Remise des Palmes académiques à Mme Elena GORUNESCU et M. Ioan PANZARU (5 novembre 2010)
REMISE DE DECORATIONS
Chevalier des Palmes Académiques et Officier des Arts et Lettres
à Madame Elena GORUNESCU
Commandeur des Palmes Académiques
à Monsieur Ioan PANZARU
Résidence de France
Vendredi 5 novembre 2010
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Mesdames et Messieurs, Chers Amis,
La cérémonie qui nous réunit aujourd'hui est à bien des égards particulière, et même extraordinaire, - en raison d'abord de la personnalité et de l'impressionnante carrière des personnes qui sont distinguées, - en raison de leurs mérites éminents dans les disciplines dans lesquelles ils s'illustrent, - en raison des grades qui leur sont conférés dans des ordres nationaux français parmi les plus prestigieux. Cette cérémonie est également rare, car je crois qu'il n'y a guère qu'en Roumanie et dans très peu de pays au Monde, qu'on peut trouver autant de talent et d'aussi belles intelligences consacrés tout entiers à la langue française, à la culture française, et à leur rayonnement. Je crois que peu d'ambassadeurs de France ont l'honneur qui me revient de distinguer de tels mérites. J'en suis ému et impressionné.
Elena GORUNESCU
Madame Gorunescu,
Vous grandissez à Braila et êtes initiée à la langue française dès votre plus jeune âge par votre préceptrice particulière, « Mademoiselle Lucienne », à laquelle, par devers vous, nous rendons également hommage, comme à toutes ces institutrices d'un autre temps attachée à notre langue et à la servir. Vous vous distinguez ensuite au lycée par l’excellence de votre français. Après votre baccalauréat en 1947, vous effectuez vos études à la Faculté de philologie de l’Université de Bucarest où vous passez votre licence en 1951. Vous êtes non seulement major de promotion, mais également première de Roumanie. Vous auriez donc dû normalement accéder aux postes de professeur les plus convoités dans le pays, mais les aléas de l’histoire et vos origines sociales - j'allais dire malheureusement - aisées (votre père était directeur des minoteries de la Dobroudja) vous relèguent, dans ces temps obscurs et barbares, à de modestes emplois d’interprète et de traductrice. Mais il fallait compter avec votre énergie, votre intelligence, votre vivacité d’esprit et votre opiniâtreté. Discrète, vous attendez des temps meilleurs, et je pense que vous occuperez cette période dans la compagnie des livres et de l'étude, consolation de tous les moments difficiles. Vous revenez à l’enseignement en 1967, et en 1972, vous devenez assistante à l’université de Bucarest et présentez votre thèse de doctorat sur la poésie dans l’œuvre de Jean Cocteau en 1973. Quel merveilleux choix que ce poète aux multiples talents, dont je voudrais rappeler ici la définition de la poésie, dans son discours de réception à l'Académie française : " La poésie est une solitude et nous sommes des moines qui échangeons des silences". Vous obtenez la chaire de professeur de littérature française du XXème siècle. Durant 16 ans d’enseignement, vous vous dîtes portée par vos étudiants qui vous rendent bien cet amour du travail et l’exigence que vous vous imposez et la rigueur que vous leur apportez. Le meilleur exemple en est peut-être un de vos anciens étudiants, ici présent, M. Panzaru, qui sera comme vous major de promotion. Vous êtes une travailleuse acharnée et vous consacrez votre vie à la rédaction de dictionnaires français-roumain et roumain-français, et de manuels de grammaire française. Vous bravez la censure du régime pour faire paraître vos travaux et pour donner à vos cours l'essence du savoir que vous souhaitez transmettre à vos étudiants. Infatigable, sans relâche, vous poursuivez vos recherches et publiez. Vos dictionnaires, dont certains comptent une trentaine d’éditions successives, font référence et ont contribué à la formation de générations d’étudiants et d’amoureux de la langue française. Votre toute dernière œuvre, un dictionnaire des synonymes français et roumains, vient de paraître en 2010. Je pourrais citer votre Dictionnaire du théâtre français contemporain, votre Dictionnaire des proverbes français et roumains, vos monographies sur le théâtre français à l’usage des étudiants roumains ou votre Dictionnaire des pensées des personnalités et écrivains français à travers les siècles. Madame Gorunescu, il était bien temps de rendre hommage à votre intense activité scientifique et à votre contribution au rayonnement de la culture française. Aussi, coup sur coup, les autorités françaises, le ministre de la Culture et le ministre de l'Education nationale, ont décidé, dans un geste extrêmement rare, de vous accorder les deux plus prestigieuses décorations qui puissent être conférées à des intellectuels, et que je vais vous remettre à l'instant. Au nom du ministre de la Culture et de la Communication, je vous nomme Officier dans l’Ordre des Arts et Lettres. Au nom du ministre de l’Education nationale, je vous nomme Chevalier dans l’Ordre des Palmes académiques.
Ioan PANZARU
Monsieur le Recteur, Cher Ioan Panzaru,
En rendant hommage à Madame Gorunescu à l'instant, je revoyais la figure du jeune étudiant doué que vous étiez. C'est à cette image que vous êtes toujours resté fidèle, et qui frappe ceux qui, comme moi, ont la chance de vous fréquenter. Votre formation intellectuelle témoigne de votre remarquable ouverture d’esprit et de l’attachement que vous portez à la langue et à la culture française. Licencié en philologie en 1973, vous commencez une carrière universitaire à l’université de Bucarest où vous obtenez en 1980 votre doctorat sur la « chanson de geste et le récit oral ». Ce goût pour la littérature et, plus généralement, pour l'érudition, si frappant chez les grands intellectuels roumains, ne vous quittera pas, il sera le fil conducteur de votre brillante carrière universitaire. Nommé maître de conférences en 1993, vous êtes élevé au grade de professeur des universités en 2000, et occupez simultanément des fonctions de direction au sein de l’Université de Bucarest dont vous devenez le Recteur dès 2005. Votre production scientifique est d’une exemplaire richesse, puisque vous avez publié personnellement six livres et une cinquantaine d’articles. Ces travaux universitaires reflètent votre goût de la recherche, votre passion pour la littérature médiévale et développent une approche ethnologique et originale de la langue française. Cet intérêt pour les sciences humaines vous a conduit à traduire en roumain plusieurs ouvrages d’ethnologues français majeurs comme Claude Lévi-Strauss dont vous avez contribué à faire connaître en Roumanie l’influence décisive sur les sciences humaines de la seconde moitié du 20ième siècle. Recteur de la grande et prestigieuse Université de Bucarest, dont nous avons fêté avec grand plaisir l'anniversaire, enrichi par la présence du Président de la Roumanie, vous contribuez sans relâche au développement de la société roumaine dans son ensemble et favorisez résolument l’intégration du pays dans l’Union Européenne. Conscient de la nécessité de placer la jeunesse au cœur des préoccupations de la société, vous avez fait de l’Université de Bucarest un lieu de débat et d’échanges moderne, un outil de médiation entre le monde de l’éducation et le monde économique. Votre intelligence de la société vous permet de parler à un public dont les attentes se renouvellent chaque année, et c’est là la clé du succès de votre action qui donne un espace privilégié aux échanges avec la France et aux valeurs de la francophonie. Pour tout cela, il convenait de vous honorer. Parti de l'étude de la littérature médiévale, vous êtes aujourd'hui pleinement enraciné dans la société moderne, et vous cherchez, avec d'autres, à la faire évoluer. Monsieur le Recteur PANZARU, pour ce parcours remarquable, pour votre attachement aux valeurs universelles de la culture, pour votre implication dans le resserrement des liens qui unissent la France et la Roumanie, au nom du Ministre de l’Education nationale, nous vous faisons Commandeur dans l’Ordre des Palmes académiques.
