Tribune pour Cotidianul (19 février 2008)
Le 28 janvier dernier, le Conseil de l’Union européenne a décidé de lancer une opération de stabilisation en République du Tchad et en République centrafricaine. Après une période d’attente pour permettre à la situation intérieure tchadienne de s’apaiser, le déploiement de cette opération a pu reprendre, la Présidence slovène de l’Union européenne ainsi que les pays participants ayant fait part de leur ferme intention de respecter le calendrier prévu.
L’entrée de cette action commune dans sa phase opérationnelle est l’occasion pour la France, de rappeler les raisons qui l’ont amenée à s’impliquer fortement dans sa mise sur pied et à y engager plus de 2 000 hommes afin que ses objectifs soient atteints.
L’intervention de l’Union européenne constitue en priorité une réponse commune à la crise humanitaire générée par le conflit au Darfour, région de l’Ouest du Soudan.
Malgré les efforts de stabilisation déployés depuis plusieurs années par l’Organisation des Nations unies et l’Union africaine, ce conflit continue d’avoir de graves conséquences dans les Etats frontaliers. En effet pour fuir les violences 245 000 habitants du Darfour se sont réfugiés dans l’est du Tchad et le nord-est de la République centrafricaine. De plus 180 000 Tchadiens et 20 000 centrafricains se sont déplacés à l’intérieur de leur propre pays, créant une situation humanitaire extrêmement grave sur un sol africain déjà affecté par la sécheresse et la famine.
C’est donc avant tout la volonté d’agir, avec l’accord des Etats concernés, contre les conséquences désastreuses de ces vastes mouvements de population qui a animé le gouvernement français dans son soutien à la démarche européenne. La vocation humanitaire de l’opération est d’ailleurs particulièrement claire dans les trois objectifs désormais fixés à l’EUFOR : protéger les civils réfugiés et déplacés ; faciliter les opérations d’aide humanitaire par sécurisation des zones concernées ; contribuer à la protection des moyens humains et matériels des Nations unies.
Pour la France et les pays ayant décidé de s’engager dans cette opération, l’EUFOR participe à la sécurité de l’Union européenne elle-même. En effet, elle est organisée dans le cadre de la politique de sécurité et de défense qui depuis une dizaine d’année, sans préjudice des missions de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord, constitue un des outils privilégiés de l’action extérieure de l’Union. Cette politique vise par des moyens militaires ou civils à prévenir ou à gérer les crises pouvant avoir des conséquences pour la stabilité du voisinage de l’Union. La crise du Darfour du fait de sa dimension régionale entre incontestablement dans ce cadre.
Plus généralement, l’intervention sera guidée par les grands principes qui animent la politique extérieure de l’Union européenne et en constitue la spécificité : la protection des droits de l’homme ; la sauvegarde des valeurs communes aux Etats membres ; le maintien de la paix et le renforcement de la sécurité internationale.
Enfin, le soutien de la France est d’autant plus fort que l’intervention de l’EUFOR s’inscrit dans une approche coordonnée de la crise du Darfour, évitant ainsi toute forme de concurrence entre les organisations participant au maintien de la paix. D’une part, l’EUFOR agira conformément au mandat fixé par la résolution 1778 du Conseil de sécurité des Nations unies. D’autre part, elle apportera son soutien à la force commune Union Africaine/Organisation des Nations unies qui doit se déployer ultérieurement au Soudan.
L’Union européenne ne limitera pas son action à cette dimension militaire puisque d’autres instruments politiques et financiers seront mobilisés pour la résolution de la crise au Darfour notamment le soutien à la force de police des Nations Unies dans les camps de réfugiés et le financement de la reconstruction des zones de retour pour les personnes déplacées.
C’est pour ces différentes raisons que la France, qui, il est vrai, a toujours été partie prenante à la stabilité de l’Afrique, a décidé de participer aux côtés de 13 autres Etats de l’Union européenne au déploiement de l’EUFOR sur le terrain. La mission qui est assignée à cette force européenne constitue un véritable défi en raison de l’ampleur du territoire à couvrir et des difficultés de l’intervention dans une zone où sévissent des problèmes complexes, ethniques, géographiques et politiques. Et cependant, sa réussite est indispensable à la résolution de la crise du Darfour, qui, par son ampleur et par sa nature avant tout humanitaire, ne peut laisser indifférents les peuples de l’Europe attachés à la défense de leurs valeurs communes.
