Remise des insignes d’Officier dans l’Ordre National du Mérite A Madame Laura KOVESI Procureure générale de Roumanie (Mercredi 6 juillet 2011)

Madame le Procureur général, Mesdames et Messieurs les Magistrats, Mesdames et Messieurs,  C’est un grand plaisir pour moi, Madame le Procureur Général, de vous accueillir à la résidence de France pour vous remettre les insignes d’Officier dans l'Ordre National du Mérite devant vos proches, les représentants du monde judiciaire, et vos collaborateurs.  C'est évidemment une cérémonie un peu solennelle qui nous rassemble, puisqu’il s’agit de vous remettre une distinction décernée par le Président de la République française, en son nom. Mais je voudrais aussi lui donner d'autres significations.  Tout d'abord, je souhaiterais la placer sous le signe de l'amitié, pour témoigner de la profondeur des liens tissés entre la Roumanie et la France. Ce n'est pas un vain mot que d'utiliser ce terme, à un moment où nous avons tous besoin, dans une période qui n'est pas facile, de montrer notre solidarité, pour ne pas dire notre « complicité », au bon sens du terme.  L’Ordre National du Mérite est la décoration que la République réserve à ceux de ses grands serviteurs, dont les réalisations au service du bien commun se doivent d’être montrées en exemple. Lorsqu’il s’agit de fonctionnaires, elle honore tout particulièrement l’usage qu’ils ont fait de l’autorité publique qui leur a été confiée, avec professionnalisme, moralité et sens du devoir.  Un exemple, un symbole, Madame le Procureur Général, vous en êtes un, puisque vous incarnez dans ce pays, en dépit, ou peut-être à cause de votre jeune âge, une figure du système judiciaire et de l'Etat de Droit.  Puisque je vous sais assumer, de manière irréprochable, d'aussi importantes fonctions, laissez-moi vous dire à quel point vous êtes à mes yeux un pari, un pari gagné, sur les jeunes générations de ce pays, et combien je voudrais que votre exemple fît école. C'est certainement l'une des raisons qui a motivé la décision du Président Nicolas Sarkozy, en vous décernant cette distinction.  Vos fonctions vous ont été confiées en 2006, voilà donc déjà plusieurs années, et elles vous ont amenée à vous engager sur de nombreux fronts. Je me dois de saisir cette occasion pour vous renouveler, en tant que représentant de la France, l’expression de mon soutien.  Je vous laisserai expliquer les raisons de votre vocation, si vous le souhaitez, et je suis sûr qu'elles expliquent aussi le sérieux qui caractérise votre pratique professionnelle. Mais je peux au moins témoigner du parcours exceptionnel que vous avez effectué depuis votre spécialisation en droit judiciaire à l’université de Sibiu, et depuis votre brillant début de carrière au sein du parquet de cette même ville. 
Je veux croire également que votre choix de travailler ensuite, pendant près de deux années, au sein de la direction des investigations et des infractions, du crime organisé et du terrorisme, la DIICOT, de Sibiu, vous a donné une expérience complémentaire, un supplément de ce pragmatisme qui est la marque des actions que vous avez menées depuis votre nomination en tant que procureur général, charge qui couronnait, à 33 ans seulement, un parcours déjà remarquable.
Vous avez dès lors conduit avec toute l’énergie nécessaire un travail de réorganisation et de modernisation du Parquet, pour lui permettre de faire face le mieux possible au manque de moyens dont il souffrait. Cette quête de l’efficacité est au cœur des résultats obtenus par la DIICOT et la Direction Nationale Anti-Corruption, deux institutions dont les rapports successifs de l’Union européenne ont relevé le bon fonctionnement, et que je me plais à mon tour à saluer.   De même, votre clairvoyance vous a fait pencher, au moment de la « petite réforme » de la Justice et de la rédaction du nouveau code de procédure pénale, en faveur du principe de l’opportunité des poursuites, qui donne au procureur une appréciation souveraine, et amène donc le Parquet à concevoir une véritable politique pénale, garante de la cohérence, et donc de l’efficacité des actions du Parquet.  Vous vous illustrez par exemple aussi, là encore afin que des efforts d’enquêtes ne soient pas dilapidés en vain, en appuyant le principe de la prolongation de la garde à vue au-delà de 24 heures.  Votre engagement dans la lutte contre la criminalité a également permis, pour ce qui concerne directement la France, d’importants progrès de la coopération opérationnelle entre la France et la Roumanie en matière de démantèlement de réseaux criminels. En Juin 2007, vous avez ainsi signé un mémorandum franco-roumain sur les équipes communes d’enquête, permettant la création de la première de ces équipes en 2008.   Votre conscience du rôle crucial de la coopération judiciaire transnationale va d’ailleurs au delà, et j’en veux pour preuve le fait que vous rentriez à peine du Sommet mondial des procureurs, dont Bucarest avait accueilli sous votre impulsion la 3ème édition en 2009.   Vos fonctions, Madame le Procureur général, vous amènent à être membre de droit du Conseil supérieur de la magistrature, institution qui fait face à des défis considérables, au premier rang desquels je choisis de citer la formation des magistrats, à laquelle je note que la France apporte une contribution, car elle en sait l'importance.   Statut, recrutement, formation, encadrement des magistrats, autant de défis auxquels le CSM doit s'atteler, et auquel la communauté internationale, comme les autorités roumaines, l'appellent avec énergie. Je souhaite qu'il réponde à cet appel. 
Parce que vous avez prouvé que, grâce à une vocation profonde et à une résolution sans faille, les pratiques judiciaires pouvaient radicalement changer et s’améliorer ;  Pour rendre hommage à votre engagement dans la lutte contre le crime ;  Pour votre rôle aujourd’hui au service de la justice, et pour l’ensemble de vos mérites personnels,  Laura Kovesi, au nom du Président de la République française, je vous fais Officier de l’Ordre National du Mérite.