Remise des insignes d’Officier de la Légion d'Honneur à M. Teodor FRUNZETI et de Chevalier de la Légion d'Honneur à M. Doru SAFTA (9 février 2011)

Messieurs les officiers généraux, Mesdames, Messieurs,

J’ai aujourd’hui l'honneur et le plaisir de remettre les insignes d’officier de la Légion d’honneur au général de corps d’armée FRUNZETI, commandant l’Université de Défense, et au Général de brigade Doru SAFTA. 

Lorsque Napoléon Bonaparte a créé La Légion d’honneur, en 1802, il l'a fait sur un modèle militaire, à l'image des légions romaines. C'est ainsi qu'on y compte des chevaliers, des officiers, des commandants, des grands officiers et des grands croix. Il a voulu, tranchant avec l'Ancien Régime, que n'y soient admis que ceux qui, par leurs mérites éminents, sont dignes de la reconnaissance de la Nation. Elle est aujourd'hui encore notre   premier ordre national. En l'accordant à de hautes personnalités étrangères, en très petit nombre, le Président de la République souhaite récompenser ceux qui ont entretenu et entretiennent la qualité et l'intensité des relations  qui unissent nos deux pays.

Messieurs les officiers généraux, vous rejoignez donc aujourd'hui la longue cohorte des officiers roumains qui ont été ainsi distingués par la France, après le Prince Bibesco, qui fut le premier roumain à intégrer l'Ecole de Saint Cyr, au milieu du XIXème siècle.

Cette cérémonie qui nous réunit me permet également, comme je le fais chaque année  à l'occasion du 11 novembre, de célébrer la fraternité d'armes entres la Roumanie et la France, sur laquelle veille la haute figure du Général Mathias Berthelot, auquel j'ai voulu rendre hommage à Iasi le 11 novembre dernier. Le Général Safta et le Général Frunzeti sont deux des acteurs de cette fraternité d'armes, et je vais m'employer maintenant à retracer leur carrière.
 

Le Général de brigade de réserve Doru SAFTA

Mon général, 

En votre personne, c’est à la fois l’officier général, le professeur, le docteur et l’ingénieur  que nous recevons ce soir. En effet toute votre carrière est orientée autour de ces pôles où vous excellez. Formé à l’académie technique militaire vous êtes spécialiste de thermodynamique, de systèmes de propulsion des missiles et docteur en aérospatiale. Tout naturellement c’est dans cette prestigieuse école d’ingénieurs, l’Académie des techniques militaires, que vous avez poursuivi votre parcours, qui est celui d’un militaire et d’un enseignant, non sans vous impliquer dans les relations internationales.

Vous avez ainsi créé des liens avec de nombreuses université étrangères, aux Etats-Unis, au Royaume Uni, Hollande, Allemagne, Pologne, République Tchèque, Portugal, Espagne, Ukraine, Hongrie ou encore en Bulgarie. Mais c’est avec la France que vous avez développé le plus de contacts fructueux.

Entre 2000 et 2006, vous initiez une coopération avec l’Institut National Polytechnique de Toulouse, l’Institut Supérieur de l’Aéronautique et de l’Espace  de Toulouse, les Universités Aix- Marseille I et II, l’Institut Polytechnique de Grenoble, l’Ecole Nationale Supérieure des Ingénieurs des Etudes et Techniques Avancées de Brest, l’Ecole Nationale Supérieure des Techniques Avancées de Paris, l’Ecole Nationale d’Ingénieurs de Tarbes, l’Ecole Polytechnique de Nantes, et de nombreuse universités françaises.

Vous êtes également le moteur d’une coopération particulièrement riche entre l’Académie Technique Militaire et l’Ecole Spéciale Militaire de St-Cyr. Ainsi depuis 2003 vous accueillez des officiers élèves pour un trimestre international qui compte pour leur diplôme final, alors que des cadets roumains effectuent chaque année à Coëtquidan un stage de formation militaire. 

Ce partenariat entre St-Cyr et l’Académie Technique Militaire est désormais bien installé et témoigne de la confiance réciproque entre les deux institutions. 43 St-Cyriens et 128 cadets roumains en ont bénéficié depuis 2003 et les opportunités offertes par le programme ERASMUS militaire, dont la France souhaite le développement, augurent d’un renforcement de ces relations.

Mon général,

Je sais que vous êtes par ailleurs francophone et francophile, et même si vous avez quitté le service actif depuis 2009, vous continuez à faire profiter l’Académie Technique Militaire, commandé aujourd’hui par le colonel Barbu, votre successeur ici présent, de vos compétences et de votre dynamisme. En suivant ma proposition, le Président de la République française a souhaité vous témoigner tout le respect que la France accorde aux Roumains, hommes et femmes, qui contribuent grandement au renforcement de notre coopération bilatérale, et vous remercier chaleureusement en vous décernant la distinction que j’ai maintenant le plaisir de vous remettre.

Général SAFTA, au nom du Président de la République française, nous vous faisons Chevalier de l’Ordre National de la Légion d’Honneur.
 

Le Général de corps d'armée Teodor FRUNZETI

Mon général, 

Pour évoquer brièvement votre carrière, je soulignerai que vous joignez, à une très forte expérience opérationnelle, d'éminentes qualités de professeur universitaire.

Vous avez d'abord servi en régiment en tant que chef de section, chef de bureau opérations puis chef d’état-major avant de commander la 33ème brigade mécanisée. Vous avez également commandé le 2ème commandement opérationnel interarmées « Maresal Alexandru Avarescu » avant de devenir chef d’état-major de l’armée de terre, poste où je vous ai connu, et pu apprécier personnellement vos qualités intellectuelles, votre sens du commandement, et la justesse de vos analyses, marquées par une très grande hauteur de vues.

Docteur en sciences militaires et en sciences politiques, il était normal qu'après ce brillant parcours, et une fois votre mission accomplie, vous retrouviez un poste où votre expérience didactique vous permette  de rayonner à la tête d’une prestigieuse institution, je veux parler de l’université de défense.

Mon général, 

Vous n’oubliez pas l’enseignement de la langue française que vous maîtrisez vous-même de manière remarquable et je vous remercie de recevoir dans vos murs un lecteur de français qui fait partager son savoir à vos étudiants, à vos collaborateurs ainsi qu’au ministère de la défense.

Vous marquez votre intérêt pour les questions politico-militaires, comme l’attestent les nombreux articles que vous publiez dans différentes revues, spécialisées ou non.

Je sais notamment votre attachement à la Politique de Sécurité et de Défense Commune. Dans ce domaine, il ne vous a pas échappé que le Traité de Lisbonne donne davantage de moyens et de cohérence à la Politique de sécurité et de défense, désormais "commune" (PSDC), grâce à la mise en place d'un nouveau cadre institutionnel ayant pour objectif le renforcement de l'UE en tant qu'acteur politique global.

Avec le Traité  de Lisbonne, l'unité de l'Union européenne est consolidée. Ce traité abolit la division en trois piliers (pilier communautaire, politique étrangère et de sécurité commune, justice et affaires intérieures) qui structurait jusqu'alors le fonctionnement de l'UE et met à disposition du nouveau Haut Représentant un Service européen pour l'action extérieure (SEAE). La Commission et le Conseil travaillent ainsi en coordination plus étroite.

Le Traité  de Lisbonne prévoit le recours à des coopérations entre un nombre restreint d'Etats membres en matière de défense. Dans cet esprit, la France et la Grande-Bretagne ont signé un partenariat militaire sans précédent: Paris et Londres ont décidé de simuler, à partir de 2014, le fonctionnement de leur arsenal atomique dans un même laboratoire implanté près de Dijon, en Bourgogne. Un centre de recherche sera en parallèle ouvert aux spécialistes des deux pays, dans le sud-est de l'Angleterre.

En outre, les deux pays ont annoncé la création dès cette année d'une « force expéditionnaire commune » de plusieurs milliers d'hommes, qui ne sera pas permanente comme la brigade franco-allemande mais mobilisable pour des opérations extérieures bilatérales ou sous les couleurs de l'Otan, de l'ONU ou de l'Union européenne (UE). Ce partenariat est la preuve que malgré la crise, où plutôt à cause d’elle, il est possible de mutualiser les moyens, pour à la fois faire des économies et développer les capacités.

Le partenariat stratégique entre la France et la Roumanie, qui manque encore un peu de contenu dans le domaine des questions de sécurité et de défense, pourrait s’en inspirer, dans l’intérêt commun de nos deux pays.

La France plaide en effet sans relâche pour une relance de la défense européenne. Ainsi les ministres de la défense et des affaires étrangères des pays du Triangle de Weimar ont-ils adressé en décembre dernier à Madame ASHTON une lettre lui proposant des pistes concrètes, telles que

    * Renforcer le coopération OTAN-UE,
    * Renforcer les capacités civilo-militaires de planification et de conduite des opérations,
    * Améliorer l’employabilité en opérations des groupements tactiques européens,
    * Mettre l’accent sur l’effort capacitaire, selon le mouvement engagé sous présidence française de l’UE.

Mais pour revenir à vous, mon général, je voudrais saisir cette occasion exceptionnelle pour souligner la part prise par vous-même et par les armées roumaines dans la coopération entre nos deux pays, une coopération qui depuis l’entrée de la Roumanie dans l’OTAN a pris une tournure plus opérationnelle et se manifeste par exemple dans notre engagement en commun sur différents théâtres d’opération et en particulier en Afghanistan. La rencontre prochaine entre nos deux ministres des affaires étrangères à Paris sera certainement l'occasion d'y revenir.

Pour finir, j’ajouterai que l’ambassade de France, à travers la Mission militaire et l’attaché de défense, apprécie l’esprit de coopération de vos services et plus encore les relations véritablement amicales que nous entretenons avec beaucoup de vos collaborateurs dont certains sont présents aujourd’hui, et, si vous me le permettez, avec vous-même.

Pour votre implication personnelle dans la coopération entre nos deux armées, le Président de la République a souhaité vous distinguer en vous nommant officier dans l’ordre de la Légion d’honneur, dont je vais à présent vous remettre les insignes. 

Général Frunzeti, au nom du Président de la République, nous vous faisons officier de la Légion d’honneur.