Remise du prix du diplomate de l'année accordé par le quotidien Nine O'Clock (27 janvier 2010)

Chers Collègues,
Mesdames et Messieurs,
Chers Amis,

Je voudrais tout d'abord remercier le Jury du Prix du Diplomate de l'année 2009 pour la récompense qu'il vient de m'accorder. C'est un honneur pour moi, et j'en mesure la portée. Je sais bien que ce prix est du à l'amitié que me portent beaucoup de mes collègues du ministère roumain des affaires étrangères, autant qu'à mon travail en Roumanie, ainsi qu'aux liens personnels que je nourris avec beaucoup de nos collègues accrédités à Bucarest.

Permettez moi donc d'abord de saluer chaleureusement le corps diplomatique présent ici ce soir, ainsi que nos collègues roumains, et laissez moi dire combien j'apprécie sincèrement le commerce de cette communauté très unie, la qualité de nos échanges, et le caractère très simple, très direct et très fructueux des relations que nous entretenons avec le ministère des Affaires étrangères. Nous y sommes toujours reçus avec courtoisie et le maximum d'efficacité.

Ce prix du Meilleur diplomate de l'année me touche particulièrement, parce que, comme vous le savez peut être, je ne suis pas diplomate de carrière, et même, lorsque j'étais enfant, l'un des grands reproches qu'on me faisait, c'était "tu n'est pas très diplomate" ou "tu devrais être plus diplomate avec ta soeur". C'est comme cela que j'ai compris, très tôt, ce que cela signifiait "être diplomate".

Mais puisque ce prix m'est remis par le quotidien NINE O'CLOCK, je ne peux pas résister à vous donner la définition que donnait du diplomate un homme politique français du siècle dernier, président de l'Assemblée nationale, maire de Lyon pendant très longtemps et qui fut ministre des Affaires étrangères sous le III ème République, Edouard HERRIOT, qui disait  : "Il y a deux sortes de diplomates : ceux qui lisent les journaux et qui en savent autant que nous, et ceux qui ne lisent pas les journaux et qui ne savent rien".

Eh bien, Cher Radu Bogdan, s'il y a une chose que je sais à Bucarest, c'est qu'il faut de toutes façons lire tous les matins NINE O'CLOCK pour savoir quelque chose. Merci donc de nous donner cet outil du travail diplomatique, qui résume très bien l'actualité et qui est indispensable à beaucoup d'entre nous.

Je complète tous les matins mon information par la lecture des principaux journaux roumains, la revue de presse du service de presse de l'Ambassade, mes collaborateurs que j'ai tenu à associer à notre cérémonie de ce soir, car ils m'aident beaucoup, et constituent l'une des chevilles ouvrières de la Mission. Depuis quelque temps, je leur ai demandé de travailler aussi sur la "blogosphère", car je me suis aperçu du grand intérêt des blogs sur l'internet roumain, beaucoup plus libres et moins formatés que les journaux et surtout que la télévision.  C'est un des signes de l'énergie de la démocratie roumaine.
 
S'il me reste encore un peu de temps, pour ne pas vous lasser par mon discours, je voudrais vous dire comment je vois mon travail de diplomate ici, en Roumanie, comme ambassadeur d'un vieux pays européen, qui va bientôt fêter les 130 ans de nos relations diplomatiques.
Première chose, d'abord, ne pas oublier l'histoire et le passé.

L'histoire de la Roumanie, c'est la longue histoire d'un pays et d'un peuple qui a beaucoup lutté pour son indépendance, pour desserrer l'étau des oppressions et des dictatures, et cette lutte ne les a pas laissés indemnes. C'et aussi l'histoire d'un pays aux confins de l'Orient et de l'Occident, "le Carrefour des Empires morts", selon le titre d'un livre de Lucien Romier, journaliste français d'entre les deux guerres, l'Histoire d'un pays qui a choisi l'Occident.

Et il a, et vous comprendrez que cela me touche particulièrement, choisi de prendre le modèle français, et un Roi allemand. A l'heure où nous fêtons le Traité de l'Elysée et l'exemplaire amitié franco-allemande, peut être faut il encore prendre cette leçon dans l'Histoire.

Mais il faut aussi se tourner vers l'avenir.
Les crises que nous avons traversées ces deux dernières années ont montré tout l'intérêt de construire une Europe forte et unie, dans laquelle la Roumanie a toute sa place. Le signal donné par la présence d'un Roumain, Dacian CIOLOS, à la tête du portefeuille de l'Agriculture dans la commision européenne est un signal fort que nous devons méditer. Je me réjouis de ce succès, pour la Roumanie et pour l'Europe, qui a besoin d'une agriculture puissante et d'un modèle de développement durable.
OUI, je crois dans les chances de la Roumanie.

Mais je me dois aussi d'être sincère et de dire, en amitié, mes vérités.
Nous connaissons tous les fragiiltés de la Roumanie, et la campagne électorale, signe là aussi d'une démocratie vivante, a permis d'en débattre publiquement. La Roumanie doit progresser dans le respect des minorités, de toutes les minorités, dans le respect de l'Etat de Droit et l'amélioration de la Justice, dans la lutte contre la corruption, à tous les niveaux, dans la protection accordée aux faibles et le respect de leurs droits, dans la construction d'une croissance équilibrée et la répartition équitable de ses fruits.
Ce langage de vérité, c'est le plus beau cadeau que l'on peut faire à un ami. Et nous sommes tous ici des amis de la Roumanie.

Un journaliste a rapporté une phrase du Général De Gaulle qui aurait dit : "La diplomatie, c'est l'art de faire durer indéfiniment les carreaux fêlés". Je ne crois pas que cela soit vrai, la diplomatie, modestement, c'est pour moi l'art du possible et du souhaitable, l'art de comprendre. Et, comme disait Albert Camus, "Comprendre, c'est créer". Nous devons contribuer, chacun d'entre nous, et à notre manière, à créer un avenir meilleur pour la Roumanie.

Je vous remercie.