Vernissage de l'exposition de tapisseries des Gobelins au MNAC (7 décembre 2011)

Mesdames et Messieurs, Chers amis,

Nous avons le plaisir d’inaugurer ce soir une exposition exceptionnelle.

D'abord parce qu'il s’agit non pas d'une mais de deux expositions dans la même ville, mais dans deux grands musées, le Musée national d'Art de Roumanie et le Musée national d'Art contemporain. Je tiens à les remercier tout particulièrement et à souligner que cette exposition s’inscrit dans une collaboration de grande qualité que nous menons avec eux, depuis des années, pour le plus grand bénéfice du public roumain. J'ai été personnellement très touché par les préfaces que Roxana Theodorescu, et Mihail Oroveanu ont rédigé pour les deux magnifiques catalogues qui accompagnent ces expositions.

Au total, ce sont donc cinquante-cinq tapisseries françaises qui sont présentées à Bucarest, et qui comptent parmi les plus belles que notre pays ait produites. Elles ne sont jamais exposées ainsi, ce que l'on pourrait sans doute regretter. Je voudrais remercier chaleureusement le directeur du Mobilier national et des manufactures des Gobelins, mon  ami Bernard Schotter, et ses équipes, grâce auxquels cet ensemble d’une grande qualité et d’une grande cohérence a pu être présenté à Bucarest.

Je salue le travail de sélection de M. Jean Vittet, commissaire de l’exposition, inspecteur de la Création artistique et chef du service de la documentation au Mobilier national qui a su rassembler un ensemble à la fois d’une grande diversité et d’une grande cohérence. Du côté du MNAC, c'est Madame Marie Hélène Massé-Bersani qui a assumé avec talent la charge de commissaire pour les oeuvres contemporaines.

Pour paraphraser un mot célèbre de l'Empereur Napoléon, alors général Bonaparte, et j'espère que vous me pardonnerez cette légèreté, je dirais que du haut de ces tapisseries, nous pouvons contempler quatre siècles de création.

De création, oui, car l'art de la tapisserie est un art de création et d'interprétation, comme souvent l'artisanat d'art. Nous avons la chance, grâce à cette double exposition , de revisiter à la fois l'Histoire de France, la Grande Histoire, mais aussi l'Histoire de l'Art, en même temps que nous admirons des pièces qui illustrent la qualité d'un travail artisanal de très haute qualité. Je suis persuadé que le public roumain, qui est si attaché à son artisanat, que ce pays, qui comporte encore tant de "mains d'or", sera au rendez vous que nous lui donnons.

Nous nous replongeons dans l'Histoire de France, car les Gobelins sont une partie de cette histoire.  En 1443 s'installe à Paris, dans le quartier Saint-Marcel à Paris, Jean Gobelin, teinturier en écarlate. Avec leurs voisins, les Canaye, originaires de Milan, également teinturiers, les Gobelin fondent des entreprises prospères. En 1601, à la demande d'Henri IV, les ateliers de tapisseries se développent avec l'arrivée de deux flamands, François de la Planche et Marc de Comans, amis des Gobelin avec lesquels ils entretenaient des liens familiaux. Ils créent la première manufacture de tapisseries du roi qui sera rachetée par Colbert en 1662 pour devenir la célèbre manufacture royale des meubles de la Couronne, appelée aujourd'hui manufacture des Gobelins. « Gobelins » deviendra alors un nom commun pour désigner un ouvrage de tapisserie d’art réalisé à partir des dessins des plus grands artistes du moment. D'autres noms célèbres parsèment l'histoire des Gobelins, nos rois bien sûr, pour lesquels ces tapisseries étaient faites, afin d'orner leurs demeures ou servir de cadeau diplomatique, mais aussi leurs grands serviteurs, Colbert, Louvois, plus tard Marigny.

Nous nous replongeons dans l'histoire par les sujets traités, les sujets familiers de nos rois, les batailles, la chasse, l'Antiquité, la religion, les bâtiments.

Nous nous replongeons dans l'histoire de la France, dans laquelle la création a été sans cesse, et heureusement encore aujourd'hui, suscitée et aidée par le pouvoir, par l'Etat, que ce soit Louis XIV ou  bien plus tard Malraux, à l'origine d'une nouvelle naissance des Gobelins et de la manufacture de Beauvais.

Au MNAC, nous admirerons 35 chefs d'oeuvre des plus grands artistes contemporains, de 1960 à nos jours, et l'un deux, Vincent Bioulès, nous honore de sa présence, et je l'en remercie. Je vous laisserai les admirer sans vouloir y ajouter des commentaires superflus.

Le patrimoine, l’artisanat et la création artistique se soutiennent mutuellement et ne peuvent exister qu’ensemble. Les deux expositions que nous présentons sont enfin un hommage à cette institution pour laquelle j'ai personnellement beaucoup de respect, et même d'affection, le Mobilier national, qui est l'un des plus beaux fleurons de notre politique culturelle, souvent mal connu.

Je tiens enfin à remercier nos partenaires la BRD, Gras Savoye et Arta Grafica grâce au soutien desquels, cette double exposition a été rendue possible.