Tribune sur l'agriculture pour ADEVARUL (17 avril 2008)
En 2000, l’Union européenne a engagé la stratégie de Lisbonne visant à faire de l’Europe l’économie la plus compétitive et la plus dynamique du monde. Ce plan qui inspire désormais les décisions prises au niveau européen est fondé sur la conviction légitime que pour prendre place dans la mondialisation et s’assurer d’une croissance durable, les pays européens doivent orienter leurs efforts vers les domaines où ils pourront le mieux se distinguer des pays émergents : les technologies de l’information, les secteurs de pointe, la recherche et l’innovation.
Si ces objectifs demeurent d’une grande actualité, le monde découvre avec la flambée des prix des céréales que l’agriculture redevient un défi majeur en même temps qu’une activité au fort potentiel de développement Elle devra donc prendre toute sa place dans cette stratégie globale. Il conviendra d’en tenir compte dans les choix stratégiques et financiers futurs des Etats et de l’Union européenne.
Ce constat ne pourra qu’être confirmé à l’avenir puisqu’il est prévu que la demande alimentaire doublera d’ici à 2050 sous l’effet de la croissance démographique. A cette date, il faudra avoir trouvé un modèle d’agriculture capable de nourrir 9 milliards d’individus.
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C’est pour relever ce défi qu’à l’occasion de sa Présidence du Conseil de l’Union européenne au deuxième semestre 2008, la France proposera à ses partenaires européens d’engager une discussion sur le nouveau cadre de la politique agricole commune (PAC). Nous considérons que ce débat doit être lancé dès à présent sans attendre les prochaines discussions sur le réexamen du budget européen en 2010 et les négociations sur l’avenir de la PAC en 2013. En effet trois ans ne seront pas de trop pour définir ce que doivent être les objectifs d’une agriculture européenne rénovée et adaptée aux exigences de la concurrence et des besoins mondiaux. En tout état de cause, le débat politique doit être un préalable au débat budgétaire.
Certes, dans ce domaine en fonction de la place occupée par le secteur agricole et du profil de leur agriculture, les pays européens n’ont pas tous les mêmes intérêts. Pourtant tous sont confrontés à des enjeux communs (Equilibres des marchés agricoles, développement rural, environnement, sécurité et qualité alimentaires). Ces enjeux sont tout aussi complexes que ceux qui, dans les années 60 avaient conduit les Etats de l’Union européenne à faire de la PAC l’un des piliers de la construction de la solidarité européenne (Productivité, sécurité des approvisionnements, niveau de vie des agriculteurs). Ils doivent donc à nouveau être traités au niveau européen.
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Pour la France, l’agriculture devra à l’avenir répondre à quatre grands objectifs :
- Assurer la sécurité alimentaire des citoyens européens. Pour cela les agriculteurs devront relever en même temps le défi de la quantité en assurant la régularité des approvisionnements d’un large panel de produits et celui de la qualité en garantissant au consommateur le respect des normes de traçabilité et de sécurité sanitaire.
- S’insérer dans le marché mondial en relevant le défi de la concurrence des grands pays émergents agricoles. L’agriculture européenne en développant sa compétitivité doit être en mesure de participer à la couverture des besoins alimentaires qui s’expriment à l’échelle planétaire.
- Contribuer à la lutte contre les changements climatiques et à l’amélioration de l’environnement. L’agriculture devra prendre sa part aux objectifs très ambitieux pour lutter contre le réchauffement climatique. Cette exigence s’ajoute à celle de la préservation des ressources naturelles, condition de la pérennité de l’activité agricole.
- Participer à l’aménagement du territoire par la préservation de l’emploi local et le maintien de l’activité économique dans les zones géographiques isolées comme la montagne.
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Ces objectifs sont très ambitieux et sont parfois difficiles à concilier. La France pense pourtant qu’aucun ne peut être laissé de côté. C’est pour cette raison qu’elle défend les instruments qui aideront les pays européens à relever ces défis.
Au niveau communautaire, les outils de régulation des marchés doivent être préservés tout en se modernisant. Ils doivent être conçus comme de véritable « filets de sécurité » car les prix agricoles demeurent par nature volatiles. Si l’objectif est bien que les agriculteurs-entrepreneurs vivent de leur travail, et les besoins du marché mondial montrent que cela est possible, il est des situations où une intervention est nécessaire. C’est le cas lors des crises sanitaire ou climatique et pour les filières en difficultés structurelles comme la filière ovine, le lait dans les zones difficiles et l’agriculture de montagne.
Cette stratégie ne pourra fonctionner que si la préférence communautaire continue de guider la politique européenne. C’est pour cette raison que la France défend une position de fermeté dans les négociations internationales menées au sein de l’Organisation mondiale du Commerce (OMC) afin que les intérêts de l’agriculture européenne ne soient pas sacrifiés.
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La crise alimentaire qui frappe de nombreux pays en développement aujourd’hui est là pour le démontrer : l’agriculture est un enjeu majeur pour le vingt et unième siècle. Son adaptation aux besoins de la population mondiale est nécessaire. C’est pourquoi la France considère qu’un débat doit être mené dès à présent sur la place que prendra l’agriculture des pays de l’Union européenne dans la réponse à la demande mondiale. Cette rénovation ne pourra se faire sans une forte implication des agriculteurs eux-mêmes et de leurs organisations professionnelles en vue de construire une agriculture moderne, compétitive, structurée tout en étant respectueuse des enjeux environnementaux et sanitaires. A ce titre, je serai heureux d’accueillir cette semaine Monsieur Luc Guyau Président de l’Assemblée permanente des chambres d’agriculture françaises lors d’une conférence organisée en partenariat entre l’Ambassade de France et l’Institut européen de Roumanie le 17 avril à 17h30 à la bibliothèque centrale universitaire (88 calea Victoriei) événement précurseur d’une coopération bilatérale fructueuse que le Ministère roumain de l’agriculture appelle de ses vœux.
