Remise des insignes d'Officier de la Légion d'Honneur à Mme Roxana THEODORESCU (17 mai 2011)
Chère Roxana Theodorescu,
Mesdames et Messieurs, Chers Amis,
La tâche qui me revient ce soir, en vous accueillant à la Résidence de France pour cette cérémonie de remise de notre plus prestigieux Ordre national, est à la fois très aisée et très difficile. Elle est aisée, parce qu'il y a peu de personnalités dans ce pays que je connaisse aussi bien, à titre personnel et professionnel, que Roxana Theodorescu, et cette amitié, cette intimité presque, s'est nouée immédiatement, au premier coup d'oeil, dès le premier jour. Mais ma tâche est difficile aussi car, bien que Roxana soit très connue, notamment de tout le milieu diplomatique, elle est très discrète. Cette grande professionnelle fait passer son travail par dessus tout ; elle s'efface totalement devant sa fonction. Je ne vais donc pas vous livrer de secrets, ni sur nous, ni sur elle, mais tout simplement lui rendre l'hommage qui lui est du et que la France lui doit.
Chère Roxana, Vous êtes le symbole même de la culture roumaine. Dès mon arrivée, vous m’avez accueilli avec chaleur et générosité, vous m’avez fait découvrir ce patrimoine roumain immense, la culture extraordinaire des gens d'ici, et à travers votre humour, parfois caustique, une vision lucide mais finalement joyeuse de votre pays. Cela continue à me toucher et je tiens à vous en remercier.
Vous avez œuvré depuis de longues années dans le domaine de la coopération artistique internationale. Nommée en 1984 à la tête du département des expositions de l’Union des Artistes, vous avez organisé plus 200 expositions d’artistes roumains à l’étranger, ce qui fait de vous non seulement l'une des meilleures connaisseuses de la peinture roumaine, mais aussi une ambassadrice de la culture.
En 1994, chère Roxana, vous êtes devenue directrice du Musée national d’art de Roumanie (MNAR) de Bucarest, avec l’ambition de redonner ses lettres de noblesse à ce musée en sortant ses œuvres de l’oubli, et vous avez été renouvelée plusieurs fois dans cette fonction. Vous avez entrepris une rénovation complète du site, permettant à la galerie d’art européen de rouvrir en 2000, la galerie d’art roumain moderne en 2001, puis la galerie d’art ancien en 2002. Vous travaillez encore sur de nouveaux projets d'extension et de rénovation, et vous avez également restauré certaines des salles prestigieuses du Musée, dont la salle à manger ou la salle du trône. Ce projet immense, tout le monde en est témoin, n’est pas tâche facile, en Roumanie comme France. Vous le menez à bien avec détermination, en sachant susciter les mécénats et recueillir les fonds et les soutiens nécessaires.
Votre musée est, pour beaucoup, peut-être même trop, votre vie. Votre trajectoire personnelle et votre carrière exceptionnelle en sont la preuve.
Grâce à votre travail, à votre persévérance et à votre dévouement, Bucarest possède ainsi aujourd’hui un établissement d’une qualité remarquable. Vous avez hissé cette institution au niveau qui devait être le sien, et vos qualités personnelles n’ont pas peu aidé à insérer le MNAR dans le concert des grands établissements muséographiques d’Europe. Votre action a considérablement contribué à structurer les échanges artistiques entre la France et la Roumanie. La qualité de la coopération entre le MNAR, cette ambassade et les institutions culturelles françaises a en effet permis l’organisation de nombreuses expositions qui ont rencontré un grand succès auprès du public roumain. Parmi les plus récentes, peuvent être ainsi être citées : - outre l'exposition "Ombres et lumières" inaugurée par le ministre de la culture Renaud Donnedieu de Vabes, les très belles expositions consacrées à Bourdelle, et aux peintres roumains en Bretagne, - l’ouverture le 30 novembre 2007 de l’espace atelier de découverte de Brancusi produit par le service « jeune public » du Centre Pompidou, inauguré en présence du président du Centre, Alain Seban, - l’organisation à l’automne 2008, à l’occasion de la présidence française de l’Union européenne, d’une exposition de dessins italiens conservés au musée du Louvre et de l'exposition "Napoléon III et les Principautés roumaines" en partenariat avec le domaine-musée de Compiègne, - tout dernièrement, nous avons inauguré une grande exposition de costumes des Opéras Russes prêtés par le Centre National du Costume de scène de Moulins. Vous accueillez en ce moment une exposition consacrée aux symboles de la République et à la figure de Marianne. Tous les spécialistes français qui sont venus ici pour travailler avec le MNAR, et ils sont nombreux comme on le voit à cette énumération, s'accordent pour apprécier la qualité du travail en commun, qui est du à votre direction et à vos équipes. Je passerai vite, pour ne pas faire souffrir votre modestie, sur les nombreuses distinctions d’Etat ou d’institutions que vous avez reçues : de l’Unesco, du Danemark, de Russie, du Chili et d’Italie. En 2000, la France vous a promu chevalier de l’ordre de la Légion d’Honneur. En 2011, il me revient l’immense plaisir de vous élever chère Roxana, au rang d’officier dans l’Ordre de la Légion d’honneur, au nom du Président de la République.
En vous remettant cette distinction, j’honore une femme dédiée entièrement à son pays et à son métier : valoriser et faire connaître la culture roumaine. J’honore également à travers vous vos équipes de grand talent et la vitalité de l’art et du patrimoine roumains. La tradition francophile de la Roumanie a toujours été portée par des personnalités comme vous, il était donc justifié que vous en soyez remerciée. Roxana THEODORESCU, au nom du Président de la République, nous vous faisons Officier de la Légion d'Honneur.
