyens européens.

Il revient en effet à la France de travailler loyalement et collégialement à faire émerger des consensus solides et viables à 27 sur des dossiers clés de la construction européenne. Ces dossiers, nous les avons choisis en accord avec nos partenaires tchèques et suédois, qui nous succèderont à la tête du Conseil. Ils s’articulent au sein d’un programme de 18 mois en phase avec l’intérêt général européen. Afin d’instaurer dans les travaux du Conseil de l’Union une continuité et une cohérence appréciables, cet exercice collectif nous a en effet semblé indispensable. Mais nous avons également eu à cœur de collaborer avec la Commission et avec le Parlement européen, pour qui l’Europe est une réalité au jour le jour, ainsi qu’avec nos 26 partenaires. Nous avons ainsi veillé à les consulter en amont de notre Présidence, Etat membre par Etat membre, dans le cadre de consultations politiques au plus haut niveau qui ont vu soit le Président de la République Française, soit le Premier ministre François FILLON, effectuer une visite chez chacun de nos 26 partenaires.

S’agissant de la Roumanie elle-même, le Président SARKOZY est venu en visite officielle à Bucarest le 4 février, le Premier ministre roumain a effectué une visite de travail à Paris le 22 avril, et ces deux visites ont donné lieu à un dialogue, non seulement sur nos relations bilatérales, mais sur les priorités de la PFUE. Ce dialogue franco-roumain sur les affaires européennes a été complété par la participation de M. le Ministre COMANESCU, le 3 juin, à un dîner de travail informel à Paris avec M. KOUCHNER et plusieurs ministres des affaires étrangères d’autres Etats membres, spécialement consacré aux attentes de nos partenaires européens vis-à-vis de la PFUE, ainsi qu’à des consultations, également à Paris, entre les Secrétaires d’Etat aux affaires européennes, Mme MATACHE et M. JOUYET. Permettez-moi de souligner à cet instant, combien nous apprécions la qualité et l’intensité de ces liens que la conclusion du partenariat stratégique franco-roumain a encore resserré.

Pour prendre un exemple, le projet de Pacte européen sur l’immigration et l’asile a été soumis pour commentaire à tous nos partenaires et la version qui sera présentée sous notre Présidence sera le résultat de ces consultations. La Roumanie a ainsi pu faire entendre sa voix, transmettant début juin des remarques à titre national sur le projet de Pacte que M. STEFANINI, secrétaire général du Ministère français de l’Immigration, était venu présenter le 31 mars à Bucarest aux autorités roumaines.

Ce dialogue fructueux se poursuivra en Roumanie tout au long des six mois à venir. Conformément à la tradition, j’aurai en effet le plaisir d’associer mes collègues de l’UE à des échanges réguliers avec les plus hautes autorités roumaines, d’abord avec M. le Ministre COMANESCU, puis avec M. le Président BASESCU et M. le Premier Ministre TARICEANU.

En France, les citoyens seront associés à la Présidence par la tenue de plusieurs forums dans le cadre des manifestations « Paroles d’européens » et grâce à une interface Internet dynamique. En effet, nous sommes convaincus que la construction européenne ne peut avancer que par la participation de tous les acteurs de l’Europe. En corollaire, il appartient aux dirigeants, et à la France en premier lieu, d’être attentifs, à l’écoute des critiques constructives opposées à l’Europe, et de démontrer politiquement, mais aussi concrètement, quels en sont les bénéfices pour les citoyens européens.

Voilà ce à quoi se consacrent nos 4 priorités d’une Présidence dont le slogan est une Europe qui agit pour répondre aux défis d’aujourd’hui. Ces 4 priorités sont :
- mettre l’Europe à l’avant-garde de la lutte contre le changement climatique tout en renforçant sa sécurité énergétique ;
- préparer la politique agricole commune aux défis de demain ;
- développer une politique commune des migrations efficace et équilibrée ;
- donner un nouvel élan à l’Europe de la défense et de la sécurité.

Le paquet climat / énergie

La lutte contre le changement climatique est certainement le défi majeur de notre planète aujourd’hui. La prise de conscience de ce défi par les citoyens européens progresse très vite. La Présidence française s’attachera, conformément au mandat du Conseil européen de mars 2008, à dégager avant la fin de l’année un accord sur les propositions du paquet énergie/climat, qui constituent une base solide pour une politique européenne ambitieuse afin d’assurer la transition de l’économie européenne vers une économie la plus sobre possible en carbone.

Ce paquet comprend quatre propositions :
- une révision de la directive établissant le Systéme Communautaire d’Echange de Quotas d’Emission de gaz à effet de serre (ETS),
- une décision sur le partage des efforts des Etats membres pour réduire les émissions,
- une directive cadre sur les énergies renouvelables,
- une directive sur le stockage géologique du CO2, qui permettra essentiellement de traiter les émissions des centrales électriques au charbon.

Ces propositions comportent des dispositions techniques sur lesquelles je ne peux pas m’étendre ici. Elles permettront, si elles sont adoptées, d’amener l’Europe à remplir les trois objectifs fixés par le Conseil européen de mars 2007 :
- réduire d’au moins 20% les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2020 ;
- porter d’ici à 2020 la part des énergies renouvelables dans la consommation énergétique de l’Union européenne à 20% ;
- améliorer l’efficacité énergétique de 20% d’ici 2020.

Parvenir d’ici la fin de l’année 2008 à un accord sur le paquet « climat/énergie » est pour l’Union européenne un enjeu crucial : celui de conforter son rôle moteur et sa crédibilité dans les négociations internationales sur le climat, dans le prolongement de la Conférence de Bali, afin de favoriser en décembre 2009 à Copenhague un accord mondial ambitieux et global sur le changement climatique pour l’après 2012.

Pour entraîner le reste du monde, l’accord européen doit être ambitieux. La présidence française veillera à ce que soient également prévues les initiatives financières nécessaires pour que les pays en développement adoptent des technologies permettant une croissance économique sobre en émissions de carbone. Il faudra enfin que l’Union européenne se dote d’instruments crédibles pour dissuader certains Etats tiers de se tenir à l’écart du mouvement mondial de lutte contre le réchauffement climatique.

La Présidence recherchera par ailleurs un accord avec le Parlement européen sur la proposition de règlement sur les émissions de CO2 des véhicules légers et cherchera à achever la négociation avec le Parlement européen sur l’inclusion du secteur de l’aviation dans le système d’échange des quotas de gaz à effet de serre.

Pour renforcer notre sécurité énergétique, la politique européenne poursuit trois objectifs :
- contribuer à la lutte contre le réchauffement climatique,
- garantir la compétitivité des économies européennes et la disponibilité d’une énergie abordable,
- accroître la sécurité de l’approvisionnement de l’Union.

Pour que la politique européenne de l’énergie devienne une réalité, la sécurité et la diplomatie énergétique de l’Europe doivent être approfondies et enrichies. Dans cette perspective, notre Présidence entend favoriser les travaux sur le renforcement de la sécurité énergétique, tant dans sa dimension interne (c’est à dire l’établissement d’un espace énergétique unifié et solidaire avec des sources d’énergie diversifiées) que dans son volet externe, par la définition de véritables partenariats énergétiques avec les grands pays producteurs, consommateurs et de transit. Cette réflexion sera menée en lien avec le second rapport stratégique attendu de la Commission à l’automne 2008.

Enfin, à la suite du Conseil européen des 19 et 20 juin, la Présidence française, en coopération avec la Commission européenne, examinera la faisabilité et l’incidence de mesures visant à limiter les effets de la flambée du prix du pétrole et du gaz pour les consommateurs européens, et fera rapport au Conseil européen avant sa réunion d’octobre.

Préparer la politique agricole commune aux défis de demain

Marqué par la crise alimentaire qui sévit actuellement à l’échelle mondiale, et met en péril la survie des populations les plus vulnérables, le contexte international conditionne également le choix de la deuxième priorité de la PFUE, la Politique agricole commune, qui a permis de construire au fil des ans une autosuffisance alimentaire de haute qualité dans l’Union européenne. Le capital stratégique de cette politique est la raison pour laquelle nous la défendons au sein de l’Organisation Mondiale du Commerce.

En premier lieu, dans le prolongement des travaux initiés par la Présidence slovène, la Présidence française poursuivra l’examen des propositions législatives présentées le 20 mai dernier par la Commission européenne sur le bilan de santé de la Politique agricole commune, avec l’objectif de parvenir à l’adoption des nouveaux règlements d’ici à décembre. Pour ce faire, notre Présidence entend travailler étroitement avec le Parlement européen. Les enjeux de ce bilan de santé sont les suivants :
- maintien du système de paiement unique, qui sera applicable en Roumanie à partir de 2013 ;
- extension du découplage des aides à de nouvelles productions dans la mesure où cela ne déstabilise pas les filières de production (par exemple la filière de l’élevage) :
- sortie progressive des quotas laitiers, tout en gardant une très grande prudence pour éviter des déstabilisations des marchés en termes de niveaux de prix et de concentration excessive des productions ;
- enfin, dans le cadre d’une prise en compte accrue du développement des tissus économiques et sociaux des zones rurales, il faudra veiller à ne pas exclure les petites exploitations - qui ont leur intérêt au plan local - du système d’aides directes.

Parallèlement, la Présidence française proposera à ses partenaires de réfléchir plus largement aux enjeux et aux objectifs auxquels, dans le futur, devront répondre l’agriculture et la politique agricole en Europe après 2013. L’agriculture est en effet au cœur des enjeux de notre société. Elle doit relever aujourd’hui de nombreux défis : assurer la sécurité alimentaire des consommateurs européens, qui repose sur un approvisionnement régulier, accessible, garanti sur le plan sanitaire ; participer aux équilibres alimentaires mondiaux ; contribuer à la lutte contre le changement climatique et à l’amélioration de l’environnement ; préserver les équilibres de nos territoires. La Politique agricole commune doit ainsi se concevoir comme plus préventive, plus durable, plus équitable.

Notre Présidence engagera cette réflexion prospective à l’occasion de la réunion informelle des Ministres européens de l’agriculture à Annecy, les 22 et 23 septembre. Et dès ce 3 juillet, elle organise au Parlement européen à Bruxelles, en partenariat avec la Commission européenne et le Parlement, une conférence internationale sur le thème « Qui va nourrir le monde ? Vers des agricultures diverses et durables, moteur du développement», à laquelle participent ministres de l’agriculture et ministres du développement des pays du Nord et du Sud.

Un accent particulier sera mis également par la PFUE sur la problématique de la sécurité sanitaire des aliments, de la santé animale et de la protection des végétaux. A ce titre, la France recherchera, entre autres, un accord harmonisant le recours aux pesticides, dans une perspective de protection de la santé publique et de l’environnement.

Enfin, sur la base des propositions qui seront présentées par la Commission, notre Présidence oeuvrera à faire de la distribution des fruits et légumes dans les écoles d’Europe une réalité, ainsi que d’assurer la pérennité du programme européen d’aide alimentaire aux plus démunis.

Une gestion commune de l’immigration

En décembre 2007, le Conseil européen estimait que le développement d’une politique européenne globale dans le domaine des migrations internationales était, dans la droite ligne du Conseil européen de Tampere de 1999, une priorité fondamentale de l’Union.

Il s’agit également d’une nécessité, car il existe au sein de l’Union européenne 27 régimes juridiques nationaux régulant l’accueil de migrants. De plus, les demandes d’asile, qui augmentent chaque année pour dépasser le seuil des 230 000 en 2006, affectent différemment les Etats membres. Or, en fait, une fois admises sur le territoire d’un Etat européen, ces personnes de nationalité non-européenne bénéficient d’une mobilité facilitée vers tous les autres Etats européens. Dans un contexte où tout ce qu’un Etat membre fait dans le domaine des flux migratoires a désormais des conséquences sur ses voisins, la question des migrations est bien européenne et plus seulement nationale, et telle doit être notre réponse. Le temps des actions unilatérales aussi bien que de l’immigration subie est révolu.

S’il faut enrichir notre politique commune d’immigration, il ne s’agit pour autant pas, dans notre esprit, d’édifier une Europe forteresse. Au contraire, alors que l’Union européenne décline sur le plan démographique, l’Europe a besoin de cette force vive que représente une main d’œuvre étrangère adaptée à ses besoins économiques. Ces réalités invitent à promouvoir une immigration légale maîtrisée et respectueuse des droits de l’homme et de la dignité humaine dans un esprit de responsabilité et de solidarité. En regard, il nous appartient tout autant d’unir nos efforts pour contrer une immigration illégale qui, trop souvent, fait le jeu de réseaux criminels. Enfin, une action efficace passe par la promotion d’un partenariat étroit entre pays d’origine, de transit et de destination des migrants. Voilà en quoi consiste l’approche globale des migrations, qui s’intègre parfaitement dans le cadre de la consolidation d’un espace de liberté, de sécurité et de justice effectif et équilibré en Europe.

Un projet de Pacte d’immigration et d’asile a été, je l’ai évoqué plus tôt, soumis par le Ministre français de l’immigration, de l’intégration, de l’identité nationale et du développement solidaire à nos 26 partenaires. Il vise à organiser l’immigration légale, en tenant compte des besoins et des capacités d’accueil de chacun des Etats membres, à favoriser l’intégration, à lutter contre l’immigration irrégulière, notamment en assurant l’éloignement effectif des immigrants illégaux , à mieux protéger l’Europe en améliorant l’efficacité des contrôles aux frontières, à bâtir une Europe de l’asile, et il nous faudra à ce titre prendre en compte le Plan d’action présenté par la Commission en juin, et, enfin, à jeter les bases d’une approche européenne de l’aide au développement. Ainsi, ce pacte s’inscrit bien dans la continuité des programmes de Tampere (1999-2003) et de La Haye (2004-2009), ainsi que de la communication de la Commission du 17 juin sur une politique d’immigration commune pour l’Europe. Il sera soumis à approbation lors du Conseil européen des 15 et 16 octobre 2008.

Il nous faudra par ailleurs intensifier la coopération entre pays de départ, pays de transit et pays de destination des migrants tant sur la frontière méridionale de l’Union (et le sommet de Paris du 13 juillet sur l’Union pour la Méditerranée devrait y travailler), que sur sa frontière orientale. Nous savons que nos amis roumains sont, à juste titre, attachés à une approche équilibrée dans ce domaine.

La politique de défense européenne

Enfin, notre quatrième grande priorité concerne le renforcement de la politique européenne de sécurité et de défense, la PESD.

Actuellement engagées sur 8 théâtres d’opération sous le drapeau européen, les forces des Etats membres agissent pour le rétablissement de la paix, mais également pour la construction de l’Etat de droit, la protection civile, l’aide à la formation des structures policières, en Afghanistan en particulier. Je tiens à souligner, à cet égard, combien est important l’effort consenti par l’armée roumaine au titre des engagements extérieurs, avec plus de 600 hommes en Aghanistan et un peu plus de 200 dans les Balkans. Parfois, l’Union européenne prend le relais d’une mission de l’OTAN, dont cette politique de sécurité et de défense est complémentaire. Ce fut le cas de la mission Althea en Bosnie-Herzégovine, lancée en décembre 2004, et ce sera le cas très prochainement au Kosovo. Le multilatéralisme guide notre engagement commun au service de l’Organisation des Nations Unies sur plusieurs terrains d’action, en partenariat à l’occasion avec l’OTAN ou l’Union africaine, au service de la sécurité mondiale.

La Présidence française entend donner un nouvel élan à l’Europe de la défense et de la sécurité, à travers d’une part l’actualisation de notre stratégie de sécurité commune, d’autre part le renforcement des capacités militaires disponibles en Europe.

Le Conseil européen a adopté en 2003 une Stratégie européenne de sécurité. Cinq ans plus tard, les menaces et les défis du monde actuel ont évolué, tandis que le cadre communautaire s’est étoffé. Un mandat a donc été confié au Haut représentant pour la PESC, M. Javier Solana, par le Conseil européen de décembre 2007 afin de procéder à l’évaluation, à l’actualisation et à l’élaboration d’un plan de mise en œuvre de cette stratégie. Nous soutiendrons le travail conduit par Javier Solana, et, avec nos principaux partenaires, nous proposerons des éléments visant à compléter et enrichir la Stratégie européenne de sécurité, afin d’adapter notre politique de défense aux réalités stratégiques et aux menaces actuelles et de la prochaine décennie. L’objectif fixé est d’aboutir à l’adoption de ce nouveau document conceptuel au Conseil européen de décembre 2008.

La Présidence française aspire d’autre part à développer et renforcer une sécurité et une défense européennes dotées de moyens crédibles, afin de conforter le rôle de l’Union européenne comme acteur global en matière de gestion des crises, et de répondre ainsi aux attentes tant des citoyens européens que de la communauté internationale. Tout d’abord, il faut créer les conditions d’un véritable marché intérieur européen de la défense, pour renforcer la base industrielle et technologique de défense en facilitant les échanges de matériels au sein de l’Union. D’autre part, sur le plan humain, chaque Etat, pour l’heure, met à disposition de l’Union des personnels qui ont été formés dans une culture militaire propre : la Présidence française souhaite promouvoir à cet égard des formations européennes communes, une sorte d’« Erasmus » militaire. Enfin et surtout, la France veillera à ce que soient renforcées sous sa Présidence, sur la base des enseignements tirés des opérations déjà menées ou en cours, les capacités européennes de planification et de conduite des opérations civiles et militaires de la PESD. De même, nous disposons de contingents, mais nous ne pouvons pas toujours les déployer rapidement sur les théâtres d’opération, je pense par exemple à des interventions dans le cadre de catastrophes naturelles de grande ampleur.
Le renforcement des capacités d’intervention civiles et militaires est donc une véritable priorité pour la politique européenne de sécurité et de défense. En particulier, la PFUE souhaite lancer une série de nouveaux projets, initiés par quelques pays et ouverts à toutes les nations qui le souhaitent, pour répondre aux besoins opérationnels en matière de transport stratégique aérien, de transport tactique, d’aéromobilité, de ravitaillement en vol ou encore d’observation spatiale.

Une fois de plus, il s’agit là d’une priorité concrète, au service de la sécurité des citoyens européens.

Mais je ne saurais clore ce chapitre sans évoquer les grandes lignes de nos priorités de politique extérieure.

Présidente de l’UE, la France sera particulièrement attentive aux souhaits et aux intérêts roumains, afin de faire progresser dans la plus étroite concertation possible les réflexions et les actions qui sont au cœur de ses préoccupations et de l’ensemble des Etats membres.

La France cherchera à redonner élan et cohérence à la perspective européenne des Balkans, tout en tenant compte de la nouvelle donne que constitue le référendum irlandais.
Concernant le Kosovo, il lui appartiendra d’accompagner le développement économique et social de ce nouvel Etat, et de veiller au plein déploiement de la mission EULEX.
Sur la base du document stratégique de la Commission prévu pour le 28 octobre, nous devrons consolider plusieurs évolutions, et notamment :
- la progression des négociations d’adhésion avec la Croatie,
- la poursuite de la décrispation des relations avec la Serbie, engagée avec l’élargissement de la gratuité des visas,
- la poursuite des discussions entre la Grèce et l’Arym.

Il nous faudra aussi, et cela intéresse également la Roumanie, donner de nouvelles perspectives à l’organisation des relations de l’Union européenne avec ses voisins les plus proches.
Je pense d’abord au lancement du projet d’Union pour la Méditerranée, au sommet convoqué à Paris le 13 juillet, qui se prolongera par la réunion des ministres des Affaires étrangères en novembre.
Je pense aussi à l’approfondissement de la politique de voisinage à l’est, en parallèle avec l’approfondissement de cette politique au Sud. La France fait une priorité des rapports de partenariat  avec l’Ukraine. C’est aussi sous présidence française que s’entamera la négociation du nouvel accord-cadre UE/Russie, et que se poursuivront les négociations avec la Turquie. De ce point de vue, l’objectif est d’ouvrir sous présidence française 2 nouveaux chapitres (par exemple la circulation des capitaux).

La saison culturelle européenne en France

La présidence française va s’exercer  à Bruxelles et dans toute la France où une saison culturelle européenne a débuté dès juin, associant des artistes venant de tous les Etats membres. De nombreux spectacles animeront cette période de six mois. L’objectif de cette saison, dont parlera l’ambassadeur délégué à la dimension culturelle de l’Union européenne, Renaud Donnedieu de Vabres, qui sera à Bucarest les 9 et 10 juillet, est de permettre à la création artistisque européenne, d’être mise à l’honneur, vue et appréciée en France pendant ces six mois. Le dossier qui vous est distribué comporte le programme de cette saison. Je n’y insiste donc pas.


La présidence s’exerce aussi dans l’ensemble des Etats membres.
Aussi pour conclure, et avant de laisser place aux questions, je souhaite vous dire quelques mots de l’agenda de la PFUE en Roumanie.

Présentation de l’agenda local de la PFUE

Les principales manifestations de la Présidence française de l'Union européenne à Bucarest permettront de mettre en valeur les enjeux de notre présidence, et se partageront de manière équilibrée entre les thématiques de la présidence, les manifestations culturelles illustrant la diversité culturelle de l'Europe et ses valeurs, et les rendez vous diplomatiques.

 Le programme  comportera :

 - les habituels déjeuners mensuels des chefs de mission diplomatique (CMDUE) avec une personnalité invitée : sous réserve de leurs confirmations définitives M. Comanescu le 8 juillet, le président Basescu en septembre, le Premier ministre Calin Pospescu-Tariceanu en octobre, l'ancien président de la Roumanie Ion Iliescu le 4 novembre, et le commissaire Orban en décembre.
   - des manifestations à Bucarest et en province couplées avec une présentation des priorités dans un cadre universitaire et la mise en valeur d'une thématique particulière : le patrimoine européen (en partenariat avec le Ministère roumain de la culture et des cultes) le 15 septembre, un séminaire sur ''la Mer Noire, nouvelle frontière de l'UE'' les 13 et 14 octobre (en partenariat avec le Ministère roumain des affaires étrangères), la Journée européenne de la sécurité routière le 13 octobre, la Journée des écrivains européens à IASI le 17 octobre, l'environnement à Tulcea le 31 octobre (''Le delta du Danube, trésor écologique pour les Européens''), l'éducation et la francophonie à Timisoara le 27 octobre (participation des élèves à un concours de textes en français), le patrimoine alimentaire européen à Cluj le 14 novembre (en partenariat avec le ministère roumain de l'agriculture), la lutte contre la contrefaçon, le piratage et la sécurité des consommateurs à Bucarest le 27 novembre, enfin le cinéma européen sera mis en valeur à Cluj (débat sur ''l'UE et le cinéma'') le 13 novembre et par la rétrospective exceptionnelle de la Quinzaine des réalisateurs du 4 au 9 décembre à Bucarest. Enfin cette ambassade poursuivra au cours du semestre de la présidence le cycle de conférence ''France/Roumanie : ensemble en Europe'', co-organisé avec l'Institut européen de Roumanie parmi lesquels M. Hubert Vedrine, ancien ministre des Affaires étrangères.

        - La programmation culturelle présente des manifestations d'envergure européenne, qui ont trouvé le soutien de nos mécènes et partenaires stratégiques, que je souhaite remercier très officiellement ici : outre le projet ''tandem'' soutenu par Cultures-France (présentation à Bucarest et dans les grandes villes de province d'une oeuvre baroque roumano-hongroise, le Codex Caioni), le concert inaugural du 10 juillet accueillera le Choeur ACCENTUS à l'Athénée roumain de Bucarest, sous la présidence d'honneur de Mademoiselle Fanny Ardant et en présence du Président de la Roumanie, de la Princesse Margareta de Roumanie, et de l'ambassadeur délégué à la dimension culturelle de la présidence, sur un programme spécialement dédié à la diversité culturelle européenne. Le 25 septembre sera inaugurée au Musée national d'Art de Bucarest une exposition sur le dessin florentin du dix-septième siècle (en partenariat avec le Louvre), fin septembre, avec le soutien d'Orange, aura lieu un concert public de musiques actuelles à Bucarest, le 23 octobre sera inaugurée une exposition co-produite par la RMN (musée-domaine de Compiègne) et le musée national d'Art, avec le soutien de la Société générale-BRD et du ministère roumain de la culture, sur ''Napoléon III et les Pays roumains'', sous le haut patronage du Président de la République et du Président de la Roumanie, exposition qui sera ensuite présentée à Compiègne en Mars 2009 .,le mois de novembre sera marqué à Bucarest par la tournée de la Comédie française du 19 au 21, et par la venue, avec le soutien d'Orange, de la Compagnie Preljocaj, qui présentera sa dernière création, le ballet ''Blanche-Neige''.

J’espère que vous trouverez du plaisir à assister à l’une ou l’autre de ces manifestations destinées à célébrer le patrimoine culturel européen, ou à contribuer au débat d’idées européen en Roumanie sur des thèmes comme la Mer Noire ou la sécurité des consommateurs.

Pour plus d’informations sur le programme et les activités de la PFUE, je vous invite à visiter régulièrement le site internet officiel multilingue UE2008.fr, et, bien sûr, toujours le site de l’ambassade de France, ambafrance-ro.org.

Je vous remercie de votre attention./.