Remise de la Légion d'Honneur à Mugur ISARESCU, gouverneur de la BNR (4 mars 2011)
Monsieur le Gouverneur, Mesdames et Messieurs,
Je suis particulièrement honoré de vous recevoir ici ce soir, à la Résidence de France, pour cette cérémonie de remise à M. Mugur ISARESCU des insignes d'Officier dans notre plus prestigieux Ordre national.
Monsieur le Gouverneur,
Le Président de la République française, en vous accordant cette croix, a voulu reconnaître non seulement vos mérites personnels, et une brillante carrière entièrement au service de la Roumanie, mais aussi l'importance qu'il attachait, pour la qualité des relations franco- roumaines et leur heureux développement, à la bonne gouvernance économique que vous incarnez ici, dans ce pays.
Comme vous le savez, le Président Nicolas SARKOZY, en prenant la présidence du G8 et du G20, comme lorsqu'il exerçait la présidence française de l'Union européenne, cherche en permanence, et c'est une des lignes de force de sa diplomatie, à lancer des idées, à convaincre et à mettre en œuvre une stratégie de réponse globale aux défis auxquels l'économie mondiale est confrontée. J'y vois un parallèle saisissant avec les thèses que vous défendez sans relâche en Roumanie, et avec votre action déterminée à la tête de la Banque centrale roumaine.
La France, qui vient de réunir à Paris les ministres des finances et les gouverneurs des banques centrales du G20 à la mi-février, est en effet attachée à promouvoir l'idée d'une croissance durable, d'une réduction des déséquilibres mondiaux, d'une meilleure régulation financière, dans la lignée des décisions déjà adoptées, et d'une réforme du système monétaire international. Au plan international, mais plus encore dans le cadre européen, et surtout dans la zone euro, nous souhaitons poursuivre le renforcement des mécanismes de coordination et de surveillance des politiques économiques et budgétaires.
La crise financière et économique, que nous n'avons pas encore surmontée, doit en effet nous ouvrir les yeux : la croissance de demain ne peut pas se bâtir sur les mêmes bases que celles sur lesquelles s'était bâtie la croissance du passé. Les marchés ne peuvent pas faire la loi, il nous appartient de les encadrer pour éviter les excès et prévenir les vulnérabilités que la crise a permis de déceler. C'est la raison pour laquelle nous appelons à une profonde réforme du système financier international : son fonctionnement pose en effet trois questions majeures, la vulnérabilité engendrée par la volatilité des flux de capitaux, l'insuffisance d'actifs de réserve sûrs, et le besoin de coordination des politiques économiques, y compris en matière de change.
De ce point de vue, permettez-moi de saluer la politique suivie par la Banque centrale de Roumanie, qui permet à nos entreprises d'avoir la prédictibilité et la visibilité nécessaires. Cette politique a été soutenue par le FMI, et, je me plais à le souligner, parce que je ne l'entends pas beaucoup ici dans la bouche des commentateurs, par l'Union européenne, qui a fait partie intégrante de l'accord global passé par la Roumanie pour accompagner la remise en ordre de ses déséquilibres structurels. Les réserves de la Banque centrale sont aujourd'hui suffisantes, au point que vous avez décidé de ne pas tirer la dernière tranche du prêt convenu, ce qui montre bien la qualité de la politique que vous avez suivie.
Pour saluer la politique de la Banque, je veux prendre deux exemples. Elle a exercé, et exerce, un contrôle vigilant du secteur bancaire, tout en gérant de manière fonctionnelle les réserves obligatoires des banques, aussi bien en quantité qu’en qualité, ce qui a permis de maintenir pendant la crise la liquidité du marché interbancaire. Grâce à cette
politique avisée, la Roumanie n’a pas connu de crise financière, à la différence d’autres pays. Je citerai aussi la manière pragmatique dont la Banque gère son taux directeur, pour inciter les banques à baisser leurs taux et faciliter le financement de l’économie.
Tout récemment encore, lors d’une conférence, vous incitiez le Gouvernement à se tourner vers l’investissement productif et à éviter de relancer la consommation, ce qui est un langage courageux.
Bref, vous êtes la voix de la sagesse, la voix de la raison économique ! Ce n’est pas facile, mais vous avez une tribune dont vous savez vous servir. Les Roumains ne semblent pas s’y tromper qui placent votre institution très haut dans leur estime et leur confiance.
Confiance, voici le bien le plus précieux pour un Etat ou pour une institution comme la vôtre. C'est la clef de tout, et c'est sur la base de la confiance que l'on peut conduire tout à la fois une politique économique ou des affaires privées.
L'économiste que vous êtes l'a parfaitement compris.
Après une première carrière au sein de l’Institut d’Economie Mondiale de Bucarest et d’enseignant à l’Académie des Sciences Economiques, vous avez en effet rejoint après la Révolution le service de l’Etat pour prendre dès 1990, à la suite d’un court passage par l’ambassade de Roumanie à Washington, les fonctions de Gouverneur que vous occupez depuis lors, bel exemple de longévité dans ce pays.
L’indépendance de vos vues ne vous empêchera pas d’étendre le champ de vos responsabilités lorsque se joueront les chemins de la transition roumaine. En décembre 1999, vous prenez ainsi la tête du Gouvernement au lendemain du Conseil d’Helsinki qui venait d’ouvrir les négociations d’adhésion de votre pays à l’Union européenne, négociations que vous entamerez donc en devenant ainsi l’un des premiers grands artisans de l’adhésion de la Roumanie à l’Union.
Je crois pouvoir dire que la tâche accomplie au cours de la traversée de cette année 2000 aura nourri votre désir de poursuivre l’ouvrage, vous engageant à présenter votre candidature à l’élection présidentielle.
Monsieur le Gouverneur vous êtes un Homme complet, et de vos passions j’aimerais, enfin, en saluer ici une autre, que vous cultivez – au sens propre – dans votre région natale de Vâlcea, et qui me semble une nouvelle preuve de sagesse : je veux parler de votre amour et de votre connaissance du vin et de la viticulture. Et, comme l’amour du terroir est loin d’être le dernier des traits qui unissent Roumains et Français, je vois là une occasion de souligner un
autre signe distinctif de votre vision pour votre pays. Pendant la présidence française de l’Union européenne en 2008, vous aviez accepté de faire, ici-même à l’occasion d’un déjeuner, le point avec les ambassadeurs des 27 sur la situation macro-économique de la Roumanie. J’avais été frappé à cette occasion par l’un de vos développements donnant la modernisation du secteur agricole roumain pour l’un des grands défis de l’heure, clé de la création d’emplois et de la réponse à la crise. Cette analyse imprégnée d’une vision équilibrée du développement - vous êtes, rappelons-le, membre du Club de Rome - illustre si bien à mon votre sens des enjeux de notre temps. Monsieur le Gouverneur, Cher Mugur Isarescu,
Pour votre rôle dans l’ancrage de la Roumanie à l’Union européenne, pour votre place aujourd’hui dans la gouvernance économique européenne, et pour l’ensemble de vos mérites personnels,
Au nom du Président de la République française, nous vous faisons Officier de l’Ordre National de la Légion d’Honneur.
