Tribune pour România liberă (31 janvier 2008)
Lundi 4 février prochain, la France a une nouvelle fois rendez-vous avec la Roumanie. A l’invitation du Président Traian BASESCU, Nicolas SARKOZY, Président de la République française, effectuera une visite officielle à Bucarest. Pour nous Français résidents en Roumanie, diplomates, enseignants, chefs d’entreprises, cadres, ce n’est pas une visite comme les autres, et nous savons que, pour le peuple roumain, ce n’en est pas une non plus. Nous savons la chaleur de l’accueil que le peuple roumain réserve aux Français, nous savons l’ancienneté et la profondeur des liens qui nous lient, et nous savons la valeur de ce symbole qui fait que le Président de la République vient en Roumanie près de 40 ans après la visite du Général De Gaulle.
La France a, depuis bien longtemps, considéré que la Roumanie était son amie et son alliée. Parmi les premiers, le Général de Gaulle a vu le rôle que la Roumanie pouvait jouer en Europe et a pressenti qu’elle sortirait de son isolement géopolitique ; parmi les premiers, notre pays a voulu l’entrée de la Roumanie dans le cercle de la Francophonie institutionnelle, reconnaissant par là le rôle du français et des Français dans l’histoire et la culture roumaines ; parmi les premiers, notre pays a voulu faire à la Roumanie toute sa place d’abord au sein de l’Alliance atlantique, puis au sein de l’Union européenne.
C’est aujourd’hui le cas, et la Roumanie tient son rang de pays européen. Elle est le 7ème Etat membre de l’Union européenne par la taille, et, par delà le dynamisme de son économie, l’importance des investissements des entreprises françaises, le nombre des élèves et des étudiants qui apprennent le français (1,9 million de jeunes roumains), le nombre des professeurs de français, l’influence de nos arts et de nos lettres, je crois que la Roumanie peut puiser dans son amitié pour la France les voies et moyens d’une forte influence en Europe.
Le partenariat stratégique que la France lui propose est le cadre de référence qui permettra de renouveler nos liens bilatéraux à l’intérieur de l’Alliance atlantique comme de l’Union européenne. L’accord de partenariat qui sera signé à Bucarest entre les deux Chefs d’Etat sera le premier de ceux que la France propose aux nouveaux entrants dans l’Union européenne ; dans le cas de la Roumanie, il permettra d’intensifier nos liens dans des domaines d’intérêt commun.
Je veux mentionner en tout premier lieu le dialogue politique. Comme l’a parfaitement exprimé le Président de la Roumanie lors de ses récents vœux au Corps diplomatique, l’Union européenne doit être forte pour résister aux menaces et aux enjeux de la globalisation, et il importe de faire valoir ensemble dans cette région du monde les valeurs démocratiques européennes, pour mieux assurer la paix et la stabilité. La France est convaincue que l’Europe a un rôle à jouer dans la stabilité et la prospérité des Balkans occidentaux, et elle appuiera les efforts constants de la Roumanie en ce sens. Le prochain sommet de l’OTAN à Bucarest sera aussi l’occasion pour ses membres européens d’affirmer la contribution de l’Union à la sécurité internationale.
En second lieu, l’accord de partenariat stratégique permettra d’accroître la complémentarité des deux économies, et de faciliter la convergence européenne de la Roumanie, dans des domaines cruciaux comme le développement durable, l’agriculture, les infrastructures de transport, et l’énergie. Certes, la France fait partie des premiers investisseurs dans ce pays, et le dynamisme de nos entreprises installées en Roumanie ne se dément pas. Nous sommes particulièrement fiers, par exemple, de la réussite de Dacia-Renault, aujourd’hui exportateur d’automobiles vers la France, mais aussi de Michelin, Alstom, Orange, Lafarge, Colas, Saint-Gobain, la BRD, Veolia, Alcatel, notamment. Mais nous sommes convaincus que nous pouvons encore mieux accompagner le développement de la Roumanie dans ces domaines stratégiques. La Roumanie est aujourd’hui le 25 ème importateur mondial et nous souhaitons clairement améliorer notre part de marché.
La France est le premier pays d’accueil des étudiants roumains, et le Gouvernement français souhaite développer ce volet de notre coopération scientifique et universitaire dans les filières d’excellence. Dès le mois de janvier s’est ouvert à l’Institut français de Bucarest un espace d’accueil et d’information pour les étudiants afin de faciliter leur orientation, qui sera en réseau avec nos lecteurs et nos instituts, alliances et centres présents sur le territoire roumain. Le Lycée Anna de Noailles verra ses capacités augmentées. Les coopérations universitaires seront développées. Dans le domaine culturel, les échanges seront intensifiés.
Le Président Sarkozy a placé la politique des migrations au cœur de son action. Nous n’avons pas peur d’aborder ce dossier dans le respect des principes de la liberté de circulation des citoyens européens et des Droits de l’Homme. La France a d’ores et déjà ouvert aux ressortissants roumains qui veulent s’installer sur son territoire, s’ils en respectent les lois, une liste de 150 métiers différents et nous poursuivrons l’ouverture de notre marché du travail. Nous souhaitons aussi améliorer l’aide au retour des ressortissants roumains qui veulent revenir dans leur pays, et nous souhaitons pour cela développer nos relations avec les autorités locales et nationales.
Dans le domaine de la défense, à l’heure où la Roumanie est présente, aux côtés de la France, sur plusieurs théâtres d’opérations extérieures, et alors que la camaraderie d’armes est toujours vivante (le premier officier étranger sorti de l’Ecole militaire de Saint Cyr, au milieu du XIXème siècle, n’était-il pas un Roumain ?), nous souhaitons aussi, dans le cadre de l’Otan et de la politique européenne de sécurité et de défense, favoriser la complémentarité de nos armées.
Pour la France, la Roumanie n’est pas un pays européen comme les autres. Et le partenariat stratégique voulu par les Chefs d’Etat n’est pas un accord de plus, fruit d’une négociation diplomatique. C’est un cadre de travail, un travail en commun, qu’il faudra nourrir et faire vivre au niveau des Gouvernements. Les pistes qu’il ouvre sont extrêmement riches, et répondent à des enjeux d’avenir pour les deux pays. C’est le sens qu’il faut donner à cette visite, une visite de travail, une visite d’amitié, mais aussi une visite qui permettra de redonner aux liens des deux pays plus de force et d’intensité.
