Remise des insignes de Commandeur de la Légion d’Honneur à M. Teodor BACONSCHI (17 septembre 2010)

Monsieur le Ministre, cher Teodor,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Excellences, Chers Collègues,
Mesdames et Messieurs,

Nous sommes réunis ce soir pour un moment tout à fait exceptionnel, et pour moi particulièrement émouvant et symbolique. Je vais en effet remettre au nom du Président de la République les insignes de Commandeur dans l'ordre de la Légion d'honneur à Teodor Baconschi, ancien ambassadeur de Roumanie à Paris, et ministre des Affaires étrangères.

Cette cérémonie, qui nous rassemble, n'est pas un simple rituel des usages diplomatiques, même si la France a la coutume de décorer les anciens ambassadeurs qui ont honorablement servi leur pays en le représentant dans notre capitale.  Elle est le signe des liens étroits qui unissent nos deux diplomaties, depuis que Victor Place, consul de France à Iassy, a joué le rôle qu'on sait dans l'unité roumaine, jusqu'à la conclusion du partenariat stratégique voulu par Nicolas Sarkozy, et signé à Bucarest avec le Président Traian Basescu en Février 2008.
 
Cher Teodor, le fait que vous ayez joué dans cet acte fondateur un rôle particulièrement actif et éminent n'est pas pour rien dans le geste qu'a fait le Président de la République en vous conférant cette décoration prestigieuse.

Que signifie ce partenariat stratégique ? Il veut dire que, par delà les vicissitudes, et même les tensions, qui agitent le Monde et l'Europe, nos deux pays ont décidé d'être des partenaires sur le long terme. Des partenaires, c'est à dire des alliés et des amis, des pays qui ont décidé d'un commun accord d'envisager ensemble leur avenir.

Ce partenariat est confiant : il nous permet, comme nous venons encore de le démontrer la semaine passée, de régler ensemble les problèmes auxquels nous sommes confrontés. Ce partenariat est actif : il nous donne le fondement sur lequel nous pouvons bâtir et réaliser ensemble des projets, dans le domaine de l'énergie, de l'environnement, du développement agriculture ou du développement régional, dans le domaine de la coopération administrative ou de la gouvernance. Dans l'Europe que nous bâtissons ensemble, et dont vous êtes, je le sais, Cher Teodor, un militant actif, nous avons besoin, de plus en plus, de rapprocher nos points de vue et de créer des consensus.

Vous êtes, Cher Teodor, l'homme qu'il faut pour cela, tant votre culture, enracinée dans vos convictions personnelles et religieuses, vous porte à comprendre et à façonner le Monde. "La culture, disait Aimé Césaire, c'est tout ce que les hommes ont imaginé pour façonner le monde, pour s'accommoder du monde et le rendre digne de l'Homme." Homme de culture, vous avez, comme votre maître Andreï Plesu, cet humour roumain qui nous plaît tant, à nous Français, et cet humanisme qui nous rapproche.

C’est d’ailleurs dans le cœur historique des sciences humaines en France, en Sorbonne, que vous préparez votre thèse de doctorat sur une forme bien spécifique d’allégresse qui appartient à l’histoire de l’orient chrétien : « Le rire des Pères », la sagesse folle donc, et le pouvoir de la dérision.

Editeur et professeur, vous embrassez dès 1997 la carrière diplomatique à son plus haut niveau en devenant ambassadeur de Roumanie auprès du Saint-Siège. Vous servirez ensuite au Portugal et dirigerez à Bucarest les affaires culturelles, puis les affaires globales, avant de regagner Paris, où j’ai ainsi la chance de vous avoir comme prestigieux homologue. Vous avez servi directement auprès du Président de la Roumanie comme conseiller diplomatique, poste qui vous a donné à la fois l'expérience des relations politiques au plus haut niveau et, je crois, le goût de la politique. Votre nomination comme ministre des Affaires étrangères récompense ce parcours exceptionnel. Dès votre nomination au fauteuil occupé par de grands noms comme Take Ionescu ou Titulescu, vous vous êtes employé à réformer le ministère, et à développer notamment, avec succès, ses compétences économiques et sa diplomatie publique. Vous prenez maintenant votre place parmi les hommes politiques roumains d'avenir.

J'ajoute, à titre tout à fait personnel, que j'ai apprécié, pendant les deux années et demi où j'ai eu le plaisir d'être votre homologue, la franchise et l'amitié, mais aussi la connaissance parfaite dont vous faites preuve, de mon pays, de sa culture et de sa langue. Je sais que vous attachez, comme moi, beaucoup d'importance à la francophonie, cette francophonie qui ici, en Roumanie, n'est pas seulement un mot mais une réalité profonde qu'il faut cultiver et protéger. Cher Teodor, vous faites partie des amis de la France, des amis sincères et convaincus.

Pour toutes ces raisons, je suis heureux et fier de vous remettre cette décoration.

Teodor Baconschi, au nom du Président de la République, nous vous faisons Commandeur de la Légion d'Honneur.