Remise de la Légion d'honneur à Aurel VAINER (10 décembre 2009)

Excellences, Chers Collègues,
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs, Chers Amis,

La remise de la haute décoration qu’est la Légion d’honneur permet  traditionnellement de rappeler les mérites du récipiendaire, ce que je vais faire dans quelques instants avec beaucoup de plaisir. Lorsqu’il s’agit d’une personnalité de nationalité étrangère, comme c’est le cas ce soir, l’on se doit également de mentionner les motifs qui ont conduit à cette reconnaissance de la part de la République française.  Ce soir, je n’aurai pas de mal à le faire tant la personnalité d’Aurel Vainer et son action sont liées à la France.

Mais tout d’abord, puisque, sur la généreuse idée du Président Vainer, et avec l’aide du professeur Iancu, le colloque qui s’est tenu aujourd’hui à l’Institut Français de Bucarest nous a tant appris sur le rôle de la France dans l’histoire des juifs de Roumanie, j’aimerais m’adresser à vous sur ce point.

Il y a des moments, trop rares à mon avis dans l’Histoire, où la diplomatie peut faire faire de grands pas à l’Humanité. Permettez moi donc, sans abuser de la patience de la nombreuse assemblée venue ce soir à la résidence de France pour participer à l’hommage rendu à Aurel Vainer, de mettre en valeur l’action de personnalités que distinguent vos travaux d’aujourd’hui : c’est le Français Waddington qui rédigea l’article 44 du traité de Berlin établissant l’égalité de droit pour les juifs roumains. C’est encore la France, qui inscrivit dans la note collective de la reconnaissance de l’indépendance roumaine, acquise en grande partie grâce à elle, la critique du système de la naturalisation individuelle imposée aux « personnes de rite non chrétien », disposition qui devait barrer de fait la voie à l’émancipation politique des juifs. Les acquis de la Conférence de Paix de Paris en 1919 doivent quant à eux aux prises de position de Clemenceau, l’un des pères de la Grande Roumanie. J’aimerais, enfin, ajouter qu’aux temps les plus noirs du XXème siècle, alors même que, sur le territoire français occupé, les juifs étaient victimes du gouvernement de Vichy et de l’occupant, le lycée Anna de Noailles de Bucarest était ici le seul endroit où ils pouvaient étudier.

Il y a aussi, pour le présent, des moments privilégiés pour un ambassadeur. La Fédération des communautés juives de Roumanie, qui rassemble environ 10 000 Roumains de confession juive, est un acteur de premier plan de la vie civique du pays. Tout récemment, lors d’une très belle et très émouvante cérémonie à laquelle j’ai eu l’honneur de participer, elle a inauguré le Mémorial de l’Holocauste de Bucarest avec une immense dignité.

Je suis très heureux d’honorer ce soir, au nom de la France, son président, à ce titre, et pour d’autres raisons encore que je vais énumérer.

Monsieur le Président, Cher Aurel Vainer,

Vous êtes un de ces « grands honnêtes hommes » qui se distinguent dans chaque génération de l’élite d’un pays. La Roumanie peut en effet être fière d’avoir en vous un homme aussi riche de talents et à la personnalité si attachante. Vous vous situez dans la lignée de ces juifs roumains qui ont tant apporté à leur pays, au plan culturel, religieux, moral comme au plan économique ou politique. Je pense en particulier au Rabbin Safran, dont vous faites revivre la mémoire.

Docteur en économie, vous avez toujours, parallèlement à votre carrière professionnelle, conservé le goût de la recherche. J’en veux pour preuve le dernier de vos livres, publié en 2002 sur le marketing « de la conception à l'action, en passant par la recherche », ainsi que la centaine et plus d’articles dont vous êtes l’auteur et qu’il serait donc bien trop long d’énumérer ici. Liant donc l’action à l’étude, vous vous illustrez tant comme vice-président de la Chambre de Commerce et d'Industrie de Bucarest à partir de 1990, qu’au sein de l’Association Roumaine de Marketing et de la Société Roumaine de Statistique. Vous avez été également, de 2000 à 2004, lorsque, on l’imagine, votre emploi du temps le permettait, professeur associé de l'Université de finance et de comptabilité Spiru Haret.
Il faut dire qu’en 2004 débutent pour vous deux importants mandats. Vous êtes en effet élu à la tête de la Fédération des Communautés juives de Roumanie et, sous cette étiquette, devenez député.

Tout de suite, dans l’exercice de vos responsabilités, une orientation se dégage qui vous honore. Vous vous consacrez à la promotion des valeurs du dialogue, de l'interculturalité et de la solidarité. Vous animez votre communauté pour laquelle vous construisez, avec l’aide de la communauté juive internationale, un centre communautaire particulièrement actif que vous m’avez fait visiter. Vous militez pour la tolérance, notamment lors de la conférence internationale portant sur « Le racisme, la xénophobie et l'antisémitisme – les problèmes d'éducation et l'Holocauste » organisée en Roumanie en 2007 par la Fédération. Vous êtes également sollicité par des organisations internationales, telle l'OSCE qui vous a convié à intervenir dans le cadre d'une Conférence sur la lutte contre la discrimination et sur la promotion du respect et de la compréhension mutuels, en juin 2007 à Bucarest. Vous y rappellerez, dans une intervention limpide, ferme et optimiste, à quel point vous avez à cœur de renforcer la coopération avec les autres minorités ethniques roumaines, avec la société civile et les autorités publiques. 
Vous êtes aussi, cher Aurel Vainer, un Européen convaincu, qui a obtenu du Congrès Juif européen le vote d'une résolution en faveur de l'adhésion de la Roumanie à l'Union européenne, le 19 février 2006.

Enfin, il faut souligner le rôle de sentinelle que vous jouez sur la scène publique roumaine, dénonçant inlassablement tout discours antisémite ou négationniste, et tout acte qui porte atteinte à nos valeurs.

C’est donc un humaniste, à la vigilance sans faille, que la France se flatte de compter parmi ses plus grands amis aujourd’hui en Roumanie. Car ce sont des liens intenses que vous entretenez avec la France. Ils s'illustrent entre autres par votre qualité de membre d'honneur du Conseil d'administration de la Chambre française de Commerce, d'Industrie et d'Agriculture en Roumanie ou encore par votre participation à la Journée du Judaïsme roumain, organisée en janvier 2008 à Paris.

Pour toutes ces raisons, et pour mettre en valeur vos combats, il était juste que la République Française ait tenu à vous témoigner sa reconnaissance en vous décernant sa plus prestigieuse décoration.

Aurel Vainer, au nom du Président de la République, je vous  fais Chevalier de la Légion d’Honneur.